La disponibilité technique d’une borne indique seulement que l’équipement répond, selon la définition du contrat ou de la supervision. La satisfaction des utilisateurs dit si les conducteurs ont obtenu l’énergie nécessaire au bon moment. Entre les deux, la session aboutie vérifie que la recharge a démarré, délivré de l’énergie et s’est terminée normalement.
Vous saurez définir et calculer ces trois indicateurs, interroger les conducteurs sans collecter de données inutiles, relier chaque écart à sa cause probable et choisir le bon levier : matériel, accès, stationnement ou information. Vous saurez aussi quoi écrire dans un contrat de maintenance pour que les chiffres du bilan veuillent dire quelque chose.
Disponibilité, session aboutie, besoin satisfait : trois niveaux de service
Un parc de bornes se juge à trois niveaux qui ne se déduisent pas l’un de l’autre. Chacun répond à une question différente et s’appuie sur ses propres données.
| Niveau | Question posée | D’où vient la donnée | Ce qu’il ne dit pas |
|---|---|---|---|
| Disponibilité technique | L’équipement répond-il selon la définition retenue ? | Supervision, journal d’état de la borne | Si un conducteur a pu charger |
| Session aboutie | La recharge a-t-elle démarré, délivré de l’énergie et fini normalement ? | Historique des sessions, codes d’erreur | Si l’énergie suffisait pour le départ |
| Besoin satisfait | Le conducteur a-t-il obtenu l’énergie utile au bon moment ? | Questions aux utilisateurs, horaires de départ | Pourquoi un échec s’est produit |
Une borne peut communiquer normalement avec sa supervision tout en restant inutilisable pour un conducteur : place prise par une voiture thermique, badge non reconnu, câble trop court pour atteindre la trappe d’un modèle donné. À l’inverse, une session parfaitement enregistrée peut laisser quelqu’un repartir avec une batterie insuffisante.
Gardez donc les trois niveaux côte à côte dans chaque bilan, avec leur définition écrite. Un seul chiffre, même excellent, masque les deux autres.
Ce que mesure vraiment la disponibilité technique d’une borne
La disponibilité technique rapporte une durée de bon fonctionnement à une période, selon des règles fixées par le contrat ou par l’outil. Avant de lire un pourcentage, demandez comment il est calculé.
La supervision est le logiciel qui reçoit l’état des bornes et l’historique des sessions, par exemple par OCPP (Open Charge Point Protocol), le protocole ouvert de communication entre bornes et systèmes de gestion, publié en versions 1.6, 2.0.1 et 2.1. Pour les points ouverts au public, le règlement européen AFIR exige depuis le 14 octobre 2024 des points « connectés » : surveillés et contrôlés à distance, y compris pour démarrer ou arrêter une session et mesurer l’électricité. Notre guide des logiciels de supervision de bornes détaille ces fonctions.
Une borne qui répond à la supervision peut pourtant refuser une charge. Trois points fixent la portée du chiffre :
- la mesure porte-t-elle sur la borne entière ou sur chaque point de charge ;
- quels événements sont exclus : maintenance planifiée, coupure du réseau, dégradation ;
- une borne qui ne communique plus pendant quelques minutes compte-t-elle comme indisponible.
Exemple de calcul, avec des chiffres d’hypothèse : sur un mois de 30 jours, soit 720 heures, un point hors service pendant 14 heures affiche 706 / 720, soit 98,1 % de disponibilité. Aucune référence officielle ne fixe de taux pour un parking privé : le seuil se négocie et s’écrit dans le contrat.
Sessions initiées et sessions réussies : l’indicateur intermédiaire
Le taux de sessions réussies rapporte les recharges menées à terme aux recharges tentées. Il capte ce que la disponibilité ignore : refus d’identification, arrêt prématuré, échec de communication avec le véhicule.
Pour les bornes ouvertes au public, l’article D353‑6 du code de l’énergie liste les indicateurs que les opérateurs fournissent à une collectivité qui prépare un schéma directeur : sessions réussies par tranche horaire, en semaine et le week-end, puis, mois par mois, taux de disponibilité, taux d’occupation, sessions initiées, sessions réussies, énergie moyenne par session réussie en kWh et durée moyenne en minutes. Un parking privé n’y est pas tenu, mais cette grille fait une bonne base de tableau de bord.
Exemple d’hypothèse : 200 sessions initiées dans le mois, 184 réussies, soit 92 %. Les 16 échecs comptent davantage que le taux : classez-les par cause et par point. Huit refus de badge sur un même point orientent vers les droits d’accès ou le lecteur de badge ; des arrêts répétés sur un point, quel que soit le modèle de voiture, orientent vers un diagnostic technique.
Écrivez ce qu’est une session réussie pour votre site, par exemple une session qui a délivré de l’énergie et s’est terminée à la demande de l’utilisateur ou du véhicule, et non sur une erreur. Sans cette définition, deux fournisseurs ne produiront pas le même chiffre.
La satisfaction des utilisateurs se mesure au départ, pas au branchement
Un conducteur est satisfait quand il repart avec l’énergie prévue pour son trajet ou sa prochaine mission. Ce besoin dépend du temps passé sur la place, de la puissance que la voiture accepte et des règles de priorité du parking.
Selon Enedis, une voiture branchée sur une borne qui délivre plus de kW qu’elle ne peut en accepter recharge à son propre maximum. La session est réussie, la borne disponible, et le résultat peut pourtant décevoir.
Prenons une voiture qui accepte 11 kW en courant alternatif, valeur à lire dans sa fiche technique, garée 2 heures sur un point de 22 kW. Elle tire au plus 11 × 2 = 22 kWh du réseau. Dans son étude publiée en août 2026, l’ADAC a mesuré de 5,1 à 7,0 % de pertes sur cinq voitures rechargées sur une borne de 11 kW : avec cet ordre de grandeur, il arrive environ 20,5 à 20,9 kWh dans la batterie. Si le conducteur en attendait davantage, la cause tient au temps de présence ou à la voiture, pas à la borne.
Ce niveau se mesure en croisant l’énergie délivrée, l’heure de départ et ce que le conducteur jugeait nécessaire. Seul l’utilisateur peut dire si son besoin était couvert.
Interroger les conducteurs avec des questions courtes
Quelques questions fermées, posées juste après une recharge ou une fois par mois, suffisent à repérer où le parcours casse. Une enquête longue décourage les répondants.
Ces questions couvrent chaque étape du parcours :
- Avez-vous trouvé une place équipée libre à votre arrivée ?
- Votre badge ou votre application a-t-il lancé la session du premier coup ?
- La procédure affichée à la borne était-elle claire ?
- L’énergie reçue suffisait-elle pour votre départ ?
- En cas d’échec : quel point, à quelle heure, avec quel message à l’écran ?
Une note de satisfaction globale repère une tendance, mais elle ne décrit pas l’obstacle. Gardez toujours la dernière question : le point, l’heure et le message suffisent au mainteneur pour retrouver la session dans l’historique.
Le RGPD impose des données adéquates, pertinentes et limitées au nécessaire : ne demandez ni plaque ni trajet si le problème ne l’exige pas. L’article L1222-4 du code du travail interdit de collecter une information personnelle sur un salarié par un dispositif qui ne lui a pas été présenté au préalable. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est consulté avant la mise en œuvre de tout moyen permettant de contrôler l’activité, ce qui peut viser un historique de sessions nominatif.
Rapprocher disponibilité, sessions et avis : lire les écarts
C’est l’écart entre les trois niveaux qui désigne la cause. Le tableau associe les situations les plus parlantes à la vérification utile et à la personne qui agit.
| Situation constatée | Vérification utile | Qui agit |
|---|---|---|
| Borne disponible, accès refusé | Compte, badge, droits dans la supervision | Administrateur des accès |
| Session réussie, besoin insuffisant | Temps de présence, puissance acceptée par la voiture, priorités | Gestionnaire du parking avec le conducteur |
| Borne libre, place occupée | Stationnement, voitures restées après la fin de charge | Services généraux |
| Erreurs répétées sur un point | Historique, codes d’erreur, visite sur place | Mainteneur qualifié |
| Échecs concentrés sur un modèle de voiture | Compatibilité, version du logiciel de la borne | Mainteneur, avec la documentation du constructeur |
| Avis négatifs, indicateurs corrects | Signalétique, procédure, horaires d’accès au parking | Responsable du projet |
Relisez ce tableau avec le mainteneur chaque mois pendant la montée en charge du parc. Une même plainte venue de plusieurs conducteurs dans la semaine pèse plus lourd qu’un pourcentage mensuel flatteur.
Améliorer au bon endroit : matériel, accès, organisation ou information
N’ajoutez pas de matériel pour un problème d’explication ou d’accès ; inversement, une meilleure communication ne compense pas une capacité durablement insuffisante.
Accès et stationnement
Des badges refusés appellent une remise à plat des droits et un responsable désigné : voyez qui doit administrer les accès aux bornes. Des places bloquées par des voitures chargées se traitent par une notification de fin de charge et une règle de rotation, décrites dans notre guide pour prévenir les voitures ventouses.
Capacité
Quand les sessions réussissent mais que le besoin reste mal couvert, regardez d’abord le temps de présence et la puissance acceptée par les véhicules. Si toutes les places équipées sont prises de façon répétée aux heures utiles, mesurez le taux d’utilisation avant de décider quand ajouter des bornes.
Pannes
Ouvrez un ticket avec le point, l’heure et le code d’erreur. Sur un parking d’entreprise, l’article D353‑2 du code de l’énergie confie la maintenance à des professionnels habilités, titulaires d’une qualification qui couvre ces infrastructures de recharge. Aucun salarié non habilité ne doit ouvrir un coffret ni réarmer une protection électrique.
Bornes ouvertes au public : la disponibilité devient une obligation d’information
Si vos bornes accueillent clients ou visiteurs dans un lieu ouvert au public, la disponibilité n’est plus seulement un indicateur interne. Selon AFIR, un point situé sur une propriété privée ouverte au public l’est même si l’accès se limite aux clients ; le parking d’un immeuble de bureaux réservé aux salariés ne l’est pas.
Pour ces infrastructures installées après le 14 janvier 2017, les articles R353‑4‑2 à R353‑4‑5 du code de l’énergie imposent à l’aménageur :
- d’assurer la recharge à l’acte, sans abonnement ;
- de publier la localisation et les caractéristiques de ses points sur le site prévu à l’article D1115-1 du code des transports ;
- de mettre ses données de disponibilité à la disposition de tous les utilisateurs lorsqu’il en dispose ;
- d’informer le public de tout incident rendant tout ou partie de l’infrastructure inutilisable plus de deux heures.
Chaque manquement expose à une amende administrative de 300 euros au plus par point concerné. Une infrastructure supervisée doit aussi ouvrir la recharge en itinérance, c’est-à-dire avec les badges et applications d’autres opérateurs de mobilité : autant de parcours à tester auprès des visiteurs.
Préparer le contrat de maintenance et le bilan : ce qu’il faut demander
Les indicateurs ne valent que si le contrat les définit et si les données restent récupérables. Avant de signer, ou au renouvellement, faites préciser les points suivants :
- la formule de disponibilité : par point ou par borne, période, exclusions, traitement d’une borne qui ne communique plus ;
- la définition d’une session réussie et l’export des sessions avec leurs codes d’erreur ;
- la version d’OCPP et les fonctions réellement prises en charge, pour changer de supervision sans perdre l’historique ;
- le canal de signalement et le délai de prise en compte d’une panne ;
- la qualification IRVE de l’entreprise de maintenance : selon ADVENIR, une attestation de formation ne prouve pas une qualification ;
- la durée de conservation des historiques nominatifs, limitée à ce que la finalité exige.
Notre guide pour comparer des offres de maintenance de bornes détaille ces clauses, et le guide du service après-vente décrit le suivi quand la cause est technique.
Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France : visite technique, devis détaillé et supervision OCPP. Envoyez votre plan de parking, le nombre de points et vos exports de sessions par la demande de devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- La disponibilité technique dit que l’équipement répond ; elle ne prouve pas qu’un conducteur a pu charger.
- Le taux de sessions réussies, rapporté aux sessions initiées, relie la technique au parcours réel ; ses échecs se classent par cause et par point.
- La satisfaction se juge au départ : énergie obtenue au regard du temps de présence et de la puissance acceptée par la voiture.
- Des questions courtes, sans données inutiles et présentées au préalable aux salariés, suffisent à situer l’obstacle.
- Chaque écart a son levier : accès, stationnement, information, maintenance ou nouvelles bornes.
- Écrivez les définitions dans le contrat de maintenance, faute de quoi les chiffres ne se comparent pas.
Questions fréquentes
Pourquoi la disponibilité d’une borne ne suffit-elle pas à mesurer la satisfaction des utilisateurs ?
Parce qu’elle dit seulement que l’équipement répond, selon la définition du contrat ou de la supervision. Un conducteur peut trouver la place occupée, voir son badge refusé ou repartir avec trop peu d’énergie alors que la borne est comptée disponible. Suivez aussi le taux de sessions réussies et interrogez brièvement les utilisateurs sur l’énergie obtenue au moment de leur départ.
Comment calculer le taux de disponibilité d’une borne de recharge ?
Divisez le temps de bon fonctionnement par la durée de la période, selon la formule écrite dans le contrat. Avec des chiffres d’hypothèse, un point indisponible 36 heures sur un mois de 31 jours, soit 744 heures, affiche 708 / 744, soit 95,2 %. Précisez si le calcul se fait par point ou par borne, et quels événements en sont exclus, comme la maintenance planifiée.
Qu’est-ce qu’une session de recharge réussie ?
C’est une session qui a démarré, délivré de l’énergie et s’est terminée normalement, à la demande de l’utilisateur ou du véhicule, sans erreur. Pour un parking privé, écrivez cette définition dans le contrat afin que tous les fournisseurs calculent le même chiffre. Pour les bornes publiques, l’article D353‑6 du code de l’énergie distingue déjà sessions initiées et sessions réussies.
Quel taux de disponibilité exiger dans un contrat de maintenance de bornes ?
Aucune référence officielle ne fixe de taux pour un parking privé : le seuil se négocie. Plus que le pourcentage, vérifiez sa formule : calcul par point ou par borne, exclusions, traitement d’une borne qui ne communique plus. Ajoutez un délai de prise en compte des signalements et un export des sessions avec leurs codes d’erreur, pour contrôler le chiffre vous-même.
Peut-on suivre les sessions de recharge nominatives des salariés ?
Oui, pour une finalité définie, à condition d’avoir présenté le dispositif aux salariés au préalable, comme l’exige l’article L1222-4 du code du travail, et de limiter les données au nécessaire, selon le RGPD. Dans une entreprise d’au moins 50 salariés, le CSE est informé et consulté avant la mise en œuvre d’un outil qui permet de contrôler l’activité. Réservez ensuite ces historiques à la finalité annoncée aux salariés.
Une borne d’entreprise doit-elle publier ses données de disponibilité ?
Non, si elle est réservée aux salariés dans un parking fermé au public : elle n’est pas « ouverte au public » au sens du règlement AFIR. Oui, si elle accueille clients ou visiteurs dans un lieu ouvert au public et a été installée après le 14 janvier 2017 : l’aménageur met ses données de disponibilité à la disposition des utilisateurs lorsqu’il en dispose et signale tout incident de plus de deux heures.


