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Guide pratique · 12 min de lecture

Organiser une phase pilote avant un déploiement de bornes

Pilote de bornes en entreprise : profils représentatifs, critères écrits avant le lancement, données conformes au RGPD, panne simulée et décision d’extension.

Équipe examinant un projet de recharge pour plusieurs véhicules.
  • Entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE
  • Assurance décennale AXA
  • Partout en France
  • Objectif : devis sous 48 h après dossier complet
  • Supervision OCPP
  • Aides ADVENIR
Sommaire de l’article

Une phase pilote avant un déploiement de bornes en entreprise consiste à équiper quelques places, pendant une durée fixée, pour vérifier le service réel avant de l’étendre. Elle n’est utile qu’avec des usagers représentatifs, des critères de réussite écrits avant le lancement et un compte rendu qui tranche la suite.

Vous saurez choisir le périmètre du test, faire poser une installation qui servira aussi la cible, fixer des indicateurs, collecter les données dans les règles, simuler une panne sans risque et décider de la suite.

Pourquoi faire un pilote avant le déploiement de bornes en entreprise

Un pilote montre, à petite échelle, ce qu’aucune étude ne révèle : la façon dont les conducteurs, l’accueil et le gestionnaire de flotte utilisent réellement les places, les badges et l’assistance.

L’audit des usages avant d’équiper un parking recense les besoins, et l’étude de dimensionnement de l’infrastructure calcule la puissance et le nombre de points. Le pilote confronte ces hypothèses au terrain.

Sur le parking, les écarts sont concrets : un conducteur qui ne sait pas où ranger le câble, un badge refusé à 7 h quand l’accueil est fermé, une voiture qui charge moins vite qu’annoncé. Ce dernier cas s’explique : selon Enedis, un véhicule branché sur une borne plus puissante que ce qu’il accepte recharge à son propre maximum, pas à celui de la borne.

Le pilote ne suspend pas les obligations. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, un bâtiment non résidentiel dont le parking compte plus de 20 places doit disposer d’au moins un point de recharge, sauf exceptions, notamment le parking d’un bâtiment à la fois possédé et occupé par une PME. Les points du pilote peuvent y contribuer s’ils restent en place.

Choisir des situations représentatives, pas seulement des volontaires

Le pilote doit inclure les usages qui pèseront dans le déploiement, surtout les plus contraignants. Un test mené avec les seuls volontaires masque les difficultés réelles.

Les profils et les horaires

Retenez les catégories effectivement prévues : véhicules de service, voitures de fonction, voitures personnelles des salariés, visiteurs. Pour chacune, choisissez des personnes aux horaires différents : arrivée très tôt, travail en équipes, départ en mission en milieu de matinée. Intégrez aussi ceux qui feront vivre le service : accueil, services généraux, gestionnaire de flotte.

Les véhicules

Mélangez des modèles qui n’acceptent pas la même puissance et dont la trappe de recharge n’est pas au même endroit. Garez chaque voiture sur la place pilote et vérifiez que le câble atteint la prise sans traverser l’allée.

Le statut des places

Ouvrir le pilote aux visiteurs change le régime. Selon le règlement européen AFIR, un point situé sur une propriété privée ouverte au public est « ouvert au public » même si l’accès est réservé aux clients ; un parking de bureaux accessible aux seuls employés ne l’est pas. Un point ouvert au public doit notamment permettre la recharge à l’acte, sans abonnement ; ces exigences ne s’appliquent pas si la recharge est gratuite.

Notez enfin les cas que le pilote ne couvrira pas : pic saisonnier, arrivée de nouveaux véhicules, second site.

Poser une installation pilote qui servira aussi la cible

Les bornes d’un pilote forment une installation définitive : mêmes règles de pose et une conception qui prépare l’extension au lieu de la compliquer.

Sur un parking d’entreprise, une borne dédiée à la recharge est posée par un professionnel titulaire d’une qualification IRVE, quelle que soit sa puissance. L’exception prévue pour une puissance totale de 3,7 kW au plus par l’article D353‑2 du code de l’énergie ne vise que l’habitat privé et les installations non dédiées principalement à la recharge et non accessibles au public.

Le même article impose, dans un parc d’au moins 50 places, une étude de conception électrique pour « tout projet de création d’une infrastructure de recharge ». En cas de raccordement à l’installation existante, elle évalue l’adéquation de cette installation et les travaux éventuels, schéma électrique à l’appui. Demandez qu’elle porte sur la cible, pas sur le seul pilote.

Trois choix engagent la suite :

  • le cheminement des câbles : des fourreaux posés vers les futures places évitent de rouvrir le sol ;
  • la réserve au tableau électrique : le pilote doit laisser de la place pour les départs suivants, ou prévoir un pilotage de la charge, qui répartit automatiquement la puissance disponible entre les bornes ;
  • la supervision, logiciel qui reçoit les données des bornes par le protocole ouvert OCPP (Open Charge Point Protocol) : demandez la version (1.6, 2.0.1 ou 2.1) et les fonctions testées, en vous aidant de notre comparatif OCPP 1.6, 2.0.1 et 2.1.

Fixer les critères de réussite avant le lancement

Écrivez avant la première session ce qui vaudra réussite : pour chaque critère, un indicateur, la preuve à recueillir et un seuil que vous fixez vous-même. Aucune référence officielle ne fixe de taux « normal » de disponibilité ou d’utilisation pour un parking privé.

L’article D353‑6 du code de l’énergie liste les indicateurs que les opérateurs de bornes ouvertes au public fournissent aux collectivités qui élaborent un schéma directeur : sessions réussies par tranche horaire, puis, mois par mois, taux de disponibilité et d’occupation, sessions initiées et réussies, énergie moyenne et durée moyenne par session. Cette grille ne s’impose pas à un parking privé, mais sert de repère.

CritèreIndicateurPreuve à recueillirLecteur
Accès utilisableSessions initiées et réussies, par profilJournal des échecs, parcours observé sur placeServices généraux
Besoin de départ serviVéhicules repartis avec l’énergie prévueMission prévue comparée à l’énergie reçueGestionnaire de flotte
Places libres aux heures utilesSessions par tranche horaire, taux d’occupationExport de la supervisionResponsable du parking
Matériel disponibleTaux de disponibilitéHistorique des indisponibilitésPrestataire et acheteur
Données exploitablesExport lu sans retraitementFichier ouvert par son destinataire réelComptabilité
Assistance compréhensibleIncidents closTicket suivi du signalement à la clôtureAccueil et prestataire

Exemple de calcul : si 120 sessions ont été initiées sur un mois et 111 ont réussi, le taux de réussite vaut 111 ÷ 120 = 92,5 %. Regardez ensuite quelles sessions ont échoué, pour quel profil et à quelle heure. Évitez surtout le verdict unique « ça fonctionne ». Pour aller plus loin : choisir les indicateurs d’un pilote de flotte électrique.

Quelle durée et quel calendrier pour le pilote

Aucun texte ne fixe la durée d’un pilote : elle se déduit de vos cycles d’activité. Le test doit traverser au moins une fois chaque situation que vous voulez juger.

Si vos véhicules font de longues tournées l’hiver, un pilote mené en été ne dira rien de leur besoin d’énergie par temps froid. Fixez dès le départ la date du compte rendu, pour éviter un pilote qui s’éternise faute de décision.

Un calendrier en cinq temps donne un cadre clair :

  1. Préparation : critères écrits, information des salariés, consultation du CSE si elle s’impose, procédure d’incident.
  2. Installation et réception, avec procès-verbal et vérification initiale.
  3. Rodage : premières semaines d’apprentissage, suivies mais exclues des mesures.
  4. Mesure : période sur laquelle les critères sont évalués.
  5. Compte rendu et décision, à la date prévue.

Pendant la mesure, ne modifiez pas les règles d’usage : vous ne sauriez plus ce que vous mesurez. Si une correction s’impose, notez sa date et séparez les résultats avant et après.

Collecter les données d’usage dans le respect du code du travail et du RGPD

Dès que les sessions sont rattachées à des badges nominatifs, le pilote traite des données personnelles de salariés.

Le code du travail interdit de collecter une information concernant personnellement un salarié par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’article L2312-38 du même code prévoit que le CSE est informé et consulté, avant la décision de mise en œuvre, sur les moyens permettant un contrôle de l’activité des salariés : un historique de sessions nominatif peut en relever.

Le RGPD, à son article 5, exige une finalité déterminée, des données limitées au nécessaire et une conservation limitée à ce que la finalité demande. À notre connaissance, la CNIL ne fixe pas de durée propre aux historiques de recharge : fixez-en une, justifiez-la et tenez-la.

Quatre précautions pratiques :

  • n’exportez pour le compte rendu que des données agrégées par profil ou par tranche horaire ;
  • limitez et listez les personnes qui accèdent aux données nominatives ;
  • si vous croisez les sessions avec la géolocalisation des véhicules, appliquez les règles de la CNIL, dont une conservation limitée en principe à deux mois ;
  • si les règles du pilote créent des obligations générales et permanentes de sécurité ou de discipline, elles suivent le régime du règlement intérieur (voir rédiger une charte de recharge pour les salariés).

Tester une situation dégradée sans prendre de risque électrique

Une panne se simule par la supervision et par une procédure écrite avec le prestataire, jamais en coupant un disjoncteur ou en ouvrant un coffret.

Les opérations sur une installation électrique sont réservées à des travailleurs habilités par leur employeur, et la maintenance des bornes d’un site d’entreprise à des professionnels habilités et qualifiés. On teste ce que vit l’usager et le traitement de l’incident, pas le matériel.

Liste de contrôle des scénarios à jouer, chacun encadré par le prestataire :

  • un point mis hors service à distance : l’usager doit comprendre, sur place ou dans l’application, qu’il est indisponible et où se garer ;
  • un badge désactivé ou oublié : la procédure de secours doit permettre de démarrer une session sans chercher qui appeler ;
  • une place prise par un véhicule non branché : le signalement doit arriver à quelqu’un qui peut agir ;
  • une voiture qui charge moins vite qu’attendu : l’assistance doit donner la bonne explication au conducteur ;
  • une perte de communication annoncée par le prestataire : observez ce que la supervision affiche et ce que l’usager peut encore faire.

Pour chaque scénario, notez ce que l’usager a vu, qui a été prévenu, le délai de réponse et la clôture.

Réceptionner le pilote et suivre les incidents jusqu’à leur clôture

Le pilote démarre par une réception en règle, pas par un simple essai de branchement.

Selon l’article 1792-6 du code civil, la réception est l’acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage, avec ou sans réserves ; elle est prononcée contradictoirement. Les défauts visibles se notent en réserves au procès-verbal. La garantie de parfait achèvement, due par l’entrepreneur pendant un an à compter de la réception, couvre aussi les désordres révélés ensuite et notifiés par écrit, mais pas l’usure normale.

Un défaut découvert pendant le pilote se signale donc par écrit, sans attendre le compte rendu. Notre guide sur la réception de bornes en entreprise détaille le procès-verbal.

Côté sécurité, le code du travail impose une vérification initiale des installations électriques par un organisme accrédité à la mise en service et après toute modification de structure, puis des vérifications périodiques, en principe annuelles. Demandez au vérificateur si l’extension prévue constituera une modification de structure.

Décider de l’extension sur un compte rendu

Le compte rendu classe les résultats en trois colonnes : réussites, corrections nécessaires, cas non testés. Chaque correction reçoit un responsable et un contrôle avant l’extension.

Quatre décisions sont possibles : étendre en l’état, étendre après corrections, prolonger le pilote sur un point non testé, ou revoir le projet. Intégrez les enseignements dans les coûts et délais de généralisation, et reliez-les à la transition des véhicules, décrite dans notre guide d’électrification de flotte.

Pour demander un devis d’extension, réunissez :

  • le compte rendu et les exports de la supervision ;
  • le plan du parking avec les places visées et le nombre total de places ;
  • la liste des véhicules et la puissance qu’ils acceptent ;
  • les règles d’usage validées et les délais d’intervention attendus.

Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France : visite technique, devis détaillé, supervision OCPP. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet, depuis la page de devis professionnel.

L’essentiel à retenir

  • Un pilote utile représente les usages contraignants, pas seulement les volontaires, et dit à l’avance ce qui vaudra réussite.
  • Les bornes du pilote sont une installation définitive : professionnel qualifié IRVE, étude de conception obligatoire dès 50 places, supervision OCPP dont la version est connue.
  • Des données de recharge nominatives exigent l’information préalable des salariés et, dès 50 salariés, la consultation du CSE sur les outils de contrôle de l’activité.
  • Une panne se simule par la supervision et une procédure écrite, jamais par une intervention sur le tableau.
  • L’extension se décide sur un compte rendu en trois colonnes : réussites, corrections, cas non testés.

Questions fréquentes

Les bornes posées pour un pilote en entreprise comptent-elles dans l’obligation légale du parking ?

Oui, si elles restent en place : le texte impose des points de recharge sans distinguer ceux d’un test. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, un bâtiment non résidentiel dont le parking compte plus de 20 places doit disposer d’au moins un point, situé sur un emplacement dimensionné pour les personnes à mobilité réduite, puis d’un point par tranche de 20 places supplémentaires, sauf travaux importants d’adaptation du réseau pour ces derniers. Placez donc un point du pilote sur une telle place.

Faut-il une étude électrique pour quelques bornes de test sur un grand parking ?

Oui, si le parc compte au moins 50 places. L’article D353‑2 du code de l’énergie rend l’étude de conception électrique obligatoire pour « tout projet de création d’une infrastructure de recharge » dans un tel parc, sans distinguer un pilote. Elle est réalisée par des professionnels qualifiés pour les études et la conception de ces infrastructures. Demandez qu’elle intègre la cible pour ne pas la refaire à l’extension.

La recharge gratuite des salariés pendant le pilote est-elle un avantage en nature ?

Non, jusqu’au 31 décembre 2027. Selon le BOSS, lorsque l’employeur met une borne à disposition sur le lieu de travail, l’avantage résultant de son usage à des fins non professionnelles est négligé, y compris pour la voiture personnelle du salarié et pour l’électricité. Au-delà de cette date, les textes consultés ne fixent pas la règle : vérifiez-la avant de prolonger la gratuité.

Peut-on obtenir une aide ADVENIR pour le pilote d’un parking d’entreprise ?

Pas pour des voitures et utilitaires légers, au 23 septembre 2026. La page des montants d’ADVENIR ne compte alors que quatre rubriques : immeuble collectif, poids lourds et autocars, voirie publique, projets en Corse ou outre-mer. Les primes des professionnels des services de l’automobile et des loueurs de courte durée ont disparu au 1ᵉʳ janvier 2026. Une collectivité doit confirmer auprès d’ADVENIR la prime pour sa flotte interne.

Faut-il consulter le CSE avant de lancer un pilote de recharge ?

Oui, dans une entreprise d’au moins 50 salariés, si l’outil permet de contrôler l’activité des salariés, par exemple un historique de sessions rattaché à des badges nominatifs. L’article L2312-38 du code du travail prévoit une information et une consultation préalables à la décision de mise en œuvre. Quelle que soit la taille de l’entreprise, chaque salarié doit connaître le dispositif avant toute collecte le concernant.

Ouvrir les bornes du pilote aux visiteurs change-t-il les obligations ?

Oui. Selon le règlement européen AFIR, un point situé sur une propriété privée ouverte au public est « ouvert au public », même réservé aux clients. Il doit permettre la recharge à l’acte, sans abonnement, et, s’il a été déployé depuis le 13 avril 2024, accepter un moyen de paiement largement utilisé : lecteur de carte, sans contact ou, sous 50 kW, paiement en ligne sécurisé par code QR. Ces exigences ne s’appliquent pas si la recharge est gratuite.

Relecture prévue par Anna Du Bois.
À valider avant de présenter cette relecture comme terminée.

Sources et lectures complémentaires

Documentation des organismes et fabricants pour approfondir le sujet. Pour une procédure propre à votre véhicule ou à votre borne, consultez la notice correspondant au modèle et à sa version.

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