Il faut ajouter des bornes sur le parking d’une entreprise quand des besoins de recharge restent régulièrement non servis alors que les points existants fonctionnent, se libèrent après la charge et sont déjà pilotés. Une voiture de plus ne le justifie pas : le blocage peut venir du nombre de points, de la puissance, de l’organisation ou d’une panne.
Vous saurez relever ce qui prouve un manque de points, estimer l’énergie à fournir, tester l’organisation et le pilotage, situer votre parking face à la loi et réunir un dossier chiffrable.
Quatre causes à écarter avant d’ajouter des bornes sur un parking d’entreprise
Un manque de bornes se reconnaît à un symptôme précis : des véhicules repartent sans recharge alors que les points marchaient et n’étaient pas occupés par des voitures déjà pleines. Sans ce symptôme isolé, une extension risque de traiter la mauvaise cause.
Quatre causes produisent des plaintes semblables :
- le nombre de points : trop de véhicules présents en même temps pour les prises disponibles ;
- la puissance : les voitures sont branchées, mais l’énergie reçue ne suffit pas avant le départ, souvent parce que l’installation limite la puissance partagée entre les bornes ;
- l’organisation : des places équipées occupées par des voitures ventouses, c’est-à-dire des véhicules qui restent stationnés après la fin de leur charge ;
- la disponibilité : une borne en défaut, un badge refusé ou une connexion perdue rend un point inutilisable sans qu’il manque de place.
Notre guide pour prévenir les voitures ventouses sur les places équipées traite la troisième cause en détail.
Quels relevés prouvent qu’il manque des points de recharge ?
La preuve vient de relevés tenus sur plusieurs semaines, pas d’une impression un lundi matin. Si vos bornes sont reliées à une supervision, c’est-à-dire un logiciel qui reçoit les données de chaque session, la plupart des chiffres existent déjà.
Pour les bornes ouvertes au public, l’article D353‑6 du code de l’énergie liste les indicateurs que les opérateurs fournissent aux collectivités : sessions réussies par tranche horaire, taux de disponibilité, taux d’occupation, énergie et durée moyennes par session. Rien n’y oblige un parking privé, mais la grille se reprend telle quelle. Ajoutez-y trois relevés propres à l’entreprise :
- les demandes non satisfaites : qui voulait recharger, à quelle heure, et ce que cela a empêché (mission reportée, véhicule échangé, recharge publique payée) ;
- la fréquence : une attente ponctuelle un jour de réunion générale ne se traite pas comme une impossibilité qui revient chaque semaine ;
- l’écart entre la durée de branchement et la durée pendant laquelle la borne délivre réellement de l’énergie.
Ce dernier écart est le plus parlant. Prenons, en hypothèse, des points branchés huit heures par jour qui ne délivrent de l’énergie que deux heures : les trois quarts du temps, la place est tenue par une voiture déjà chargée. Ce parking manque de rotation, pas de bornes ; notre guide pour mesurer le taux d’utilisation des bornes de son parking détaille la méthode.
Estimer l’énergie à fournir avant de compter les bornes
Le nombre de points dépend de l’énergie à délivrer chaque jour et du temps de stationnement : un point partagé peut servir plusieurs voitures qui se succèdent.
Prenons une voiture qui consomme 17 kWh aux 100 km et parcourt 60 km par jour : il faut 60 × 17 / 100 = 10,2 kWh dans sa batterie. L’ADAC, le club automobile allemand, a mesuré à une borne de 11 kW, sur cinq voitures dont la batterie était entre 20 et 30 °C, un écart de 5,1 à 7 % entre l’énergie tirée du réseau et celle arrivée dans la batterie : il faut donc en tirer 10,7 à 11 kWh, soit environ une heure de charge.
Encore faut-il que la voiture accepte 11 kW : selon Enedis, un véhicule branché sur une borne plus puissante que ce qu’il peut recevoir recharge à son propre maximum. Vérifiez-le dans la fiche technique de chaque modèle.
| Distance quotidienne (hypothèse) | Énergie dans la batterie | Énergie tirée du réseau | Durée à 11 kW | Véhicules par point sur 8 heures, en rotation parfaite |
|---|---|---|---|---|
| 60 km | 10,2 kWh | 10,7 à 11 kWh | environ 1 h | 8 en théorie |
| 120 km | 20,4 kWh | 21,4 à 21,9 kWh | environ 2 h | 4 en théorie |
| 200 km | 34 kWh | 35,7 à 36,6 kWh | 3 h 15 à 3 h 20 | 2 en théorie |
La dernière colonne suppose que chaque voiture libère sa place dès la fin de charge, ce qui demande une règle appliquée. L’écart entre ce chiffre et vos relevés mesure le poids de l’organisation. Notre guide combien de bornes installer détaille le dimensionnement complet.
Organiser, piloter ou ajouter des points : comparer les trois scénarios
Les trois pistes se combinent, mais chacune corrige un problème différent. Le tableau résume ce qu’elles règlent et ce qu’il faut vérifier.
| Scénario | Ce qu’il corrige | Ce qu’il ne corrige pas | À vérifier |
|---|---|---|---|
| Mieux organiser l’existant | Places tenues par des voitures chargées, attente aux heures d’arrivée | Un besoin en énergie supérieur à ce que les points peuvent délivrer | Règle de rotation, réservations, horaires, accès physique aux places |
| Adapter le pilotage | Puissance mal répartie, départs du matin mal servis | Un manque de prises quand trop de véhicules sont présents en même temps | Capacité des bornes et de la supervision à donner la priorité aux prochains départs |
| Ajouter des points | Trop de véhicules simultanés pour les prises existantes | Une rotation absente ou des pannes répétées | Travaux, puissance au tableau, connectivité, exploitation et maintenance supplémentaires |
Le pilotage dynamique répartit en temps réel la puissance disponible entre les bornes, sans dépasser ce que l’installation supporte. Il sert plus de véhicules avec la même arrivée électrique, comme l’explique notre guide du pilotage dynamique de la charge, mais ne crée aucune prise.
L’organisation passe par une règle écrite : durée maximale de branchement, priorité aux véhicules de service, réservation. Si l’entreprise a un règlement intérieur, une charte qui fixe des obligations générales et permanentes de discipline en devient une adjonction : avis du CSE, entrée en vigueur un mois après les formalités de publicité. Notre guide pour rédiger une charte de recharge propose une trame.
Ce que la loi impose sur un parking d’entreprise de plus de 20 places
Un ajout peut aussi être dû. Selon l’article L113‑13 du code de la construction et de l’habitation, depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, un bâtiment non résidentiel dont le parc compte plus de 20 emplacements dispose d’au moins un point de recharge, placé sur un emplacement dimensionné pour les personnes à mobilité réduite, puis d’un point par tranche de 20 emplacements supplémentaires. La règle vaut aussi pour un bâtiment mixte dont plus de 20 places ont un usage non résidentiel.
Deux limites existent. Les points supplémentaires, jamais le premier, peuvent être réduits lorsque les travaux en amont du tableau général basse tension (TGBT, le tableau principal du bâtiment), tableau compris, coûteraient plus que les travaux et équipements situés en aval. Et l’article L113‑14 écarte les parcs de bâtiments à la fois possédés et occupés par une PME : moins de 250 personnes, et un chiffre d’affaires d’au plus 50 millions d’euros ou un total de bilan d’au plus 43 millions d’euros.
La directive (UE) 2024/1275 demande aux États d’équiper, au plus tard le 1ᵉʳ janvier 2027, ces bâtiments d’au moins un point pour 10 emplacements, ou de conduits sur au moins la moitié des places. Au 23 septembre 2026, elle n’est pas transposée : le projet de loi adopté par le Sénat le 18 février 2026 est en première lecture à l’Assemblée nationale. Ce n’est donc pas une obligation, mais si des tranchées s’ouvrent, prévoyez des conduits en réserve.
Ce que l’installation existante peut accueillir
Puissance souscrite, protections du tableau, cheminement des câbles, bornes et supervision en place : le professionnel examine ces limites lors d’une visite technique.
Une place prééquipée n’a pas encore de borne
Selon l’article R113‑6 du même code, le prééquipement des parcs neufs ou largement rénovés comprend des conduits offrant un passage carré d’au moins 100 mm de côté et une alimentation prévue pour au moins 20 % des emplacements, compatible avec un pilotage. Au-delà de ces 20 %, rien n’est acquis : demandez ce qui est réutilisable. Notre guide sur le prééquipement des parkings détaille ces règles.
Bornes et supervision doivent se comprendre
Le protocole OCPP, qui relie bornes et supervision, existe en versions 1.6, 2.0.1 et 2.1 : demandez la version et les fonctions testées, pas seulement « compatible OCPP » (voir notre comparatif OCPP 1.6, 2.0.1 et 2.1). Le règlement délégué (UE) 2025/656 exige que les points privés installés ou rénovés à partir du 1ᵉʳ janvier 2027 respectent au minimum la norme EN ISO 15118-20:2022 en mode 3 ou 4 : si la pose peut glisser en 2027, faites-le préciser au devis.
Qualification et étude de conception
L’article D353‑2 du code de l’énergie réserve la pose à un professionnel qualifié, sans exception pour une borne de parking d’entreprise. Chez QUALIFELEC, l’indice 2 couvre les stations de plus de 36 kVA : si l’extension franchit ce seuil, l’indice doit suivre. Le même article impose une étude de conception électrique pour créer une infrastructure dans un parc d’au moins 50 places ; pour une extension, demandez si votre projet est concerné.
Après l’ajout : vérifications électriques, réception et mesure du service
L’extension modifie une installation électrique de lieu de travail. Les articles R4226-14 à R4226-17 du code du travail imposent une vérification initiale par un organisme accrédité à la mise en service et après toute modification de structure, puis des vérifications périodiques par un organisme accrédité ou une personne qualifiée de l’entreprise. Un arrêté du 26 décembre 2011 fixe leur périodicité à un an ; le chef d’établissement peut la porter à deux ans si le rapport précédent ne comporte aucune observation ou si les mises en conformité ont été faites avant l’échéance.
La réception est l’acte par lequel vous acceptez les travaux, avec ou sans réserves. Notez par écrit chaque défaut visible : borne qui ne démarre pas, badge refusé, marquage au sol absent. Selon le code civil, l’entreprise doit ensuite réparer pendant un an, au titre de la garantie de parfait achèvement, les désordres signalés au procès-verbal ou notifiés par écrit après la réception.
Fixez enfin, avant les travaux, les mesures qui jugeront l’extension : demandes non satisfaites, départs réalisés avec l’autonomie prévue, disponibilité des points aux heures chargées, relevées sur la même durée qu’avant. Plus de bornes ne prouve pas, à soi seul, que le problème d’usage a disparu.
Préparer la demande d’extension : dossier et questions à poser
Un dossier complet évite une seconde visite et permet un devis détaillé. Rassemblez avant le premier échange :
- les relevés des dernières semaines : demandes non satisfaites, durées de branchement, énergie par session ;
- le nombre de places, l’usage du bâtiment, son propriétaire et son occupant ;
- les plans du parking et du local électrique, le schéma électrique et la puissance souscrite ;
- les références, la puissance et la version OCPP des bornes en place, avec les contrats de supervision et de maintenance ;
- les derniers rapports de vérification électrique ;
- les arrivées de véhicules déjà décidées et les travaux prévus sur le bâtiment.
Sur ce dernier point, une entreprise affectataire d’au moins 100 véhicules taxables est soumise à la taxe annuelle incitative, dont le taux cible de véhicules à faibles émissions passe de 18 % en 2026 à 25 % en 2027.
Demandez ensuite à l’installateur ce qui est réutilisable, quelle puissance reste disponible une fois le pilotage réglé et comment les nouveaux points rejoindront la supervision. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France : visite technique, devis détaillé, supervision OCPP. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet, via la page devis professionnel.
L’essentiel à retenir
- Ajoutez des bornes quand des véhicules repartent régulièrement sans recharge alors que les points existants fonctionnent et se libèrent.
- L’écart entre durée de branchement et durée de charge distingue un manque de bornes d’un manque de rotation.
- Le besoin se calcule : distance × consommation, plus 5,1 à 7 % de pertes mesurées par l’ADAC à 11 kW.
- Depuis 2025, un bâtiment non résidentiel de plus de 20 places doit avoir au moins un point, puis un par tranche de 20 places supplémentaires, sauf exceptions.
- Une place prééquipée n’a pas de borne ; toute extension relève d’un professionnel qualifié IRVE.
- Après les travaux : vérification électrique, réserves écrites, mêmes relevés qu’avant.
Questions fréquentes
Faut-il ajouter des bornes sur le parking de l’entreprise dès qu’un salarié passe à l’électrique ?
Non, pas automatiquement. Un point partagé peut servir plusieurs véhicules s’ils se succèdent : une voiture qui parcourt 60 km par jour avec 17 kWh aux 100 km demande environ 11 kWh, soit une heure à 11 kW. Ajoutez des points quand vos relevés montrent des départs sans recharge alors que les bornes fonctionnent et se libèrent après la charge.
Combien de bornes la loi impose-t-elle sur un parking d’entreprise ?
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, un bâtiment non résidentiel dont le parc compte plus de 20 places doit disposer d’au moins un point de recharge, sur un emplacement accessible aux personnes à mobilité réduite, puis d’un point par tranche de 20 places supplémentaires (article L113‑13 du code de la construction). Les bâtiments possédés et occupés par une PME en sont exclus.
Peut-on installer une borne sur une place prééquipée sans travaux ?
Pas forcément. Le prééquipement prévu par l’article R113‑6 du code de la construction comprend des conduits et une alimentation dimensionnée pour au moins 20 % des emplacements, mais pas la borne. Il faut encore la poser, la raccorder et la protéger, par un professionnel qualifié IRVE, et vérifier que la puissance prévue suffit pour les points ajoutés.
Le pilotage dynamique peut-il remplacer l’ajout de bornes ?
Parfois. Le pilotage dynamique répartit en temps réel la puissance disponible entre les bornes : il règle un problème de puissance, par exemple des départs du matin mal servis. Il ne crée aucune prise : si trop de véhicules sont garés en même temps pour les points existants, seule une organisation plus stricte ou des points supplémentaires répondent au besoin.
Faut-il refaire vérifier l’installation électrique après l’ajout de bornes ?
Oui, si l’ajout modifie la structure de l’installation. Le code du travail impose une vérification initiale par un organisme accrédité à la mise en service et après toute modification de structure, puis des vérifications périodiques tous les ans, ou tous les deux ans si le rapport précédent ne comporte aucune observation ou si les mises en conformité ont été faites avant l’échéance. Demandez à l’installateur de préciser ce point dans son devis.
Existe-t-il une aide ADVENIR pour ajouter des bornes sur un parking d’entreprise ?
Non, pas pour les voitures et utilitaires légers. Au 23 septembre 2026, la page des montants d’ADVENIR ne comporte que quatre rubriques : immeuble collectif, poids lourds et autocars, voirie publique, projets en Corse ou outre-mer. Ne comptez donc pas sur cette prime dans le budget d’une extension et revérifiez le barème au moment de commander.


