Un bilan à trois mois de flotte électrique compare les résultats du pilote aux hypothèses écrites au départ : kilomètres, énergie, coûts, sessions de recharge et départs prêts. Il dit ce qui fonctionne dans le périmètre testé, ce qu’il faut corriger et ce qui reste à tester. Il ne valide pas, à lui seul, toute une année d’exploitation.
Vous saurez reprendre vos hypothèses, choisir vos indicateurs, rapprocher les kWh des bornes de la consommation des véhicules, interroger les conducteurs dans les règles, signaler les défauts de l’installation et classer chaque résultat avant d’étendre le parc.
Ce qu’un bilan à trois mois de flotte électrique peut prouver
Trois mois suffisent pour juger une organisation : qui branche, à quelle heure, avec quel badge, et si les véhicules partent chargés.
Écrivez d’abord le périmètre réel du pilote, qui borne vos conclusions :
- les véhicules et les missions testés, avec leurs kilométrages ;
- les mois couverts, donc les températures rencontrées ;
- les sites et les points de recharge utilisés ;
- les événements hors normes : véhicule immobilisé, travaux sur le parking.
Un pilote mené de juin à août ne dit rien du froid. Sur quatre voitures en recharge rapide, l’ADAC a mesuré des pertes de 1 à 6 % avec une batterie préconditionnée à 0 °C, mais de 6 à 10 % sans préconditionnement à cette température. Le préconditionnement consiste à amener la batterie à bonne température avant la recharge. Une hypothèse d’énergie validée en été reste à revérifier en hiver, comme tout cas non éprouvé : tournée exceptionnelle, véhicule de remplacement, départ très matinal.
Reprendre les hypothèses initiales sans les réécrire
Le bilan part du document de lancement du pilote : pour chaque critère, la valeur prévue, la valeur mesurée et l’explication de l’écart. S’il manque, reconstituez-le à partir des devis et des plannings, en le signalant.
Expliquez chaque écart par un fait documenté : mission modifiée, données incomplètes, incident, hypothèse de consommation à réviser. Un écart sans cause identifiée reste une question ouverte.
Ne réécrivez pas les objectifs après coup pour afficher un succès. Un critère mal défini, par exemple « départs prêts » sans seuil d’énergie, se corrige explicitement pour la phase suivante, en gardant l’ancienne définition. Le guide pour organiser une phase pilote avant un déploiement de bornes montre comment fixer ces critères dès le départ.
Comparez des périodes comparables : un premier mois raccourci par la mise en service, ou un mois d’août à effectif réduit, fausse les moyennes. Ramenez chaque indicateur à un nombre de jours ouvrés ou de missions.
Quels indicateurs suivre dans le bilan ?
Pour les bornes ouvertes au public, l’article D353‑6 du code de l’énergie liste les indicateurs que les opérateurs fournissent aux collectivités ; un parking privé n’y est pas tenu, mais la grille convient bien à une flotte.
Elle retient les sessions réussies par tranche horaire, en semaine et le week-end, puis, mois par mois, le taux de disponibilité, le taux d’occupation, les sessions initiées, les sessions réussies, l’énergie moyenne par session réussie en kWh et la durée moyenne des sessions réussies en minutes. Une flotte y ajoute ses indicateurs de mission :
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Où trouver la donnée | Piège à éviter |
|---|---|---|---|
| Sessions initiées et réussies | Recharges tentées et menées à terme | Historique de la supervision | Compter une session interrompue comme réussie |
| Taux d’occupation | Temps d’occupation de la place | Supervision, réservations | Confondre place occupée et véhicule en charge |
| Taux de disponibilité | Temps de bon fonctionnement du point | Supervision, contrat de maintenance | Ignorer la définition écrite au contrat |
| Énergie moyenne par session | kWh délivrés par recharge réussie | Supervision | Oublier les pertes entre borne et batterie |
| Départs prêts | Véhicules partis avec l’énergie prévue | Planning, relevés des conducteurs | Ne pas fixer de seuil d’énergie |
| kWh aux 100 km | Énergie par kilomètre parcouru | Bornes, cartes de recharge, compteurs | Oublier la recharge publique ou à domicile |
La supervision, logiciel qui reçoit l’état des bornes et les sessions, par exemple via le protocole ouvert OCPP, fournit ces données : demandez un export mensuel couvrant tous les points. Le guide pour choisir les indicateurs d’un pilote de flotte électrique détaille chaque définition.
Rapprocher l’énergie des bornes et la consommation des véhicules
L’énergie comptée par la borne dépasse celle qui arrive dans la batterie. Sans correction, la consommation paraît anormale et l’on cherche une panne inexistante.
L'ADAC a mesuré, sur cinq voitures chargées de 10 à 90 %, des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Pour le même trajet, un véhicule rechargé sur prise chez un salarié tire donc davantage d’électricité.
Exemple de calcul, avec des chiffres d’hypothèse : un véhicule parcourt 3 000 km dans le trimestre et ses sessions sur borne totalisent 540 kWh, soit 18 kWh aux 100 km mesurés à la borne (540 / 30). Avec 6 % de pertes, environ 508 kWh sont entrés dans la batterie (540 × 0,94), soit près de 17 kWh aux 100 km. C’est ce chiffre qu’il faut comparer à l’affichage du véhicule.
Ajoutez l’énergie prise hors site, recharge publique ou à domicile : sans elle, le véhicule qui recharge ailleurs paraît sobre. Pour ne pas défavoriser les missions lourdes, voyez comment comparer les consommations d’une flotte.
Une recharge longue ne signale pas forcément une borne défaillante : selon Enedis, une voiture branchée sur une borne plus puissante que ce qu’elle accepte recharge à son propre maximum. Vérifiez la puissance acceptée par chaque modèle dans sa notice avant de conclure.
Calculer le coût d’exploitation, pas seulement le prix du kWh
Le coût d’un trimestre comprend l’énergie et le temps passé à faire fonctionner le dispositif. Retenir la seule facture d’électricité sous-estime le coût de l’extension.
Pour l’énergie, multipliez les kWh relevés par le prix de votre contrat, en ajoutant l’abonnement au prorata, puis les factures de recharge publique. Pour des véhicules rechargés chez des salariés en option Heures creuses du Tarif Bleu, la plage peut changer : depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, Enedis la déplace progressivement pour les clients équipés de Linky (au moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h, le reste possible entre 11 h et 17 h).
Chiffrez aussi le travail des services support :
- l’accueil : badges prêtés, perdus ou à réactiver ;
- la comptabilité : justificatifs de recharge, pièces comptables à conserver dix ans ;
- le responsable de parc : demandes d’assistance, relances, véhicules à déplacer ;
- la paie : traitement des avantages liés à la recharge.
Selon le Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS), jusqu’au 31 décembre 2027, l’usage privé d’une borne mise à disposition sur le lieu de travail est un avantage en nature négligé, évalué à zéro, y compris pour la voiture personnelle du salarié. Vérifiez ce traitement avec votre gestionnaire de paie.
Écouter les conducteurs et exploiter les données dans les règles
Les conducteurs savent ce que les tableaux ne montrent pas : ce qui a ajouté du temps, créé une incertitude ou facilité la mission. Un incident fréquent mais vite résolu n’apparaît pas toujours dans la disponibilité technique.
Recoupez avec les historiques ces points précis :
- le nombre de fois où la place était occupée ou le badge refusé ;
- les départs retardés faute d’énergie, avec leur date ;
- les recharges d’appoint faites hors site, et leur motif ;
- ce qui a simplifié la journée et doit être conservé.
Selon l’article L1222-4 du code du travail, aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est informé et consulté avant la mise en œuvre de moyens de contrôle de l’activité.
Si les véhicules sont géolocalisés, la CNIL limite en principe la conservation des positions à deux mois, un an pour optimiser des tournées, ou pour prouver des interventions quand aucun autre moyen de preuve n’existe. Au troisième mois, les positions du premier mois ont donc en principe disparu : extrayez chaque mois les agrégats utiles, kilomètres et durées de mission. La géolocalisation ne peut servir ni à contrôler les limitations de vitesse ni à collecter la position hors du temps de travail.
Vérifier l’installation pendant l’année de parfait achèvement
Le bilan à trois mois tombe en général dans l’année qui suit la réception des travaux. Selon l’article 1792-6 du code civil, la garantie de parfait achèvement due par l’entrepreneur court un an à compter de la réception.
Elle couvre les désordres signalés en réserves au procès-verbal et ceux révélés après la réception, notifiés par écrit ; elle ne couvre pas l’usure normale ni l’usage. Isolez les incidents du trimestre qui relèvent de l’installation et adressez-les par écrit à l’installateur, avec dates et points concernés. Le guide sur le procès-verbal de réception de bornes en entreprise aide à relire les réserves formulées.
Contrôlez aussi les documents du site :
- le rapport de vérification initiale de l’installation électrique, faite à la mise en service par un organisme accrédité ;
- la levée des observations de ce rapport ;
- la date de la première vérification périodique, un an après la vérification initiale ;
- le contrat de maintenance, confié à une entreprise titulaire d’une qualification pour la maintenance des infrastructures de recharge.
Aucun salarié sans habilitation électrique, délivrée par l’employeur après formation, ne doit ouvrir un coffret pour relancer une borne : appelez le professionnel qualifié chargé de la maintenance.
Classer chaque résultat : validé, à corriger ou non testé
Chaque sujet reçoit une seule étiquette, une action et une date de vérification, pour qu’aucune correction décidée en réunion ne se perde.
| Classement | Définition | Exemple | Suite à donner |
|---|---|---|---|
| Validé dans le périmètre testé | Résultat conforme à l’hypothèse sur les missions et la période testées | La recharge de nuit au dépôt couvre les tournées d’été | Conserver, en rappelant la période couverte |
| À corriger | Écart expliqué par une cause identifiée | Badges refusés sur un point après une mise à jour | Action nommée, responsable, date de contrôle |
| Non testé | Situation absente du pilote | Tournées d’hiver, véhicule de remplacement | Inscrire au prochain test, sans extrapoler |
Une partie des corrections touche les règles d’usage : durée maximale sur une place, priorité aux départs matinaux. Si votre charte impose des obligations générales et permanentes de discipline, le code du travail la traite, lorsqu’un règlement intérieur existe, comme une adjonction à celui-ci : avis du CSE, puis entrée en vigueur un mois après les formalités de publicité.
Prévoyez ce délai ; le guide pour rédiger une charte de recharge pour les salariés détaille ces étapes.
Décider de l’extension du parc et préparer l’étape suivante
L’extension se décide sujet par sujet : on étend ce qui est validé, on corrige d’abord le reste, on teste ce qui ne l’a pas été.
Pour une entreprise affectataire d’au moins 100 véhicules taxables, la taxe annuelle incitative fixe un taux cible de véhicules à faibles émissions de 18 % en 2026 et de 25 % en 2027, calculé sur les seuls véhicules entrés dans la flotte depuis la troisième année civile précédente. Son tarif passe de 4 000 € en 2026 à 5 000 € à compter de 2027, multiplié par l’écart à l’objectif et par le taux annuel de renouvellement des véhicules très émetteurs.
Côté infrastructure, une étude de recharge de flotte traduit les nouveaux besoins en points et en puissance. Dans un parc d’au moins 50 places, tout projet de création d’infrastructure de recharge exige une étude de conception électrique confiée à des professionnels qualifiés. Voir aussi le guide pour électrifier une flotte automobile en 2026.
Pour la demande, préparez :
- le bilan et ses exports de sessions ;
- le nombre de véhicules visé, leurs horaires de départ et le plan du parking.
Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France, avec visite technique et devis détaillé, depuis la demande de devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- Un bilan à trois mois valide une organisation dans le périmètre testé, pas toute l’année.
- Chaque écart entre hypothèse et mesure s’explique par un fait documenté ; les objectifs initiaux ne se réécrivent pas après coup.
- Les kWh des bornes dépassent l’énergie reçue par la batterie : l’ADAC mesure 5,1 à 7,0 % de pertes sur une borne de 11 kW.
- Les données nominatives exigent l’information préalable des salariés et, à partir de 50 salariés, la consultation du CSE.
- Les défauts de l’installation se notifient par écrit pendant l’année de parfait achèvement qui suit la réception.
- Chaque sujet reçoit une étiquette (validé, à corriger ou non testé), une action et une date de vérification.
Questions fréquentes
Que doit contenir le bilan à trois mois d’une flotte électrique ?
Il compare, critère par critère, les valeurs prévues au lancement et les valeurs mesurées : kilomètres, énergie, coûts, sessions de recharge réussies et départs prêts. Chaque écart reçoit une explication documentée. Le bilan ajoute les retours des conducteurs et des services support, l’état de l’installation, puis classe chaque sujet en validé, à corriger ou non testé, avec une action et une date de vérification.
Trois mois de pilote suffisent-ils pour électrifier toute la flotte ?
Non, pas à eux seuls. Trois mois valident une organisation sur les missions, les sites et la saison testés, pas sur toute l’année ni sur toute l’entreprise. Un pilote estival ne dit rien du froid, qui augmente les pertes en recharge rapide quand la batterie n’est pas préconditionnée, selon les mesures de l’ADAC. Étendez progressivement et inscrivez les situations non testées au programme suivant.
Pourquoi les kWh des bornes dépassent-ils la consommation affichée par les véhicules ?
Parce qu’une partie de l’énergie se perd entre le réseau et la batterie. L’ADAC a mesuré, sur cinq voitures, des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Corrigez ces pertes avant de comparer les chiffres, et ajoutez l’énergie prise hors site, sur borne publique ou au domicile des salariés.
Peut-on utiliser la géolocalisation des véhicules pour faire le bilan ?
Oui, dans les limites fixées par la CNIL. Chaque salarié est informé avant la collecte, et les représentants du personnel sont informés ou consultés avant l’installation du dispositif. Les positions se conservent en principe deux mois et ne peuvent servir ni à contrôler les limitations de vitesse ni à suivre les trajets domicile-travail. Extrayez chaque mois les agrégats utiles, comme les kilomètres par mission.
Que faire d’un défaut de borne découvert après la réception ?
Notifiez-le par écrit à l’installateur, avec la date, le point de recharge et les symptômes. Selon l’article 1792-6 du code civil, la garantie de parfait achèvement couvre pendant un an après la réception les désordres signalés en réserves et ceux révélés ensuite puis notifiés par écrit ; l’usure normale en est exclue. N’intervenez pas vous-même sur la borne : la maintenance revient à un professionnel qualifié.
La taxe annuelle incitative concerne-t-elle ma flotte ?
Oui, si votre entreprise est affectataire d’au moins 100 véhicules taxables : notamment voitures de tourisme, utilitaires N1 à carrosserie camionnette, camion ou fourgon, quadricycles L6e et L7e, hors véhicules exemptés. Le taux cible de véhicules à faibles émissions est de 18 % en 2026 et de 25 % en 2027, calculé sur les véhicules entrés dans la flotte depuis la troisième année civile précédente. Le tarif passe de 4 000 € en 2026 à 5 000 € en 2027.


