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Guide pratique · 12 min de lecture

Tournées avec retour au dépôt : dimensionner le besoin énergétique

Tournées avec retour au dépôt : calculez l’énergie par mission, ajoutez les pertes mesurées, puis vérifiez la fenêtre de recharge et les heures creuses.

Préparation des tournées d’une flotte d’utilitaires électriques au dépôt.
  • Entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE
  • Assurance décennale AXA
  • Partout en France
  • Objectif : devis sous 48 h après dossier complet
  • Supervision OCPP
  • Aides ADVENIR
Sommaire de l’article

Le besoin en énergie d’une tournée d’utilitaire électrique avec retour au dépôt se calcule en deux temps : convertir les kilomètres de chaque mission en kWh à reprendre au réseau, pertes comprises, puis diviser ce total par le temps de branchement au dépôt. Le résultat, une puissance moyenne, se confronte ensuite aux limites du véhicule et du site.

Vous saurez relever les données utiles, chiffrer l’énergie d’une journée type puis d’une journée difficile, tenir compte des heures creuses et remettre à l’installateur un tableau exploitable pour son étude et son devis.

Quelles données de tournée relever avant de calculer ?

Le calcul ne vaut que par ses données : pour chaque véhicule et chaque jour, il faut les kilomètres parcourus, l’heure de retour au dépôt et l’heure du départ suivant. Relevez-les sur plusieurs semaines représentatives, pas sur une journée choisie parce qu’elle s’est bien passée.

Ajoutez les conditions qui expliquent les écarts de consommation. La charge transportée, le froid, les portions rapides, les arrêts fréquents et les équipements éventuellement alimentés par la batterie de traction pèsent sur la consommation. Notez-les dans le même tableau, une ligne par mission.

Ces relevés viennent d’un journal de trajets tenu pour électrifier une flotte, des feuilles de route ou d’un boîtier de géolocalisation. Dans ce dernier cas, la CNIL encadre la géolocalisation des véhicules des salariés : les instances représentatives du personnel sont informées ou consultées avant l’installation, et chaque salarié est informé individuellement. Les positions ne se conservent en principe pas plus de deux mois, un an lorsqu’elles servent à optimiser les tournées. Le RGPD limite la collecte au nécessaire : pour ce calcul, kilomètres et horaires suffisent souvent.

Passer des kilomètres aux kWh : le calcul par mission

L’énergie consommée par une mission s’obtient en multipliant la distance par la consommation du véhicule, exprimée en kWh aux 100 km. Le kWh (kilowattheure) mesure une quantité d’énergie ; le kW (kilowatt) mesure une puissance, c’est-à-dire un débit d’énergie.

Prenons un exemple entièrement hypothétique : un fourgon parcourt 120 km dans la journée et consomme 25 kWh aux 100 km. Il puise 120 × 25 ÷ 100 = 30 kWh dans sa batterie. Ces deux valeurs ne décrivent aucun modèle réel ; remplacez-les par les vôtres.

Pour la consommation, partez de la documentation du constructeur pour la version exacte, puis corrigez-la avec vos propres mesures dès la phase pilote. Pour un utilitaire chargé, par temps froid, seules vos mesures donnent une valeur fiable.

Regardez aussi la masse : avec le permis B, l’utilitaire reste limité à 3,5 tonnes de PTAC (poids total autorisé en charge), et la batterie réduit la charge utile. Vérifiez les masses sur le certificat d’immatriculation de la version choisie.

Retenez enfin la mission la plus longue de chaque véhicule, pas la moyenne de la flotte. Une moyenne de 80 km peut cacher, par exemple, une tournée de 150 km le vendredi : c’est elle qui fixe l’énergie à reprendre la nuit précédente.

Ajouter les pertes de recharge sans inventer de rendement

Une partie de l’énergie tirée du réseau n’arrive pas dans la batterie : elle se dissipe en chaleur pendant la recharge. Il faut donc reprendre un peu plus que les 30 kWh consommés.

Le chiffre à utiliser vient de mesures, pas d’un rendement rond. L’ADAC, le club automobile allemand, a publié le 6 août 2026 une étude sur les pertes de recharge de cinq voitures chargées de 10 à 90 %, batterie entre 20 et 30 °C : 5,1 à 7,0 % de pertes sur une borne de 11 kW, 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Ces valeurs portent sur des voitures, pas sur des utilitaires, et sur une batterie tempérée.

Pour l’exemple, retenons la valeur haute à la borne, 7 %, et divisons par prudence : 30 ÷ 0,93 ≈ 32,3 kWh à tirer du réseau pour cette tournée.

Dès le pilote, comparez l’énergie comptée par la borne à celle que le véhicule indique avoir reçue : l’écart donne vos pertes réelles. Si les bornes sont reliées à une supervision par OCPP, le protocole ouvert de communication entre bornes et logiciels de gestion, faites préciser au devis la version d’OCPP et les données remontées, dont l’énergie de chaque session.

De l’énergie à la puissance : diviser par la fenêtre de recharge

La puissance moyenne nécessaire est l’énergie à reprendre divisée par la durée de branchement. Avec 32,3 kWh et 8 heures au dépôt, il faut en moyenne 32,3 ÷ 8 ≈ 4,0 kW, mesurés côté réseau.

Le tableau reprend l’exemple pour un véhicule, puis pour quatre véhicules identiques branchés en même temps, soit environ 129 kWh par nuit : diviser le temps de branchement par deux double la puissance moyenne.

Fenêtre de rechargePuissance moyenne pour un véhicule (32,3 kWh)Puissance moyenne pour quatre véhicules (129 kWh)
10 heures3,2 kW12,9 kW
8 heures4,0 kW16,1 kW
6 heures5,4 kW21,5 kW
5 heures6,5 kW25,8 kW
4 heures8,1 kW32,3 kW

Ces chiffres sont des moyennes, pas des puissances de borne. Selon Enedis, un véhicule branché sur une borne qui délivre plus de kW qu’il ne peut en accepter se recharge à son propre maximum : relevez dans la notice la puissance maximale acceptée en courant alternatif par la version choisie. Gardez ensuite une marge par point, à fixer avec l’installateur.

Vérifier la fenêtre réelle : arrivées, départs et heures creuses

La fenêtre utile va du branchement effectif au départ suivant : un fourgon garé à 17 h mais branché à 18 h, après déchargement, perd une heure.

Les retours s’étalent, par exemple de 16 h à 19 h, et les départs commencent dès 6 h. Tracez pour chaque véhicule une barre horaire de présence : leur chevauchement montre combien chargent en même temps. Notre guide pour analyser les pauses disponibles au dépôt détaille ce relevé.

Heures creuses : une plage qui se déplace

Avec l’option Heures creuses du Tarif Bleu, EDF indique 8 heures creuses par jour, fixées par Enedis et non choisies par le client. Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, Enedis déplace progressivement les plages des compteurs Linky : au moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h, les 3 heures restantes pouvant être placées entre 11 h et 17 h, avec des horaires variables selon la saison.

Pour des utilitaires en tournée l’après-midi, seules les heures de nuit servent. Si elles se limitent à 5 heures, l’exemple demande 32,3 ÷ 5 ≈ 6,5 kW par véhicule. Enedis annonce le passage des clients professionnels au second semestre 2027 ; avec un autre contrat, les plages dépendent de l’offre souscrite. Vérifiez la plage sur votre facture, reprogrammez les bornes à chaque changement, et consultez notre guide pour préparer les horaires de départ d’une recharge de nuit.

Tester une journée défavorable avant de figer la puissance

Le dimensionnement se juge sur la journée difficile, pas sur la journée moyenne. Construisez au moins quatre scénarios à partir de vos relevés et recalculez l’énergie et la puissance pour chacun :

  • retour tardif et départ avancé : la fenêtre passe par exemple de 8 à 4 heures, et la puissance moyenne double, de 4,0 à 8,1 kW ;
  • tournée la plus longue de la semaine, avec charge maximale et temps froid ;
  • véhicule qui n’a pas rechargé la veille, à cause d’une borne en défaut ou d’un câble oublié : il faut reprendre deux journées, soit 64,5 kWh dans l’exemple ;
  • tous les véhicules rentrés à la même heure, pendant que le reste du bâtiment consomme.

Pour chaque scénario, posez deux questions : le véhicule peut-il accepter la puissance calculée, et le site peut-il la fournir à tous en même temps ? Si la réponse est non, décidez à l’avance quel véhicule passe en priorité et quelle solution couvre les autres : véhicule de réserve, recharge rapide publique, mission décalée. Notre guide pour prioriser une recharge selon la prochaine mission du véhicule propose une méthode.

À l’inverse, un cas rare peut relever d’une règle de priorité écrite plutôt que d’une puissance inutilisée le reste du temps.

Pourquoi la puissance moyenne ne dimensionne pas l’installation à elle seule

La puissance moyenne dit combien d’énergie il faut par heure ; l’installation, elle, doit supporter la puissance appelée à chaque instant par toutes les bornes réunies, plus le reste du bâtiment.

L’installateur vérifie donc ce que le calcul d’énergie ne montre pas : puissance souscrite et raccordement, état du tableau électrique, répartition des bornes entre les phases, longueurs de câble et autres usages du site aux mêmes heures. Ces vérifications relèvent d’un professionnel : n’ouvrez pas vous-même le tableau.

Le pilotage dynamique modifie ce raisonnement. C’est un système qui répartit en temps réel la puissance disponible entre les bornes, sans dépasser la limite fixée pour le site : il permet d’installer plus de points qu’une puissance simultanée maximale ne l’autoriserait, tant que chaque véhicule reçoit son énergie avant de partir. Notre article sur le pilotage dynamique de la charge des bornes en montre le principe.

Le résultat oriente aussi le choix de l’installateur. Dans l’annuaire QUALIFELEC, la qualification IRVE se décline en indice 1 pour une station de 36 kVA au plus, indice 2 au-delà de 36 kVA et indice 3 pour le courant continu (le kVA exprime la puissance apparente).

Les obligations qui s’appliquent au projet de dépôt

Des bornes dédiées aux utilitaires d’un dépôt se posent par un installateur qualifié. L’article D353‑2 du code de l’énergie n’en dispense que les infrastructures de 3,7 kW au plus au total installées en habitat privé, ou non dédiées principalement à la recharge et non accessibles au public.

Si le parc de stationnement compte au moins 50 places, le même article impose une étude de conception électrique. Quand les bornes se raccordent à l’installation existante, elle évalue si celle-ci supporte les équipements prévus et les travaux éventuels ; elle comprend un schéma électrique et relève d’un professionnel qualifié pour les études et la conception de ces infrastructures.

À la mise en service, puis après toute modification de structure, l’employeur fait vérifier les installations électriques par un organisme accrédité, selon le code du travail. Des vérifications périodiques suivent, en principe chaque année, avec un délai porté à deux ans si le rapport précédent ne contient aucune observation ou si les travaux demandés ont été faits. La maintenance des bornes relève, elle aussi, de professionnels qualifiés pour cette activité.

Préparer le dossier de dimensionnement pour l’installateur

Un dossier complet évite un devis bâti sur un simple nombre de véhicules. Rassemblez ces éléments avant la visite technique :

  • la liste des véhicules, avec la version exacte, la capacité de batterie et la puissance maximale acceptée en courant alternatif, selon le constructeur ;
  • le kilométrage quotidien par véhicule sur plusieurs semaines, journée la plus chargée comprise ;
  • les heures de retour et de départ, véhicule par véhicule ;
  • le tableau énergie et puissance de la journée type et des scénarios défavorables ;
  • le contrat d’électricité du site : puissance souscrite et plages d’heures creuses inscrites sur la facture ;
  • un plan du dépôt avec le nombre total de places, les places à équiper et l’emplacement du tableau ;
  • les évolutions prévues : véhicules supplémentaires, nouvelles tournées, horaires modifiés.

Avec ces éléments, l’installateur peut proposer une puissance, un nombre de points et un pilotage cohérents, puis un devis détaillé après visite technique. Déposez-les sur notre page de demande de devis pour les professionnels. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.

Le guide des bornes pour utilitaires électriques complète les données techniques à recueillir ; la page consacrée à la recharge de flotte de véhicules électriques présente l’étude de flotte et la supervision OCPP, qui permet de comparer l’énergie délivrée à vos calculs.

L’essentiel à retenir

  • L’énergie d’une tournée est la distance multipliée par la consommation : 120 km à 25 kWh aux 100 km donnent 30 kWh dans l’exemple hypothétique.
  • Ajoutez des pertes mesurées plutôt qu’un rendement rond : l’ADAC relève 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW, sur des voitures.
  • La puissance moyenne est l’énergie divisée par le temps de branchement : diviser la fenêtre par deux double la puissance nécessaire.
  • Enedis déplace progressivement les heures creuses du Tarif Bleu depuis novembre 2025, pour les professionnels au second semestre 2027 : pour des utilitaires en tournée l’après-midi, seule la plage de nuit compte.
  • Dimensionnez sur une journée défavorable et confiez l’étude à un installateur qualifié ; dès 50 places, l’étude de conception électrique est obligatoire.

Questions fréquentes

Comment calculer le besoin en énergie d’une tournée d’utilitaire électrique au dépôt ?

Multipliez la distance de la tournée par la consommation du véhicule en kWh aux 100 km, puis ajoutez les pertes de recharge. Par exemple, 120 km à 25 kWh aux 100 km donnent 30 kWh ; avec 7 % de pertes, valeur haute mesurée par l’ADAC sur des voitures à une borne de 11 kW, il faut environ 32,3 kWh du réseau. Divisez ensuite ce total par les heures de branchement au dépôt.

Quelle puissance de borne faut-il pour recharger un utilitaire électrique la nuit ?

Elle dépend de l’énergie à reprendre et du temps de branchement. Dans l’exemple de 32,3 kWh, 8 heures de nuit demandent en moyenne 4,0 kW, et 5 heures environ 6,5 kW. Choisissez une puissance par point avec une marge, dans la limite de ce que le véhicule accepte en courant alternatif selon sa notice, et faites vérifier par l’installateur ce que le site peut fournir à tous les véhicules à la fois.

Quelle part de l’énergie se perd pendant la recharge d’un véhicule électrique ?

Selon les mesures publiées par l’ADAC le 6 août 2026 sur cinq voitures, les pertes vont de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique, batterie entre 20 et 30 °C. Ces valeurs ne visent pas les utilitaires : comparez, dès le pilote, l’énergie comptée par la borne et celle reçue par le véhicule.

Les heures creuses suffisent-elles pour recharger des utilitaires au dépôt ?

Pas toujours. Avec l’option Heures creuses du Tarif Bleu, les 8 heures creuses sont fixées par Enedis, et une partie peut tomber l’après-midi, quand les utilitaires roulent. Après la réforme engagée par Enedis en novembre 2025, seules 5 heures consécutives au moins sont garanties la nuit, entre 23 h et 7 h. Les clients professionnels sont annoncés au second semestre 2027 : vérifiez vos plages sur la facture.

Une borne de 22 kW recharge-t-elle un utilitaire plus vite qu’une borne de 11 kW ?

Pas forcément. Selon Enedis, un véhicule branché sur une borne qui délivre plus de puissance qu’il ne peut en accepter se recharge à son propre maximum. Si votre utilitaire n’accepte que 11 kW en courant alternatif, une borne de 22 kW ne le rechargera pas plus vite qu’une borne de 11 kW. Vérifiez cette valeur dans la notice de la version exacte avant de choisir les bornes.

Faut-il une étude électrique avant d’équiper un dépôt de bornes de recharge ?

Oui, si le parc compte au moins 50 places : l’article D353‑2 du code de l’énergie impose alors une étude de conception électrique, avec un schéma, réalisée par un professionnel qualifié. En dessous de ce seuil, la visite technique de l’installateur qualifié vérifie la puissance souscrite, le tableau et les circuits. Dans les deux cas, apportez vos relevés d’énergie et d’horaires de tournée.

Relecture prévue par Anna Du Bois.
À valider avant de présenter cette relecture comme terminée.

Sources et lectures complémentaires

Documentation des organismes et fabricants pour approfondir le sujet. Pour une procédure propre à votre véhicule ou à votre borne, consultez la notice correspondant au modèle et à sa version.

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