Oui, la recharge de la voiture et la pompe à chaleur peuvent fonctionner en simultané, à condition que leur appel de puissance cumulé, ajouté aux autres usages, reste sous la puissance souscrite. Sinon, le compteur Linky coupe. On y parvient en mesurant les soirées d’hiver, puis en décalant la recharge ou en la faisant moduler.
Vous saurez repérer les moments de cumul, lire le Linky, estimer l’énergie dont la voiture a besoin, comparer programmation, délestage et hausse d’abonnement, puis préparer une visite technique et un essai qui reproduisent une soirée froide.
Recharge de la voiture et pompe à chaleur en simultané : où se situe la limite ?
La limite est la puissance souscrite : si la maison appelle davantage, le Linky coupe. C’est l’addition des appareils au même instant qui compte.
La puissance souscrite, exprimée en kVA, est le plafond de puissance que votre contrat autorise à un moment donné. Selon Enedis, en monophasé, elle correspond à un courant maximal : 6 kVA pour 30 A, 9 kVA pour 45 A, 12 kVA pour 60 A. Raisonner en ampères évite de confondre kVA et kW.
Prenons un exemple. La fiche technique d’une borne Schneider Charge indique 7,4 kW en 32 A monophasé. Sur un contrat de 9 kVA, il reste 45 − 32 = 13 A pour le reste de la maison quand la borne tourne à pleine puissance.
| Contrat monophasé | Courant maximal | Borne 7,4 kW à pleine puissance | Reste pour la maison |
|---|---|---|---|
| 6 kVA | 30 A | 32 A, plus que le contrat | Aucun : borne à brider ou à piloter |
| 9 kVA | 45 A | 32 A | 13 A |
| 12 kVA | 60 A | 32 A | 28 A |
Ces ampères restants doivent couvrir la pompe à chaleur à son maximum, la cuisson et l’éclairage. Demandez la puissance électrique maximale de votre pompe à chaleur, appoint électrique éventuel compris, à son installateur ou dans sa notice. Le guide sur la puissance de compteur pour une borne détaille ce raisonnement.
Les soirées froides, moment où les besoins se cumulent
Le cumul le plus fréquent survient le soir en hiver : la voiture rentre, le chauffage relance le logement, on cuisine. Enedis qualifie la plage de 17 h à 21 h de plus défavorable pour le réseau et recommande d’y éviter la recharge autant que possible.
Dans son enquête publiée en octobre 2025, Enedis indique que 63 % des utilisateurs qui rechargent à domicile démarrent généralement leur recharge entre 21 h et 7 h, et 11 % entre 17 h et 21 h. Brancher en rentrant à 18 h sans programmation lance la charge en plein pic.
Notez sur une semaine d’hiver :
- l’heure d’arrivée et de départ de chaque voiture ;
- les soirs de relance du chauffage après une absence, un week-end ou des vacances ;
- les horaires de cuisson, de lave-linge, de sèche-linge et du ballon d’eau chaude ;
- le programme de la pompe à chaleur : réduit la nuit, relance le matin, ou consigne constante.
Surveillez aussi le matin : si le chauffage relance à 6 h pendant la fin de charge, le cumul s’est seulement déplacé. Le ballon d’eau chaude pose une question voisine, traitée dans le guide recharge et chauffe-eau : éviter les horaires qui se chevauchent.
Mesurer avant de décider : ce que montrent le Linky et vos historiques
La puissance maximale quotidienne du Linky est l’indicateur qui dit si le cumul pose problème chez vous.
Selon le guide Enedis des affichages, l’écran du Linky montre la puissance appelée à l’instant, la puissance maximale atteinte dans la journée et la puissance de coupure utilisée par le contrôle de surpuissance. La puissance maximale est affichée en VA : divisez-la par 1 000 pour la comparer aux kVA de votre contrat. En triphasé, la puissance appelée apparaît phase par phase.
Un soir froid, relevez la puissance appelée pendant que la pompe à chaleur tourne et que le four chauffe : vous saurez ce qui reste avant d’ajouter la borne.
Avec un Linky, Enedis met aussi à disposition, sous réserve de disponibilité, l’historique des index quotidiens, la puissance maximale quotidienne et une courbe de charge. Le compteur enregistre cette courbe au pas de 60 minutes par défaut, et de 30 minutes quand la collecte est activée. Une valeur moyenne sur 30 ou 60 minutes lisse les pointes brèves : une heure modérée peut cacher quelques minutes très chargées.
Si la puissance maximale quotidienne frôle déjà votre puissance souscrite les soirs d’hiver, sans voiture, la borne devra être pilotée.
Décaler la recharge sur la nuit : le premier levier
Enedis indique que programmer la recharge la nuit permet souvent de ne pas augmenter la puissance de son abonnement : souvent, pas toujours.
Selon Enedis, qui détaille la modification des heures creuses, les plages sont repositionnées par étapes depuis le 1ᵉʳ novembre 2025 : toujours 8 heures par jour, dont au moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h, et, pour la plupart des foyers concernés, un créneau entre 11 h et 17 h. Le fournisseur prévient environ un mois à l’avance.
Une programmation réglée dans la voiture ou la borne doit alors être vérifiée. Le guide programmer la voiture ou la borne aide à choisir qui commande.
Combien de temps la voiture doit-elle vraiment charger ?
Selon l’enquête d’Enedis de septembre 2024, les conducteurs de voitures 100 % électriques roulent en moyenne 62 km par jour en semaine. Prenons une voiture qui consomme 17 kWh aux 100 km : 62 × 0,17 = 10,5 kWh. L’ADAC a mesuré 5,1 à 7,0 % de pertes sur une borne de 11 kW ; en retenant 7 % par hypothèse, il faut tirer environ 11,3 kWh du réseau (10,5 ÷ 0,93).
À 7,4 kW, cela fait environ 1 h 30 de charge ; à 3,7 kW, un peu plus de 3 h. Les deux tiennent dans 5 heures de nuit, ce que la CRE juge suffisant pour les trajets quotidiens. Au Tarif Bleu d’EDF au 1ᵉʳ août 2026, ces 11,3 kWh coûtent environ 1,80 € hors abonnement en heures creuses (0,1589 € TTC le kWh) contre 2,42 € en heures pleines (0,2142 €) ; voir le guide du coût de la recharge à domicile.
Le délestage dynamique : laisser la borne s’adapter à la maison
Le délestage dynamique ajuste en continu la puissance de recharge selon ce que consomme le reste du logement. Il répond au cas d’une pompe à chaleur qui démarre à toute heure.
Dans l’exemple du module de délestage documenté par Schneider Electric, un transformateur de courant posé sous le disjoncteur principal mesure la puissance disponible, le module communique avec la borne par courant porteur et ajuste en permanence la puissance délivrée à la voiture. Il ne fonctionne qu’avec les bornes de la marque.
La modulation a un plancher. Pour cette borne, le fabricant indique qu’au moins 9 A doivent être disponibles par phase pour que la charge redémarre. Sur un contrat de 9 kVA monophasé, si la maison appelle plus de 36 A (45 − 9), la recharge reste en pause, puis reprend quand la demande baisse.
C’est le mode 3, propre aux bornes, qui le permet : borne et véhicule échangent des informations pour décaler la recharge et moduler la puissance. Une borne supervisée en OCPP, protocole ouvert entre la borne et son système de gestion, peut aussi recevoir des limites de puissance, si la fonction est implémentée. Questions à poser, reprises dans le guide délestage dynamique : quelles informations demander :
- où se fait la mesure, et sur combien de phases ;
- quel courant minimal la borne exige avant de s’arrêter ;
- comment elle reprend après une pause, et si l’historique la signale ;
- ce qui se passe si le module de mesure ne communique plus.
Augmenter l’abonnement, piloter ou passer en triphasé : comparer les options
Augmenter la puissance souscrite est simple avec un Linky, mais pas toujours possible ni nécessaire. Selon l’enquête d’Enedis d’octobre 2025, 17 % des propriétaires ont augmenté leur puissance après l’achat d’un véhicule électrique.
| Option | Principe | Coût établi | Limite |
|---|---|---|---|
| Programmer la recharge | Charger après le pic du soir | Aucun matériel ajouté | Insuffisant si la pompe à chaleur tourne aussi la nuit |
| Délestage dynamique | La borne module selon la mesure | Selon devis | Pause si le courant disponible passe sous le minimum de la borne |
| Hausse de puissance | Relever le plafond du contrat | 4,32 € TTC chez Enedis ; au Tarif Bleu, 4,02 € TTC de plus par mois de 6 à 9 kVA | 12 kVA au plus en monophasé ; installation à vérifier |
| Passage au triphasé | Répartir sur trois phases, jusqu’à 36 kVA | 184,84 € TTC chez Enedis, hors travaux de raccordement ou intérieurs éventuels | Équilibrage des phases à étudier ; tableau à adapter |
La demande passe par votre fournisseur. Au catalogue des prestations d’Enedis en vigueur au 1ᵉʳ août 2026, la modification à distance coûte 3,60 € HT, en un jour, et n’est pas facturée si le Linky a moins d’un an. La notice du Linky demande de vérifier d’abord la compatibilité de l’installation.
Au Tarif Bleu, l’option Base n’est plus proposée aux clients résidentiels à partir de 9 kVA : un abonné Base qui monte en puissance doit changer d’option ou d’offre. Le guide augmenter son abonnement ou piloter la charge compare ces scénarios.
Les réglages et gestes à laisser aux professionnels
Organiser les usages ne doit jamais toucher à la sécurité de l’installation ni aux réglages internes de la pompe à chaleur.
Les réglages de protection, les cycles techniques et le câblage de la pompe à chaleur relèvent de sa notice et de son installateur. La borne, elle, exige un circuit spécialisé protégé par un différentiel de 30 mA au plus qui lui est dédié, selon l’article 23 du décret 2017-26 ; la brancher sur une ligne existante n’est pas admis. Au-delà de 3,7 kW dans une maison, l’article D353‑2 du code de l’énergie impose un installateur titulaire d’une qualification IRVE.
Si le Linky coupe et affiche « PUISS DEPASSEE », Enedis indique la marche à suivre : arrêter un ou plusieurs appareils, puis appuyer quelques secondes sur la touche + du compteur, comme l’indique la notice. Enedis précise qu’un ancien disjoncteur mal réglé pouvait laisser dépasser la puissance souscrite : des coupures apparues après la pose du Linky révèlent alors un dépassement qui existait déjà, pas une panne du compteur.
Des coupures répétées imposent de revoir le pilotage avec l’installateur. Si le disjoncteur ne tient pas en position Marche, Enedis demande de l’appeler ; si c’est un circuit qui le fait sauter, faites venir un électricien.
Préparer la visite technique et tester une vraie soirée d’hiver
Un devis précis part de vos données. Rassemblez avant la visite technique :
- la puissance souscrite, le monophasé ou le triphasé et vos heures creuses, sur le contrat ou la facture ;
- la puissance maximale quotidienne relevée sur quelques soirs froids ;
- la notice de la pompe à chaleur, avec sa puissance électrique et son éventuel appoint ;
- vos heures de départ et l’autonomie minimale voulue le matin ;
- des photos du tableau électrique et du trajet jusqu’à la place.
À la mise en service, demandez un essai représentatif : pompe à chaleur en marche, plaques ou four allumés, voiture branchée. Faites-vous montrer comment la borne réduit sa puissance, ce qu’elle affiche pendant une pause et le moment où elle reprend. Le lendemain, vérifiez dans l’historique que l’énergie prévue a bien été chargée : limiter ponctuellement est acceptable si l’énergie arrive avant le départ.
Le guide pour choisir sa borne de recharge compare les fonctions de pilotage. Pour votre projet, passez par la demande de devis pour particulier : Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, réalise une visite technique puis un devis détaillé. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- Recharge et pompe à chaleur cohabitent tant que l’appel cumulé de la maison reste sous la puissance souscrite.
- En monophasé, 9 kVA correspondent à 45 A : une borne de 7,4 kW (32 A) à pleine puissance laisse 13 A au reste du logement.
- La puissance maximale quotidienne du Linky, relevée les soirs froids, montre mieux les pointes qu’une courbe au pas de 30 ou 60 minutes.
- Décaler la recharge sur les heures creuses de nuit suffit souvent ; ralentir reste acceptable si l’énergie est là au départ.
- Le délestage dynamique module la recharge selon la maison ; demandez son seuil de pause et sa reprise.
- Ne touchez ni aux réglages de la pompe à chaleur ni au tableau : la borne exige un circuit dédié et un installateur qualifié au-delà de 3,7 kW.
Questions fréquentes
Peut-on recharger sa voiture et faire tourner la pompe à chaleur en simultané ?
Oui, tant que la somme des puissances appelées, avec la cuisson et le reste de la maison, reste sous la puissance souscrite. Sinon, le Linky coupe et affiche « PUISS DEPASSEE ». En monophasé 9 kVA, soit 45 A, une borne de 7,4 kW à pleine puissance prend 32 A et laisse 13 A. Programmer la recharge après le pic du soir ou installer un délestage dynamique permet de faire cohabiter les deux appareils.
Faut-il passer en 9 ou 12 kVA avec une pompe à chaleur et une borne ?
Pas forcément. Enedis indique que programmer la recharge la nuit permet souvent de garder sa puissance. Relevez d’abord la puissance maximale quotidienne du Linky les soirs froids. Si une hausse est utile, elle coûte 4,32 € TTC chez Enedis avec un Linky, en un jour, plus l’écart d’abonnement : 4,02 € TTC par mois de 6 à 9 kVA au Tarif Bleu. Au-delà de 12 kVA, Enedis impose le triphasé, sauf ancien branchement.
Que faire si le Linky affiche PUISS DEPASSEE pendant la recharge ?
Arrêtez un ou plusieurs appareils, puis appuyez quelques secondes sur la touche + du compteur, comme l’indique la notice Enedis. Sans accès au compteur, basculez le disjoncteur sur O puis sur I. Si la coupure revient les soirs d’hiver, la borne doit être programmée ou pilotée : voyez-le avec l’installateur. Si le disjoncteur ne tient pas en position Marche, appelez Enedis.
Le délestage dynamique ralentit-il beaucoup la recharge ?
Non, il la ralentit seulement quand la maison consomme beaucoup, par exemple pendant la relance du chauffage ou la cuisson. Dès que la demande baisse, la borne reprend sa puissance. Ce qui compte est l’énergie chargée avant votre départ : vérifiez-la le lendemain dans l’historique de la borne ou de la voiture. Demandez aussi le courant minimal sous lequel votre modèle se met en pause ; pour la borne Schneider Charge, le fabricant indique 9 A par phase pour redémarrer.
À quelle heure programmer la recharge quand on a une pompe à chaleur ?
Après le pic du soir, en pratique sur vos heures creuses de nuit. Enedis recommande d’éviter autant que possible la plage de 17 h à 21 h. La réforme des heures creuses maintient au moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h. Évitez aussi que la charge se termine pendant la relance matinale du chauffage : réglez plutôt une fin de charge avant cette relance.
Le changement d’heures creuses dérègle-t-il une recharge programmée ?
Il peut. Les appareils pilotés par le compteur, comme un chauffe-eau sur contacteur jour/nuit, s’adaptent automatiquement. En revanche, une voiture ou une borne programmée sur un horaire fixe peut devoir être reprogrammée. Le fournisseur prévient environ un mois à l’avance ; la seconde phase de la réforme s’étale de décembre 2026 à octobre 2027. Profitez-en pour revérifier les horaires de la pompe à chaleur.


