Un pilote de recharge pour les véhicules de service d’une collectivité vérifie, sur une période définie, que les agents assurent leurs missions habituelles avec des véhicules électriques rechargés sur place. Il réunit plusieurs profils de mission, des points de recharge posés par une entreprise qualifiée et des indicateurs fixés avant le premier jour.
Vous saurez choisir les véhicules et les agents du test, convertir une mission en besoin d’énergie, répartir les rôles entre services, suivre quelques indicateurs utiles et décider, chiffres en main, d’étendre, d’ajuster ou d’arrêter le dispositif.
Pourquoi tester la recharge avant d’électrifier le parc municipal
Parce que la loi impose déjà, chaque année, une part minimale de véhicules à faibles et à très faibles émissions, et qu’un véhicule électrique acheté sans organisation de recharge risque de rester au garage.
L'article L224‑8 du code de l’environnement vise les collectivités, leurs groupements et leurs établissements publics qui gèrent un parc de plus de 20 véhicules de 3,5 tonnes au plus de poids total autorisé en charge (PTAC, la masse maximale admise sur la carte grise), pour des activités hors secteur concurrentiel. Pour chaque année civile, parmi les véhicules de cette catégorie acquis ou utilisés dans le cadre des contrats prévus par la loi, il impose :
- 40 % de véhicules à faibles émissions du 1ᵉʳ janvier 2025 au 31 décembre 2029, puis 70 % à compter de 2030 ;
- 37,4 % de véhicules à très faibles émissions du 1ᵉʳ janvier 2026 au 31 décembre 2029, puis 40 % à compter de 2030.
Le même code définit un véhicule « à très faibles émissions » comme un véhicule à faibles émissions dont la source d’énergie est exclusivement l’électricité, l’hydrogène ou les deux. Le pilote montre où ces véhicules seront réellement utiles.
Quels véhicules de service retenir pour le pilote de recharge ?
Retenez au moins un véhicule par profil de mission, et non celui qui roule le moins : chaque usage pose une question distincte à la recharge.
| Profil de mission | Exemple en collectivité | Ce que le pilote doit vérifier |
|---|---|---|
| Tournée régulière avec retour au centre technique | Propreté, espaces verts, courrier interne | La recharge de nuit suffit-elle pour l’heure de départ ? |
| Intervention imprévue | Astreinte voirie ou bâtiments | Le véhicule est-il prêt à toute heure, avec quel niveau minimal ? |
| Transport de matériel | Utilitaire des ateliers | La consommation en charge et le PTAC restent-ils compatibles ? |
| Déplacement long | Réunion hors du territoire | Faut-il recharger en route, avec quel badge ? |
| Véhicule partagé entre services | Pool de la mairie | Qui rebranche entre deux réservations ? |
Pour les utilitaires, regardez d’abord le PTAC. Selon service-public.gouv.fr, le permis B couvre les véhicules de 3,5 tonnes au plus et de 9 places au plus, conducteur compris, sans dérogation mentionnée pour les utilitaires électriques plus lourds. Vérifiez donc la carte grise du modèle envisagé avant de l’affecter à une équipe titulaire du permis B.
Distinguez aussi les véhicules qui reviennent chaque soir au même dépôt de ceux qui changent de site, et associez les agents au choix : ils connaissent les horaires réels.
Convertir chaque mission en besoin d’énergie
Traduisez les kilomètres en kilowattheures (kWh, l’énergie consommée), ajoutez les pertes de recharge, puis comparez le résultat au temps de stationnement disponible.
Prenons un exemple, avec des hypothèses à remplacer par vos relevés. Un utilitaire parcourt 80 km par jour et consomme 25 kWh aux 100 km : il lui faut 80 × 25 / 100 = 20 kWh. Sur une borne de 11 kW, l’ADAC a mesuré, pour cinq voitures rechargées de 10 à 90 % avec une batterie entre 20 et 30 °C, des pertes de 5,1 à 7,0 % entre l’énergie tirée du réseau et celle stockée dans la batterie. En retenant 7 %, la borne doit fournir 20 / 0,93, soit environ 21,5 kWh.
Selon Enedis, une voiture branchée sur une borne plus puissante que ce qu’elle accepte se recharge à son propre maximum, indiqué dans la fiche technique de la version exacte. S’il atteint 11 kW en courant alternatif, une borne de 11 kW fournit ces 21,5 kWh en 21,5 / 11, soit environ 2 heures.
Les mesures de l’ADAC portent sur des voitures, pas sur des utilitaires chargés, et la consommation d’hiver se mesure plutôt qu’elle ne s’estime : un pilote mené au printemps appelle un relevé complémentaire en hiver. La méthode détaillée figure dans le guide pour dimensionner le besoin énergétique des tournées avec retour au dépôt.
Faire poser des points de recharge utiles au déploiement
Installez peu de points, là où le déploiement définitif les placerait, et faites-les poser par une entreprise qualifiée.
Qualification, étude et supervision
L’article D353‑2 du code de l’énergie réserve la pose des points de recharge à des professionnels titulaires d’une qualification ; les exceptions visent des installations de 3,7 kW au plus situées dans un bâtiment d’habitation privé, ou non accessibles au public et non dédiées principalement à la recharge. Dans l’annuaire QUALIFELEC, la qualification IRVE se décline en trois indices : 1 jusqu’à 36 kVA, 2 au-delà, 3 pour le courant continu. Le même article rend obligatoire une étude de conception électrique pour tout projet dans un parc d’au moins 50 places.
Demandez des bornes supervisées, c’est-à-dire reliées à un logiciel qui enregistre chaque session. Le protocole ouvert OCPP assure ce lien ; faites préciser la version (1.6, 2.0.1 ou 2.1) et les données exportables.
Usage interne ou ouvert au public
Selon le règlement européen AFIR, un point situé dans un lieu ouvert au public l’est aussi, même réservé à un groupe d’utilisateurs ; un parking réservé à un cercle restreint et déterminé de personnes autorisées ne l’est pas. Un centre technique fermé relève en principe du second cas. Un parking de mairie partagé avec les usagers demande une analyse : un point ouvert au public doit notamment permettre la recharge sans abonnement, sauf si elle y est gratuite.
Organiser le quotidien des agents : clés, câbles et badges
Le pilote teste les gestes autant que la technique : écrivez qui branche au retour, où se rangent clé et câble, et comment signaler un problème.
Sur le terrain, les difficultés viennent souvent de détails : une trappe de recharge du mauvais côté de la place, un câble trop court qui traverse l’allée, un badge resté dans le véhicule d’un collègue. Garez les véhicules du test sur leur place avant la pose pour repérer ces points. Pour les câbles et badges d’un pool, voyez le guide pour gérer les câbles et badges d’une flotte partagée.
Les badges nominatifs et les historiques de sessions sont des données personnelles. Le RGPD impose des finalités déterminées, des données limitées au nécessaire et une conservation limitée à ce que ces finalités exigent. Si le pilote ajoute une géolocalisation des véhicules, appliquez aussi les règles de la CNIL : finalités admises, aucun suivi hors du temps de travail, conservation limitée, information préalable des représentants du personnel et de chaque agent.
Répartir les responsabilités entre services pendant le test
Nommez avant le premier jour un référent pour chacun des rôles suivants ; sans cela, un incident de recharge à 7 heures n’a pas de destinataire :
- Le gestionnaire du parc suit les sessions, les départs et les incidents.
- Les chefs d’équipe font remonter les difficultés et appliquent la solution de secours.
- Les services techniques et bâtiments suivent le contrat électrique et les travaux.
- La commande publique vérifie la procédure applicable aux achats et aux contrats de maintenance.
- Le prestataire assure la maintenance et la supervision selon son contrat.
Deux règles de sécurité s’imposent. La maintenance des bornes revient à des professionnels habilités et, selon l’article D353‑2, titulaires d’une qualification couvrant la maintenance. Les agents, eux, branchent et débranchent, mais n’ouvrent ni coffret ni tableau.
Écrivez enfin la solution de secours : véhicule thermique conservé pendant le test, borne publique proche, report de la mission. Le guide pour prévoir une solution de secours pour un véhicule de service détaille les options.
Quels indicateurs suivre, et quand décider de la suite ?
Suivez peu d’indicateurs, chacun relié à une décision et à un seuil écrit avant le test : mission réalisable, départ prêt, usage compris.
Le plus parlant pour l’exploitation est le taux de départs prêts : par exemple 18 départs prêts sur 20 départs prévus, soit 90 %. Notez la cause de chaque échec, car une difficulté peut venir d’un horaire, d’un véhicule ou d’un accès plutôt que de la motorisation.
Pour les bornes, l’article D353‑6 du code de l’énergie définit une grille que les opérateurs de bornes publiques fournissent aux collectivités qui préparent un schéma directeur. Elle n’est pas obligatoire pour un parking interne, mais ses définitions sont prêtes à l’emploi : taux de disponibilité, taux d’occupation, sessions initiées et réussies, énergie et durée moyennes, sessions par tranche horaire. Le guide pour choisir les indicateurs d’un pilote de flotte électrique en propose les calculs.
Relevez les coûts avec leur périmètre. Au Tarif Bleu d’EDF avec l’option Heures creuses, les 8 heures creuses sont fixées par Enedis, qui modifie progressivement les plages depuis le 1ᵉʳ novembre 2025 ; le tour des clients professionnels est annoncé au second semestre 2027. Programmez les recharges d’après la plage réelle du compteur.
Réception, financement et suite du déploiement
Recevez les travaux avec méthode et vérifiez les aides avant de les inscrire au budget.
Selon l’article 1792-6 du code civil, la réception est l’acte contradictoire par lequel le maître d’ouvrage accepte l’ouvrage, avec ou sans réserves. La garantie de parfait achèvement court un an à compter de la réception et couvre les désordres notés en réserves ou signalés par écrit ensuite, pas l’usure normale. Relisez avec la commande publique les clauses du marché sur la réception, et notez tout défaut visible au procès-verbal.
Côté financement, la page d'ADVENIR indique que les collectivités sont éligibles pour des points destinés à leur flotte interne et à leurs salariés. Mais sa page des montants, consultée le 23 septembre 2026, n’affiche aucune ligne pour ce cas : faites confirmer l’aide par ADVENIR avant de l’intégrer au plan de financement.
Si le parking d’un bâtiment non résidentiel compte plus de 20 places, le code de la construction et de l’habitation y exige depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 au moins un point de recharge sur un emplacement accessible aux personnes à mobilité réduite, puis un par tranche de 20 places supplémentaires, sauf travaux importants d’adaptation du réseau pour ces points supplémentaires. La directive européenne 2024/1275 prévoit en outre le précâblage d’au moins la moitié des places des bâtiments appartenant à des organismes publics ou occupés par eux, au plus tard le 1ᵉʳ janvier 2033, mais elle n’était pas transposée en droit français au 23 septembre 2026. Pour la voirie, voyez le guide des bornes en collectivité et voirie.
Ce qu’il faut préparer avant de demander un devis
Un dossier complet permet une visite technique ciblée et des devis détaillés comparables. Rassemblez :
- la liste des véhicules retenus, avec leur PTAC et leur profil de mission ;
- les horaires habituels de retour et de départ de chaque véhicule ;
- un plan du site avec les places envisagées et le nombre total de places ;
- la puissance souscrite et le contrat électrique du bâtiment ;
- des photos du tableau électrique prises porte fermée, ou le dernier rapport de vérification ;
- la règle d’accès retenue : usage interne seul ou ouverture au public ;
- le nom du référent de chaque service.
Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France et peut intégrer au devis la supervision OCPP dont le pilote a besoin. Déposez votre dossier dans une demande de devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet. Pour une question préalable, passez par la page contact. Le protocole d’ensemble figure dans le guide pour électrifier une flotte automobile.
L’essentiel à retenir
- Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, une collectivité gérant plus de 20 véhicules de 3,5 tonnes au plus hors secteur concurrentiel doit compter chaque année au moins 37,4 % de véhicules à très faibles émissions parmi ceux qu’elle acquiert ou utilise sous contrat.
- Un pilote utile couvre plusieurs profils de mission.
- Le besoin d’énergie se calcule mission par mission, pertes de recharge et capacité du véhicule comprises.
- La pose et la maintenance des bornes relèvent de professionnels qualifiés ; les agents branchent, sans ouvrir de coffret.
- Les indicateurs et leurs seuils de décision s’écrivent avant le premier jour, avec la cause de chaque échec.
- Une aide ADVENIR pour la flotte interne se confirme avant d’entrer au budget.
Questions fréquentes
Comment préparer un pilote de recharge pour les véhicules de service d’une collectivité ?
Choisissez au moins un véhicule par profil de mission : tournée régulière, astreinte, transport de matériel, déplacement long. Calculez l’énergie nécessaire à chaque mission, faites poser des points supervisés par une entreprise qualifiée, nommez un référent par service et écrivez avant le premier jour les indicateurs et les seuils qui feront étendre, ajuster ou arrêter le dispositif. Prévoyez aussi une solution de secours.
Quelle part de véhicules électriques une collectivité doit-elle acquérir en 2026 ?
Au moins 37,4 % de véhicules à très faibles émissions, c’est-à-dire à faibles émissions et fonctionnant exclusivement à l’électricité, à l’hydrogène ou aux deux, selon l’article L224‑8 du code de l’environnement. L’obligation vise les collectivités qui gèrent plus de 20 véhicules de 3,5 tonnes au plus hors secteur concurrentiel. Elle s’apprécie chaque année civile sur les véhicules acquis ou utilisés sous contrat, avec en parallèle au moins 40 % de véhicules à faibles émissions.
Les agents peuvent-ils brancher eux-mêmes les véhicules de service ?
Oui, brancher et débrancher un véhicule fait partie de l’usage normal, à condition que la consigne soit écrite et comprise. En revanche, ouvrir un coffret, intervenir dans le tableau électrique ou dépanner une borne est réservé à des personnes habilitées. Selon l’article D353‑2 du code de l’énergie, la maintenance des bornes revient à des professionnels titulaires d’une qualification, hors quelques cas de 3,7 kW au plus.
Les bornes d’un centre technique municipal sont-elles des bornes publiques ?
Non, en principe, si le site n’est accessible qu’aux agents et personnes autorisées. Le règlement européen AFIR ne considère pas comme ouverts au public les points situés dans un parking réservé à un cercle restreint et déterminé de personnes. À l’inverse, un point installé dans un lieu ouvert au public l’est aussi, même réservé à un groupe, et doit alors permettre la recharge sans abonnement, sauf si elle y est gratuite.
ADVENIR finance-t-il les bornes de la flotte d’une collectivité ?
Peut-être, mais aucun montant n’est publié pour ce cas. La page « Qui peut bénéficier d’ADVENIR ? » indique que les collectivités sont éligibles pour des points destinés à leur flotte interne et à leurs salariés. Pourtant, la page des montants consultée le 23 septembre 2026 n’affiche aucune ligne pour ce cas. Faites confirmer l’éligibilité et le montant par ADVENIR avant de les inscrire au budget du projet.
Peut-on géolocaliser les véhicules de service pendant le pilote ?
Oui, pour des finalités admises par la CNIL, comme la sécurité des agents ou une meilleure répartition des moyens, mais pas pour contrôler un agent en permanence ni hors du temps de travail. Les agents doivent pouvoir désactiver la collecte en dehors de leur service. Les données se conservent en principe deux mois au plus, et les représentants du personnel sont informés ou consultés avant l’installation du dispositif.


