La réception d’une installation de borne de recharge regroupe les vérifications faites avec l’installateur avant de signer : une vraie session de charge avec votre voiture, un essai des fonctions prévues au devis, puis la remise des documents, accès et contacts. Un voyant allumé ne suffit pas, et tout point inachevé se note par écrit.
Après cette lecture, vous saurez distinguer les contrôles électriques qui reviennent au professionnel de ceux que vous faites vous-même, tester la recharge et sa programmation comme au quotidien, réunir un dossier complet et rédiger des réserves précises.
Réception de l’installation de la borne de recharge : quelles vérifications, et par qui ?
La réception est le moment où vous acceptez le travail, avec ou sans réserves, après avoir vu la borne fonctionner. L’article 1792-6 du code civil la définit comme l’acte par lequel le maître de l’ouvrage, c’est-à-dire le client, déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves.
Aucun texte officiel consulté ne précise si la pose d’une borne constitue un « ouvrage » au sens de cet article. La conséquence est pratique : faites prévoir au contrat un procès-verbal de réception, le document signé qui liste les réserves, et la liste des garanties applicables.
Ce jour-là, deux contrôles se complètent. Les vérifications électriques relèvent de l’installateur : selon l’article D353‑2 du code de l’énergie, une borne de plus de 3,7 kW dans une maison doit être posée par un professionnel titulaire d’une qualification IRVE (infrastructure de recharge pour véhicules électriques), délivrée par un organisme agréé.
Votre rôle est différent : contrôler l’usage convenu au devis, comprendre ce qui a été testé et repartir avec un dossier exploitable. Notre guide pour choisir sa borne de recharge aide à retrouver les besoins définis au départ.
Les contrôles électriques qui reviennent à l’installateur
Vous n’ouvrez pas le tableau : l’installateur vous dit ce qu’il a vérifié et vous montre le résultat. L’article 23 du décret n° 2017-26, toujours en vigueur, lui demande de vérifier que l’installation respecte les exigences de sécurité et qu’elle comporte un circuit spécialisé pour chaque point de recharge, protégé par un différentiel de 30 mA au plus dédié à ce circuit.
Un circuit spécialisé n’alimente que la recharge ; un différentiel coupe le courant quand il détecte une fuite vers la terre. Selon Promotelec, la norme NF C 15-100-7-722, obligatoire depuis le 1ᵉʳ septembre 2025 pour les installations neuves ou totalement rénovées, précise que le type de ce différentiel (A, F ou B) dépend du système de recharge. Promotelec rappelle aussi de vérifier la mise à la terre : sans elle, il existe un risque d’électrisation et certains véhicules ne peuvent pas se recharger correctement.
Posez-lui trois questions :
- quel différentiel protège la borne, de quel type, et où se trouve-t-il dans le tableau ;
- quels essais ont été réalisés, avec quel résultat et quel document ;
- quelle puissance maximale a été réglée dans la borne, et pourquoi.
Pour une maison individuelle, l’attestation de conformité n’est obligatoire, selon le Consuel, que pour une nouvelle installation de plus de 36 kW, ou si un ajout fait dépasser 36 kW ou fait passer le point de livraison au-delà de 36 kVA.
Refaire le parcours de recharge quotidien, voiture sur place
Le test qui compte est celui de tous les jours : une session complète, faite par vous et non par l’installateur. Venez avec une batterie qui n’est pas pleine, pour que la charge dure assez longtemps pour être observée.
- Garez la voiture comme d’habitude et vérifiez que le câble atteint la trappe sans être tendu ni barrer le passage.
- Identifiez-vous comme prévu : badge, application ou démarrage libre.
- Branchez, puis contrôlez que la charge démarre à la fois sur la borne et sur l’écran de la voiture.
- Arrêtez la charge, déverrouillez, débranchez et rangez le câble.
Chaque modèle a ses gestes. Sur la Renault 4 E-Tech, par exemple, la notice indique qu’après appui sur le bouton de déverrouillage on dispose d’environ 30 secondes pour débrancher, côté véhicule d’abord, trappe refermée, puis côté alimentation. Pour la borne Schneider Charge, le fabricant fait arrêter la charge dans l’application pour libérer le câble, puis l’enrouler autour de la goulotte prévue.
Apprenez aussi à lire les voyants. Toujours sur la Renault 4, le témoin de trappe bleu fixe signale une programmation, bleu clignotant une charge en cours ou l’usage du réseau par la voiture (climatisation, par exemple), vert fixe une charge complète et rouge fixe une anomalie. Sa notice prévient que, par températures extrêmes, la charge peut mettre plusieurs minutes à démarrer : attendez avant de conclure à une panne. Pour un câble bloqué, voyez notre guide sur le connecteur verrouillé.
Vérifier la puissance de recharge réellement obtenue
Pendant l’essai, lisez la puissance affichée par la voiture ou l’application et comparez-la au devis, en tenant compte de la voiture : c’est souvent elle qui fixe la limite. En courant alternatif, la conversion en courant continu se fait dans le véhicule, par son chargeur embarqué, dont la puissance est plafonnée.
Exemple donné par Volkswagen :
| Installation (exemple : famille Volkswagen ID.) | Puissance maximale de recharge en courant alternatif |
|---|---|
| Installation monophasée | 7,4 kW |
| Installation triphasée | 11 kW |
| Borne de 22 kW | 11 kW, limite fixée par la voiture |
Regardez ensuite le compteur Linky pendant la charge. Selon Enedis, son écran affiche la puissance appelée à l’instant et la puissance maximale atteinte dans la journée, en VA : divisez par 1 000 pour la comparer aux kVA de votre abonnement. En triphasé, la puissance appelée apparaît phase par phase.
Si la puissance appelée dépasse la puissance souscrite, le Linky coupe l’alimentation et affiche « PUISS DEPASSEE ». Un délestage, qui réduit la recharge quand la maison consomme beaucoup, vise à éviter ce cas ; s’il figure au devis, demandez à le voir agir. Le module de Schneider Charge, par exemple, mesure la puissance disponible grâce à un capteur posé sous le disjoncteur principal et ajuste la charge en permanence.
Programmation et heures creuses : tester avant le premier départ
Décidez devant l’installateur qui programme les horaires, la voiture ou la borne, puis testez ce réglage. Schneider, par exemple, cite un programme horaire parmi les causes d’une borne branchée qui ne charge pas.
Faites régler un départ différé de quelques minutes et vérifiez que la charge démarre seule. Sur la Renault 4 E-Tech, une charge programmée ne débute que moteur coupé, véhicule branché à une source avec accès autorisé, et un bouton dans la trappe arrête la programmation pour lancer une charge immédiate.
Calez ensuite l’horaire sur votre contrat. Vous ne choisissez pas vos heures creuses : Enedis les définit, et vous les trouvez sur votre contrat ou votre facture. Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, elles sont repositionnées par étapes : toujours 8 heures par jour, dont au moins 5 heures consécutives la nuit entre 23 h et 7 h, et, pour la plupart des foyers concernés, un créneau d’après-midi entre 11 h et 17 h.
La foire aux questions de la CRE prévient qu’une voiture ou une borne réglée sur un horaire, sans lien avec le compteur, peut devoir être reprogrammée lors du changement. Notez donc où se modifie l’horaire. Notre guide pour choisir qui pilote les horaires compare les deux options.
Fonctions connectées : ce qui est démontré, ce qui reste à activer
Reprenez le devis ligne par ligne : application, badges, suivi des consommations, délestage, supervision. Une fonction qui dépend d’un compte, d’un abonnement ou d’un réseau pas encore activé n’est pas démontrée : inscrivez-la en réserve.
Testez la connexion à l’emplacement de la borne, voiture garée. Pour la Schneider Charge, le fabricant demande un Wi-Fi en 2,4 GHz sécurisé en WPA2, ou un câble Ethernet ou un répéteur si le signal est faible. Vérifiez aussi que le compte administrateur de la borne est à votre nom, et non à celui de l’installateur.
Une borne connectée peut utiliser OCPP, le protocole ouvert qui la relie à un système de gestion. L’Open Charge Alliance précise que toutes ses fonctions ne sont pas forcément disponibles sur chaque borne. La liste de badges utilisable hors connexion, par exemple, reste optionnelle dans la version 2.0.1.
Demandez donc si la borne charge encore quand Internet coupe, avec quel badge, et si l’historique revient ensuite. La réponse dépend du modèle ; notre guide sur la borne sans connexion Internet aide à formuler ces questions.
Les documents à récupérer avant le départ de l’installateur
Un dossier complet vous évite de chercher une référence le jour d’une panne ou d’une revente. Rassemblez-le avant de signer.
| Document ou accès | Ce qu’il doit préciser |
|---|---|
| Facture détaillée | Matériel, pose, taux de TVA appliqué, date de paiement |
| Fiche technique de la borne | Référence exacte, puissances, prise ou câble, indices de protection, protocole de communication |
| Notice d’utilisation | Gestes de branchement, voyants, dépannage de premier niveau |
| Documents des contrôles | Essais réalisés, résultats, réglage de puissance, réserves éventuelles |
| Accès et badges | Identifiants, compte administrateur, badges attribués à chaque utilisateur |
| Garanties et assistance | Durée, interlocuteur, coordonnées du service après-vente |
La fiche de la Schneider Charge montre le niveau de détail utile : puissances en monophasé et en triphasé, longueur du câble, indices IP55 et IK10 (protection contre la poussière et l’eau, puis contre les chocs), protocole OCPP 1.6j.
Sur la facture, la pose d’une borne dans un logement relève d’une TVA de 5,5 % (article 278-0 bis N du code général des impôts) : borne destinée aux résidents, point de recharge en Type 2 ou en prise Type E renforcée, installateur qualifié. Le crédit d’impôt, lui, est supprimé pour les dépenses payées depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Notre page sur le service après-vente d’une borne décrit la suite.
Réserves et garanties : que noter, et à qui s’adresser ensuite
Une réserve utile décrit un fait constaté, pas une impression : « badge 2 non reconnu », « délestage non démontré », « application non reliée ». Pour chacune, notez l’interlocuteur et le délai convenu pour la lever.
Si la pose relève d’un contrat d’entreprise, l’article 1792-6 du code civil prévoit une garantie de parfait achèvement d’un an à compter de la réception : elle couvre les désordres signalés en réserve au procès-verbal et ceux révélés ensuite, par notification écrite. Faites confirmer au contrat qu’elle s’applique à votre chantier.
La borne achetée à un professionnel bénéficie en outre de la garantie légale de conformité : selon Service-public.fr, le défaut doit apparaître dans les 2 ans suivant la délivrance, et il peut venir de l’installation si elle a été faite par le vendeur ou sous sa responsabilité. Pour un bien neuf, il est présumé exister dès la délivrance pendant 24 mois.
Elle suit le bien : tant qu’elle court, un nouveau propriétaire peut encore s’adresser au vendeur professionnel d’origine (voir notre guide pour acheter une maison déjà équipée d’une borne). En cas de coupure, Enedis demande de ne toucher à rien s’il y a une odeur de brûlé ou une trace noire ; si un circuit fait sauter le disjoncteur, appelez votre installateur.
Préparer le rendez-vous : la liste de contrôle de réception
Une réception efficace se prépare la veille. Voici la liste à cocher :
- le devis signé et la liste des fonctions promises, imprimés ;
- la voiture sur place, batterie non pleine, clé et câble fournis avec elle ;
- un téléphone chargé, avec l’application de la voiture et celle de la borne installées ;
- le mot de passe du Wi-Fi et l’accès à la box ;
- le contrat d’électricité, pour la puissance souscrite et les heures creuses ;
- la liste des personnes qui rechargeront, pour les comptes et les badges ;
- le temps d’une session complète, sans rendez-vous juste après.
Ces essais se décident bien avant : dès la visite technique, demandez que le devis détaillé précise les fonctions à démontrer le jour de la réception. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France ; pour un projet à domicile, faites une demande de devis de borne de recharge, et pour une question sur une installation existante, passez par la page de contact.
L’essentiel à retenir
- La réception d’une borne se fait voiture sur place, avec une session complète réalisée par vous.
- Les contrôles électriques (circuit spécialisé, différentiel de 30 mA dédié, terre) reviennent à l’installateur qualifié IRVE ; demandez-en les résultats écrits.
- La puissance obtenue dépend souvent de la voiture : comparez-la au devis sur l’écran du véhicule et celui du Linky.
- Testez la programmation et notez où elle se modifie, car les heures creuses sont repositionnées par étapes depuis novembre 2025.
- Une fonction non activée n’est pas démontrée : inscrivez-la en réserve au procès-verbal, avec un interlocuteur et un délai.
Questions fréquentes
Quelles vérifications faire à la réception de l’installation d’une borne de recharge ?
Faites une session de recharge complète avec votre voiture : identification, démarrage, arrêt, déverrouillage et rangement du câble. Comparez la puissance obtenue au devis, testez la programmation et chaque fonction promise. Demandez à l’installateur les résultats de ses contrôles électriques, puis récupérez facture, fiche technique, notice, accès, badges et contacts d’assistance. Notez par écrit tout point non terminé, avec un interlocuteur et un délai.
Faut-il une attestation Consuel pour une borne en maison individuelle ?
Non, en général. Selon le Consuel, dans une maison individuelle, l’attestation de conformité n’est obligatoire que pour une nouvelle installation de recharge de plus de 36 kW, ou si un ajout fait dépasser 36 kW ou fait passer le point de livraison au-delà de 36 kVA. En immeuble collectif, elle est exigée quelle que soit la puissance. À la réception, demandez plutôt les documents des contrôles réalisés.
Peut-on signer le procès-verbal de réception avec des réserves ?
Oui. Selon l’article 1792-6 du code civil, la réception se prononce avec ou sans réserves. Si la pose relève d’un contrat d’entreprise, la garantie de parfait achèvement, due pendant un an à compter de la réception, couvre les désordres signalés en réserve et ceux révélés ensuite par notification écrite. Aucun texte officiel consulté ne dit si la pose d’une borne est un « ouvrage » : faites préciser le procès-verbal au contrat.
Pourquoi ma voiture ne charge-t-elle pas à la puissance de la borne ?
Parce que la voiture fixe souvent la limite. En courant alternatif, son chargeur embarqué plafonne la puissance : les Volkswagen de la famille ID., par exemple, plafonnent à 11 kW en triphasé et à 7,4 kW en monophasé, et restent à 11 kW sur une borne de 22 kW. Le réglage de puissance de la borne ou un délestage peuvent aussi la réduire.
Faut-il reprogrammer la recharge quand les heures creuses changent ?
Oui, si l’horaire est réglé dans la voiture ou la borne. La CRE indique que les appareils pilotés par le compteur, comme un chauffe-eau à contacteur, s’adaptent seuls, mais qu’une voiture ou une borne réglée sur un horaire, sans lien avec le compteur, peut devoir être reprogrammée. Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, les heures creuses sont repositionnées par étapes. Votre fournisseur vous prévient environ un mois à l’avance.
Que couvre la garantie légale d’une borne de recharge ?
Achetée à un professionnel, la borne bénéficie de la garantie légale de conformité : le défaut doit apparaître dans les 2 ans suivant la délivrance, et il peut venir de l’installation si elle a été faite par le vendeur ou sous sa responsabilité, selon Service-public.fr. Pour un bien neuf, le défaut est présumé exister dès la délivrance pendant 24 mois. Si la maison est vendue pendant ce délai, elle suit la borne.


