Un inventaire technique de parc de bornes de recharge est un registre qui décrit chaque borne et chaque point de charge : emplacement, modèle, numéro de série, version logicielle, identifiant de supervision, connexion, contrats et documents. Il permet de dépanner, de mettre à jour et de changer de supervision sans deviner, en gardant mots de passe et certificats à part.
Vous saurez choisir les champs utiles, les relever sur place et dans la supervision, protéger les accès sensibles et tenir le registre à jour à chaque intervention ou changement de prestataire.
À quoi sert un inventaire technique de parc de bornes de recharge ?
Il dit quel équipement est en cause, qui peut intervenir et ce qui bougera si vous changez de prestataire.
Le cas le plus exigeant est la migration vers une autre supervision, le logiciel qui dialogue avec les bornes, autorise les recharges et relève les sessions. Selon le livre blanc de l’Open Charge Alliance (OCA) sur la migration des bornes, chaque modèle, avec chacune de ses versions logicielles, doit être testé sur la nouvelle supervision avant une migration à grande échelle ; les bornes basculent ensuite par lots contrôlés. Impossible de composer ces lots sans savoir ce qui est installé.
Le même document prévient que, sans coopération de l’ancien opérateur, toutes les données des bornes ne peuvent pas être reprises : le nouvel opérateur doit saisir à la main l’identité et les caractéristiques de chaque borne. Un inventaire que vous tenez vous-même réduit cette dépendance ; voir le guide pour préparer la migration vers un nouveau superviseur. Le guide du logiciel de supervision de bornes décrit ce que la supervision voit ; l’inventaire décrit ce qui est réellement installé.
Choisir le bon niveau de détail : site, borne, point de charge, connecteur
Décrivez le parc en quatre niveaux emboîtés : le site, la borne (l’appareil physique), le point de charge (chaque sortie capable de recharger un véhicule, appelée EVSE dans OCPP, le protocole ouvert qui relie une borne à sa supervision) et le connecteur. Une borne double peut compter deux points de charge : vérifiez-le dans sa documentation.
Dans son livre blanc sur la disponibilité des bornes, l’OCA recommande de calculer l’indisponibilité par point de charge plutôt que par borne ou par site. Une ligne par point rattache alertes, sessions et interventions au bon équipement.
En itinérance, lorsque des conducteurs rechargent avec le badge ou l’application d’un autre fournisseur, chaque point porte un identifiant externe, l’EVSE ID. Selon le schéma national des données IRVE, il commence en France par FR, suivi de trois caractères attribués par l’AFIREV puis d’un E, par exemple FRA68E680210015. L’OCA rappelle qu’il change quand l’opérateur change : prévoyez une colonne pour l’identifiant actuel et une pour l’ancien.
Les champs à relever pour chaque borne
Voici les champs d’une fiche utile, dans un ordre de colonnes adapté à un tableur ou à une base partagée.
| Champ | Exemple de contenu | À quoi il sert |
|---|---|---|
| Site et emplacement | Parking B, place 14 | Envoyer le technicien au bon endroit |
| Fabricant, modèle, référence | Référence complète de la plaque | Pièces, notice, compatibilité |
| Numéro de série | Relevé sur l’étiquette | Garantie, support du fabricant |
| Micrologiciel et OCPP | Version déclarée, date du relevé, OCPP 1.6 ou 2.0.1, lien vers le certificat | Mises à jour, essais avant migration |
| Identifiant de supervision | Nom sous lequel la borne se connecte | Rapprocher sessions et alertes |
| Points de charge et connecteurs | 2 points, Type 2, sans câble | Assistance aux conducteurs |
| Puissance | Puissance maximale du point, limitation réglée | Délestage, données publiques |
| Connexion et carte SIM | Ethernet, Wi-Fi ou cellulaire, technologie du modem, titulaire de la ligne | Diagnostic réseau, arrêt de la 2G |
| Moyens d’identification | Badge, application, QR code, carte bancaire | Procédure de secours, fraude |
| Contrats, contacts, documents | Supervision, maintenance, rapport de mise en service | Escalade, historique, garanties |
| Accès protégés | Référence du coffre, jamais le mot de passe | Récupération des accès |
N’inventez jamais une valeur : marquez-la « à confirmer », avec un responsable et une échéance. Une valeur supposée trompe le prochain intervenant.
Micrologiciel et certification OCPP : les champs qui vieillissent le plus vite
La version du micrologiciel, le logiciel interne de la borne (firmware en anglais), change à chaque mise à jour, et le certificat OCPP en dépend.
Selon la procédure de certification OCPP de l’OCA (version 3.6.2 du 3 juillet 2026), un certificat mentionne la version d’OCPP, les profils certifiés, les fonctions matérielles testées et la version de micrologiciel que la borne déclare à son démarrage (message BootNotification). Une nouvelle version n’est plus certifiée tant qu’elle n’a pas été recertifiée, et un fabricant ne peut pas se dire conforme OCPP sans certification. Les certificats sont publiés dans l’annuaire de l’OCA.
Notez donc la version relevée, sa date et le lien vers le certificat correspondant, s’il existe. Précisez la version d’OCPP utilisée : OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec OCPP 1.6, selon l’OCA. Enfin, la recharge intelligente, qui module la puissance, reste un profil optionnel pour certifier une borne en OCPP 2.0.1 : indiquez si le pilotage a été essayé sur ce modèle. Le guide sur les preuves à demander pour une borne annoncée OCPP détaille la lecture d’un certificat.
Connexion et cartes SIM : repérer les bornes concernées par l’arrêt de la 2G
Pour une borne en cellulaire, la technologie du modem dit si elle risque de perdre sa liaison fin 2026.
Dans sa fiche sur l’extinction des réseaux 2G et 3G, mise à jour le 10 septembre 2026, l’Arcep indique qu’en France métropolitaine l’arrêt de la 2G se généralise de fin septembre à fin décembre 2026 chez Orange, dont Free Mobile suit le calendrier. Il est prévu le 15 novembre 2026 chez SFR et se généralise du 1ᵉʳ au 15 décembre 2026 chez Bouygues Telecom. La 3G suivra en 2028 chez Orange, fin 2028 chez SFR et fin 2029 chez Bouygues Telecom.
Le livre blanc de l’OCA rappelle que les cartes des bornes sont rattachées au compte de l’opérateur de recharge : en cas de changement, il doit en demander le transfert, sinon elles doivent être remplacées, avec des déplacements sur site. Notez le titulaire de chaque ligne, le type de carte (physique, ou eSIM reprogrammable à distance) et les réglages de point d’accès (APN) à tester lors d’une bascule.
En Wi-Fi ou en Ethernet, notez le réseau et son administrateur : un changement de box ou de pare-feu peut couper la liaison. Le guide réseau Wi-Fi ou cellulaire pour les bornes traite la couverture.
Relever les informations sur place et dans la supervision
Croisez deux relevés, dans cet ordre :
- exportez la liste des bornes connues de la supervision : identifiants, modèles, versions déclarées, dernière connexion ;
- sur place, relevez l’étiquette signalétique de chaque borne (référence, numéro de série), son emplacement exact et le marquage visible par les conducteurs ;
- photographiez l’étiquette, puis vérifiez la photo avant de la ranger : certaines portent un code d’appairage ou un identifiant d’accès ;
- rapprochez les deux listes et confiez chaque écart à une personne nommée : une borne présente sur place mais absente du logiciel, ou l’inverse, passe en priorité.
En OCPP 2.0.1, le « device model » permet à la borne de décrire elle-même ses composants à la supervision, par exemple sa puissance ou son nombre de prises, si borne et logiciel implémentent cette fonction. Cela aide, sans remplacer le relevé : l’emplacement ne se déclare pas.
Le relevé reste visuel. N’ouvrez ni la borne ni le tableau électrique : protections, sections de câble et schémas se demandent à l’installateur ou se relèvent lors d’une visite de maintenance par un professionnel qualifié.
Séparer les informations partagées des secrets d’accès
Un bon inventaire se lit à trois niveaux : les mélanger dans un même fichier revient à diffuser les clés de la supervision. Répartissez-les ainsi :
- conducteurs : identifiant visible de la borne, contact d’assistance, procédure de secours ;
- exploitation et maintenance : fiche technique, contrats, historique, sans aucun mot de passe ;
- accès protégés : comptes administrateur, identifiants de connexion des bornes à la supervision, certificats, codes d’appairage, dans un gestionnaire de mots de passe avec une procédure de récupération.
La fiche d’exploitation indique seulement où se trouve chaque secret et qui peut l’ouvrir.
Pour les accès, le guide de la sécurité des données personnelles de la CNIL recommande le moindre privilège, un identifiant unique par utilisateur, l’absence de comptes partagés, le retrait des droits dès qu’une personne change de mission ou part, et une revue des habilitations au moins une fois par an. Le guide pour comparer les droits administrateur et utilisateur aide à les répartir.
Le nom des conducteurs et leurs badges n’ont pas leur place dans l’inventaire technique : ces données personnelles relèvent d’un autre fichier, limité au nécessaire selon le principe de minimisation rappelé par la CNIL.
Contrats, contacts et documents à rattacher à chaque borne
Rattachez à chaque borne ses contrats et le bon contact pour chacun : supervision, maintenance, assistance, opérateur mobile, fabricant.
L’OCA recommande de prévoir dès le contrat de supervision l’obligation pour l’opérateur de coopérer en cas de migration et un séquestre des informations de reconfiguration réseau ; avec les fabricants, des contrats de support de longue durée et un séquestre de leur micrologiciel. Notez si ces clauses existent et où les retrouver.
Pour une supervision en ligne, le règlement européen sur les données (Data Act) impose un contrat écrit qui liste les données exportables, métadonnées comprises, et laisse au moins 30 jours pour les récupérer lors d’un changement de fournisseur. Le texte actuel interdit les frais de changement à compter du 12 janvier 2027 ; d’ici là, seuls des frais réduits, limités aux coûts directement liés, restent possibles. La gratuité ne vise pas les services conçus sur mesure pour un client.
Le guide sur la fin de contrat de supervision reprend ces points au moment de la sortie.
Bornes ouvertes au public : l’inventaire alimente des données obligatoires
Pour des bornes ouvertes au public, l’inventaire nourrit des données obligatoires. Au sens du règlement européen AFIR, un parking de supermarché réservé aux clients est ouvert au public ; un parking de bureaux réservé aux employés ne l’est pas.
L’article 20 d’AFIR oblige l’exploitant à rendre disponibles sans frais des données statiques : localisation, horaires, nombre et type de connecteurs, puissances maximales, moyens de paiement, code d’identification de chaque point. Le règlement d’exécution (UE) 2025/655 impose de les mettre à jour au plus tard 24 heures après une modification, et les données dynamiques (statut opérationnel, disponibilité, prix à l’acte) au plus tard une minute après. En France, l’arrêté du 24 mars 2026 désigne transport.data.gouv.fr comme point d’accès national.
Un remplacement de borne, une limitation de puissance ou un nouveau moyen de paiement modifient ces données : si l’inventaire est corrigé le jour même, l’information publique peut suivre dans le délai.
Tenir l’inventaire à jour et le préparer avant un projet
Mettez la fiche à jour le jour de chaque intervention et gardez l’historique dans un onglet daté, pour que l’ancienne valeur ne passe jamais pour l’actuelle. Avant une migration, un audit ou une extension, vérifiez que :
- chaque borne a un modèle, un numéro de série et une version de micrologiciel datée, rapprochée ou non d’un certificat ;
- les bornes en cellulaire indiquent la technologie du modem et le titulaire de la SIM ;
- les QR codes et étiquettes NFC fixes sont listés, car l’OCA indique qu’ils doivent être remplacés ou redirigés lors d’un changement d’opérateur ;
- aucun mot de passe ne figure dans le fichier partagé ;
- chaque valeur « à confirmer » a un responsable et une échéance.
Pour un parc d’entreprise, cet inventaire sert de base à l’étude de la supervision OCPP de vos bornes. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France après une visite technique et remet un devis détaillé : demandez un devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- Un inventaire technique décrit chaque borne et chaque point de charge : emplacement, modèle, numéro de série, micrologiciel, connexion, contrats.
- Un certificat OCPP vaut pour une version de micrologiciel précise : notez la version installée, sa date de relevé et le certificat correspondant.
- Selon l’Arcep, la 2G s’arrête en France métropolitaine entre fin septembre et fin décembre 2026 : repérez dès maintenant les bornes à modem 2G.
- Mots de passe, certificats et codes d’appairage restent hors du fichier partagé, qui indique seulement où ils se trouvent.
- Une fiche mise à jour à chaque intervention permet une migration par lots et, pour les bornes publiques, des données corrigées dans les délais.
Questions fréquentes
Que doit contenir un inventaire technique de parc de bornes de recharge ?
Il doit contenir, pour chaque borne, l’emplacement, le fabricant et la référence exacte, le numéro de série, la version du micrologiciel et sa date de relevé, la version d’OCPP, l’identifiant de supervision, les points de charge et connecteurs, le mode de connexion et la carte SIM éventuelle. Ajoutez les contrats, les contacts d’assistance et les documents de mise en service. Les mots de passe n’y figurent pas : notez seulement où ils sont conservés.
Faut-il noter les mots de passe des bornes dans l’inventaire ?
Non. Le fichier partagé indique seulement où se trouve chaque secret et qui peut l’ouvrir : comptes administrateur, identifiants de connexion à la supervision, certificats et codes d’appairage restent dans un gestionnaire de mots de passe. Cybermalveillance.gouv.fr conseille aussi de changer les mots de passe par défaut, d’en choisir un différent pour chaque service et d’activer la double authentification lorsque c’est possible. Faites-le à la mise en service de chaque borne et de chaque compte.
Une mise à jour du firmware fait-elle perdre la certification OCPP ?
Oui, pour la nouvelle version. Selon la procédure de certification de l’Open Charge Alliance (version 3.6.2 de juillet 2026), une nouvelle version de micrologiciel n’est plus certifiée tant qu’elle n’a pas été recertifiée. Le certificat mentionne la version testée, celle que la borne déclare à la supervision au démarrage. Après chaque mise à jour, notez la nouvelle version et vérifiez si elle figure dans l’annuaire des certificats de l’OCA.
Mes bornes connectées en 2G vont-elles cesser de communiquer ?
Oui, si leur modem ne fonctionne qu’en 2G. Selon l’Arcep, l’arrêt de la 2G en France métropolitaine s’étale de fin septembre à fin décembre 2026 selon l’opérateur. Une borne hors ligne laisse les recharges en cours se terminer, d’après l’OCA, mais autoriser de nouvelles sessions peut devenir impossible. Identifiez ces bornes dans l’inventaire et faites vérifier par votre mainteneur les solutions de remplacement du modem ou de la liaison.
Que faire si l’ancien opérateur ne transmet pas les données des bornes ?
Il faudra ressaisir chaque borne à la main dans la nouvelle supervision : c’est ce que prévoit le livre blanc de l’OCA lorsque l’ancien opérateur ne coopère pas. Votre inventaire devient alors la base de cette saisie. Reste à reconnecter les bornes : selon le modèle, par commandes à distance avec l’aide de l’ancien opérateur, par une mise à jour du micrologiciel avec le fabricant, par un script dédié ou par un technicien sur site.
À quel rythme mettre à jour l’inventaire des bornes ?
À chaque intervention : remplacement, mise à jour, nouveau contrat, changement de carte SIM ou de supervision. Pour les points ouverts au public, le règlement d’exécution (UE) 2025/655 impose de mettre à jour les données statiques publiées au plus tard 24 heures après une modification. Complétez par un rapprochement régulier avec la liste des bornes visibles dans la supervision et par la revue annuelle des accès recommandée par la CNIL.


