Pour une borne OCPP, la première preuve à demander au fournisseur est le certificat de l’Open Charge Alliance qui correspond au modèle et à la version de firmware livrés, avec la version du protocole et les profils certifiés. La seconde est un essai réussi avec votre propre logiciel de supervision.
Vous saurez distinguer une borne « compatible » d’une borne certifiée, lire un certificat ligne par ligne, relier ses profils à vos besoins, organiser un essai d’intégration et obtenir les engagements écrits utiles.
Ce que signifie vraiment la mention OCPP sur une fiche produit
Elle indique que la borne sait dialoguer avec un logiciel de gestion selon un protocole ouvert, sans préciser ni la version ni les fonctions disponibles. Toute la vérification consiste à obtenir ces deux précisions.
OCPP, pour Open Charge Point Protocol, est présenté par l’Open Charge Alliance (OCA), l’organisation qui le publie, comme le protocole de communication ouvert entre les bornes et les systèmes qui les gèrent. Dans la spécification, ce système s’appelle CSMS : c’est le logiciel de supervision qui autorise les sessions, relève l’énergie délivrée et envoie les commandes.
Trois versions coexistent, selon la page de présentation du protocole : 1.6 (2015), 2.0.1 (2020) et 2.1 (2025). OCPP 2.0.1, dans sa troisième édition, a été approuvé comme norme internationale IEC 63584 en 2024.
Piège fréquent : OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec 1.6, car la gestion des transactions a été revue et un « device model », description de la borne par elle-même, a été introduit. Borne et supervision doivent donc parler la même version, ou la supervision gérer les deux. Première question au fournisseur : quelle version d’OCPP ce modèle utilise-t-il avec le firmware livré, c’est-à-dire le logiciel embarqué de la borne ?
Compatible, conforme ou certifiée OCPP : trois mots qui n’ont pas le même poids
Seule une borne certifiée peut se dire conforme OCPP. « Compatible OCPP » décrit une déclaration du fabricant, pas le résultat d’un essai indépendant.
La procédure de certification de l’OCA, dans sa version 3.6.2 du 3 juillet 2026, est explicite : un fabricant peut implémenter OCPP sans participer au programme de certification, mais il ne peut pas se déclarer conforme sans être certifié. Les essais sont confiés à des laboratoires indépendants désignés par l’OCA, qui utilisent son outil de test, l’OCTT. Le programme couvre OCPP 1.6 et 2.0.1, aucune version antérieure à 1.6.
Une borne seulement « compatible » peut fonctionner avec votre supervision : ce n’est pas un motif de refus, mais une raison d’approfondir l’essai décrit plus bas.
Deux raccourcis sont à écarter. Une marque n’est jamais certifiée en bloc : le certificat vise un produit précis. Et la certification d’une pile logicielle OCPP, le module de communication intégré par le fabricant, ne vaut pas certification de la borne qui l’utilise. Autre confusion à éviter : l’itinérance entre opérateurs et fournisseurs de badges passe par un autre protocole, OCPI, comme le détaille notre guide pour distinguer OCPI et OCPP.
Lire le certificat d’une borne OCPP : ce qui doit correspondre au matériel livré
Un certificat ne vaut que pour le produit réellement testé. Il doit donc correspondre, ligne par ligne, à la borne qui sera posée dans votre parking.
Selon la procédure de l’OCA, le certificat mentionne la version d’OCPP, le ou les profils certifiés, le jeu de fonctions matérielles et la version de firmware. Pour une borne, cette version est celle qu’elle déclare à la supervision dans son message de connexion, appelé BootNotification. Tous les certificats sont publiés dans l’annuaire de l’OCA, l’« OCPP Certification Directory » : demandez le document au fournisseur, puis retrouvez-le vous-même.
Les quatre comparaisons à faire
Posez le certificat à côté du devis et de la fiche technique, puis vérifiez :
- la référence exacte, variante comprise : une version avec lecteur de badge ou modem n’a pas forcément le même jeu de fonctions matérielles ;
- la version d’OCPP certifiée, qui doit être celle que votre supervision utilisera ;
- les profils certifiés, détaillés dans la section suivante ;
- la version de firmware, à comparer avec celle qui sera installée à la livraison.
D’après l’OCA, une nouvelle version de firmware n’est plus certifiée et ne peut plus porter le logo tant qu’elle n’a pas été recertifiée. Une borne livrée avec un firmware plus récent que celui du certificat n’est donc pas couverte.
Les profils certifiés disent ce que la borne sait réellement faire
Le certificat liste des profils, des blocs de fonctions testés ensemble. Ce qui n’y figure pas peut exister, mais n’a pas été vérifié.
Borne certifiée OCPP 1.6
L’OCA a renouvelé son programme de certification OCPP 1.6 au 1ᵉʳ octobre 2025. Depuis, le profil de base « Core » inclut obligatoirement la gestion du firmware et le profil de sécurité 2 : liaison chiffrée en TLS 1.2 ou supérieur, avec authentification de base. Pour une borne, Smart Charging (recharge pilotée) et Advanced Security restent optionnels. Pour un certificat plus ancien, lisez sa liste de profils.
Borne certifiée OCPP 2.0.1
Selon la page de l’OCA sur les profils OCPP 2.0.1, seul le Core est obligatoire. Advanced Security, Smart Charging et ISO 15118 Support, qui couvre notamment le Plug & Charge, l’autorisation automatique du véhicule dès le branchement, sont optionnels.
| Fonction | Certificat 1.6 (programme depuis octobre 2025) | Certificat 2.0.1 | Question à poser |
|---|---|---|---|
| Profil Core | Obligatoire | Obligatoire | Quelle version d’OCPP figure sur le certificat ? |
| Gestion du firmware et profil de sécurité 2 | Obligatoires, dans le Core | À lire sur le certificat | Quel niveau de sécurité est certifié ? |
| Smart Charging (recharge pilotée) | Optionnel | Optionnel | Le profil est-il certifié sur ce modèle ? |
| Advanced Security | Optionnel | Optionnel (certificat client) | Faut-il une authentification par certificat ? |
| Réservation, liste d’autorisation locale | Optionnelles | Optionnelles | Le parking doit-il fonctionner hors ligne ? |
Conséquence directe : « certifiée OCPP » ne veut pas dire « pilotable ». L’OCA rappelle (livre blanc de juillet 2025) que la recharge intelligente ne fait pas partie du profil de base.
Relier chaque profil à votre cahier des charges
Partez de vos besoins d’exploitation, pas de la brochure : chaque fonction indispensable doit être certifiée ou, à défaut, testée avec votre supervision.
Pilotage de la puissance
Si plusieurs bornes partagent un abonnement limité, le délestage, qui réduit leur puissance pour ne pas dépasser la puissance disponible, devient central, et le profil Smart Charging un critère d’achat. Côté logiciel, la procédure v3.6.2 rend ce profil obligatoire pour une supervision certifiée OCPP 1.6. Vérifiez aussi où se prend la décision : notre guide supervision et délestage explique comment la situer.
Fonctionnement hors ligne
Selon l’OCA, une borne hors ligne laisse les recharges en cours se poursuivre et transmet leurs messages au retour de la connexion ; autoriser de nouvelles sessions peut être impossible. La liste d’autorisation locale, liste de badges tenue à jour depuis la supervision, permet d’accepter hors ligne les badges qui y figurent. Elle est optionnelle : si le réseau passe mal, en sous-sol par exemple, exigez-la.
OCPP est-il obligatoire ? Ce que disent AFIR, ADVENIR et le décret de 2017
Aucun texte n’impose OCPP à toutes les bornes, mais une aide financière ou une exploitation ouverte au public rendent la question concrète.
Le règlement européen AFIR, qui encadre les infrastructures pour carburants alternatifs, ne désigne à ce jour aucun protocole entre la borne et sa supervision : son annexe II cite seulement ce domaine parmi ceux où des spécifications communes pourront être adoptées. « OCPP 2.0.1 imposé par l’Europe » ne repose donc sur aucun texte publié.
Le programme ADVENIR, qui cofinance des bornes, exige que les bornes communicantes qu’il référence intègrent OCPP en version 1.6 ou supérieure. Seules les supervisions qu’il référence peuvent figurer dans une demande de prime : vérifiez les deux listes avant de commander.
En France, l’article 11 du décret n° 2017-26 impose qu’une infrastructure ouverte au public soit exploitée avec une supervision qui échange des données avec chaque point et suit leur état en temps réel, sans nommer de protocole. Une exception vise l’aménageur d’une seule station de 36 kVA au plus de puissance appelable et de 5 points au plus, non intégrée à un réseau.
Ce que le certificat ne remplace pas : l’essai avec votre supervision
Même certifiées toutes les deux, une borne et une supervision doivent être essayées ensemble sur vos scénarios réels.
À propos des changements de supervision, l’OCA juge le test de compatibilité OCPP indispensable, sauf si la borne et la supervision sont toutes deux certifiées. Même alors, elle demande de tester chaque modèle, avec ses versions logicielles, avant tout déploiement à grande échelle.
Faites l’essai sur une borne équipée du firmware livré et consignez chaque résultat. Scénarios utiles pour un parking d’entreprise :
- démarrer et arrêter une session avec un badge, puis depuis la supervision ;
- comparer l’énergie remontée dans la supervision avec le compteur de la borne ;
- appliquer une limite de puissance et vérifier qu’elle est tenue ;
- couper la liaison réseau pendant une recharge, la rétablir, puis contrôler la session remontée ;
- tenter un démarrage hors ligne avec un badge connu, puis avec un badge inconnu ;
- envoyer les commandes utiles : redémarrage (Reset), déverrouillage du connecteur (UnlockConnector), journaux de diagnostic, mise à jour du firmware ;
- exporter l’historique des sessions au format attendu par votre comptabilité.
La coupure se simule côté réseau informatique, jamais en manœuvrant soi-même le tableau électrique. Les autorisations refusées hors ligne ne remonteront pas, sauf en OCPP 2.0.1 avec la variable QueueAllMessages activée. Pour un parc mixte, notre guide pour préparer les essais de plusieurs marques de bornes propose une méthode commune.
Firmware, cybersécurité et réseau mobile : les engagements à obtenir par écrit
Le certificat photographie la borne à un instant donné ; le contrat doit dire ce qui se passera ensuite.
D’abord la recertification : demandez au fabricant quelles versions il fait recertifier et si vous pourrez différer une mise à jour. L’OCA recommande aussi de prévoir avec les fabricants des contrats de support de longue durée et un séquestre de leur firmware. Notre guide pour mettre à jour des bornes connectées aide à planifier ces interventions.
Ensuite la cybersécurité. Le règlement (UE) 2024/2847 sur la cyberrésilience, applicable à partir du 11 décembre 2027, prévoit une période d’assistance d’au moins cinq ans, sauf durée d’utilisation prévue plus courte : demandez celle de votre modèle.
Enfin le réseau : si la borne communique en cellulaire, vérifiez la génération de son modem. Selon l’Arcep, la 2G s’éteint en métropole entre fin septembre et fin décembre 2026 selon les opérateurs, et la 3G entre 2028 et fin 2029 chez Orange, SFR et Bouygues Telecom.
La grille de preuves à réunir avant de signer
Réunissez ces preuves dans un dossier d’achat unique, relu par votre installateur et votre exploitant.
| Preuve | Où l’obtenir | Ce qui doit correspondre |
|---|---|---|
| Certificat OCPP | Fournisseur, puis annuaire de l’OCA | Modèle, variante, version d’OCPP |
| Version de firmware certifiée | Certificat | Firmware installé à la livraison |
| Profils certifiés | Certificat | Fonctions exigées par votre cahier des charges |
| Compte rendu d’essai | Intégrateur ou éditeur de supervision | Vos scénarios, avec la borne et le firmware livrés |
| Politique de mises à jour et de support | Fabricant ou distributeur, par écrit | Recertification, durée de support, modem |
| Référencement ADVENIR, si une aide est demandée | Site du programme | Borne et supervision référencées |
Sauf installation de 3,7 kW au plus dans une habitation privée, l’installateur doit être titulaire d’une qualification IRVE (code de l’énergie, article D353‑2). Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France, de la visite technique au devis détaillé et à la supervision OCPP de vos bornes. Joignez votre grille et la version d’OCPP retenue à votre demande de devis entreprise. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet. Pour une question sur un certificat, passez par la page contact.
L’essentiel à retenir
- « Compatible OCPP » n’est qu’une déclaration : selon l’OCA, un fabricant ne peut pas se dire conforme sans certification.
- Un certificat vaut pour un modèle, une version d’OCPP, des profils et une version de firmware précis, jamais pour toute une marque.
- Pilotage de puissance et liste d’autorisation locale sont optionnels : exigez-les sur le certificat s’ils conditionnent votre exploitation.
- OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec 1.6 : la borne et la supervision doivent parler la même version.
- Même avec deux certificats, faites tester vos scénarios avec la supervision retenue et le firmware livré.
- Obtenez par écrit la politique de recertification, la durée de support et la compatibilité du modem avec l’arrêt de la 2G et de la 3G.
Questions fréquentes
Une borne annoncée OCPP 2.1 peut-elle présenter un certificat 2.1 ?
Non, pas dans le programme actuel : la procédure de certification de l’Open Charge Alliance, version 3.6.2 du 3 juillet 2026, couvre OCPP 1.6 et 2.0.1. OCPP 2.1, publié en 2025, ajoute notamment la recharge bidirectionnelle avec ISO 15118-20, et la logique développée pour 2.0.1 reste compatible avec lui. Pour une borne annoncée 2.1, demandez donc son certificat 2.0.1 et la liste des fonctions 2.1 réellement livrées.
Quelles preuves demander au fournisseur d’une borne OCPP ?
Demandez d’abord le certificat OCPP de l’Open Charge Alliance, puis retrouvez-le dans l’annuaire public de l’OCA. Comparez la référence exacte, la version d’OCPP, les profils certifiés et la version de firmware avec le matériel livré. Ajoutez un compte rendu d’essai avec votre supervision et un engagement écrit sur les mises à jour et la durée de support.
Une borne OCPP 1.6 fonctionne-t-elle avec une supervision OCPP 2.0.1 ?
Non, pas directement : selon l’Open Charge Alliance, OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec OCPP 1.6, car la gestion des transactions a été revue. La borne et la supervision doivent parler la même version, ou la supervision doit gérer les deux. Demandez à l’éditeur quelles versions il prend en charge et faites vérifier le fonctionnement sur votre modèle de borne.
Une borne certifiée OCPP sait-elle forcément limiter sa puissance ?
Non. Le profil Smart Charging, qui permet d’appliquer les limites de puissance envoyées par la supervision, est optionnel pour une borne, en OCPP 1.6 comme en 2.0.1. Si vos bornes partagent une puissance limitée, exigez que ce profil figure sur le certificat ou, à défaut, faites tester la limitation avec votre supervision avant la commande.
Le certificat OCPP reste-t-il valable après une mise à jour du firmware ?
Non. Selon la procédure de certification de l’OCA, une nouvelle version de firmware n’est plus certifiée et ne peut plus porter le logo tant qu’elle n’a pas été recertifiée. Demandez au fabricant quelles versions il fait recertifier, puis vérifiez dans l’annuaire de l’OCA la version qui tourne réellement sur vos bornes, celle qu’elles déclarent à la supervision.
Une borne OCPP accepte-t-elle les badges de tous les fournisseurs ?
Non, pas automatiquement. OCPP relie la borne à sa propre supervision ; accepter le badge ou l’application d’un autre fournisseur relève de l’itinérance, c’est-à-dire l’échange de données et de paiements entre l’exploitant de la borne et ce prestataire de mobilité. Cet échange s’appuie notamment sur un autre protocole, OCPI, en liaison directe ou via une plateforme d’itinérance. Demandez à l’exploitant quels fournisseurs sont acceptés.


