Un test de coupure réseau sur un parc de bornes consiste à couper volontairement la liaison entre une borne et sa supervision, à un moment convenu, puis à vérifier la reprise. Il contrôle trois points : la recharge en cours continue, les accès prévus hors ligne fonctionnent, et chaque session remonte sans perte ni doublon au retour du réseau.
Vous saurez ensuite écrire les résultats attendus, choisir une méthode d’interruption qui épargne l’alimentation électrique, dérouler l’essai, puis contrôler la réconciliation des sessions et faire corriger les écarts par votre prestataire.
Ce qu’une borne OCPP doit faire quand le réseau tombe
Une borne hors ligne n’est pas forcément en panne : elle a perdu le contact avec sa supervision, mais la recharge en cours continue. Ce qui change, c’est l’autorisation des nouvelles sessions et la remontée des informations.
On parle ici de bornes qui dialoguent avec leur logiciel de supervision par OCPP (Open Charge Point Protocol), le protocole de communication ouvert publié par l’Open Charge Alliance (OCA) entre les bornes et les systèmes qui les gèrent. Le guide du logiciel de supervision de bornes en présente les fonctions.
Selon le livre blanc de l’OCA Improving Uptime Monitoring with OCPP (version 1.3, septembre 2024), les recharges déjà commencées se poursuivent normalement hors ligne. La borne garde en mémoire les messages liés à ces transactions, arrêt compris, et les transmet quand la connexion revient. En revanche, autoriser une nouvelle session peut devenir impossible.
Tout ne remonte pas. Seuls les messages de transaction sont conservés : les tentatives d’autorisation refusées et les changements d’état survenus pendant la coupure sont perdus, sauf en OCPP 2.0.1 si la variable QueueAllMessages est activée. Attendez-vous donc à un trou dans l’historique des statuts, pas dans celui des sessions. Ce qu’accepte une borne précise dépend de sa configuration : c’est ce que l’essai établit.
Comment la supervision s’aperçoit qu’une borne est hors ligne
La supervision déduit la perte de liaison de l’absence de signes de vie, selon des réglages que vous pouvez demander, puis mesurer.
OCPP prévoit deux signaux. Le « ping » WebSocket entretient la connexion : l’OCA suggère un intervalle de 50 à 600 secondes, car trop long, il ne maintient pas une liaison mobile, et trop court, il augmente le coût des données. Le message Heartbeat, signal de présence périodique, a un intervalle fixé par la supervision à la connexion puis modifiable ; selon l’OCA, il va généralement de 15 minutes à 24 heures, et elle conseille 15 minutes ou 1 heure.
Avant l’essai, demandez à votre prestataire les valeurs configurées sur la borne testée et la règle qui déclenche l’alerte « hors ligne ». Notez ensuite l’heure de la coupure et celle de l’alerte : l’écart mesuré vaut mieux qu’une promesse.
Les statuts de connecteur ont leurs limites : Unavailable et Faulted peuvent signaler une indisponibilité, mais une erreur d’autorisation, par exemple, n’y apparaît pas. Le guide borne hors ligne : distinguer panne réseau et panne de recharge détaille ce diagnostic.
Écrire les résultats attendus avant de couper quoi que ce soit
Sans résultats attendus écrits, chacun interprète après coup ce qu’il a vu. Rédigez-les avec le prestataire, situation par situation.
| Situation pendant la coupure | Comportement attendu, à confirmer pour votre borne | À relever |
|---|---|---|
| Recharge démarrée avant la coupure | Elle continue ; ses messages, arrêt compris, sont gardés en mémoire | Énergie affichée, heures de début et d’arrêt |
| Badge habituel, utilisé récemment | Accepté si le cache d’autorisation est actif | Décision de la borne et heure |
| Badge inscrit dans la liste locale | Accepté si la borne gère cette fonction optionnelle | Version de la liste avant l’essai |
| Badge inconnu de la borne | Refusé, sauf réglage autorisant les badges inconnus hors ligne | Décision, puis présence de la session au retour |
| Badge révoqué depuis peu | Peut encore être accepté d’après le cache | Décision, comparée à votre politique d’accès |
| Commande à distance ou démarrage par application | Les commandes de la supervision ne passent que si la borne est connectée | Message affiché au conducteur |
| Limite de puissance | Selon l’endroit où se prend la décision de pilotage | Puissance délivrée avant, pendant et après |
Pour le pilotage, demandez d’abord qui décide de limiter la puissance (borne, gestionnaire local ou supervision) : le guide supervision et délestage : vérifier où se prend la décision aide à le vérifier. Si la limite vient de la supervision, faites écrire ce que la borne applique pendant la coupure, surtout quand plusieurs bornes se partagent une puissance limitée.
Couper la communication, jamais l’alimentation électrique
L’essai porte sur la liaison de données : on coupe le réseau, pas le courant. Une coupure électrique est un autre essai, avec d’autres risques, qui relève d’un électricien qualifié.
En Ethernet ou en Wi-Fi, le responsable réseau désactive le port ou l’accès de la borne sur son propre équipement, ce qui se rétablit en un geste. En cellulaire, le titulaire de la carte SIM peut, selon le contrat, suspendre la ligne depuis son espace de gestion. Faites valider la méthode par écrit par les responsables réseau et recharge.
Personne n’ouvre la borne ni ne manœuvre le tableau électrique pour simuler la coupure : outre le risque, une coupure de courant interrompt justement la recharge que vous voulez observer.
Vérifiez enfin la topologie. Si plusieurs bornes passent par un même routeur, ou si une borne maîtresse relaie ses voisines, couper un seul lien peut isoler tout un groupe, conducteurs non prévenus compris. L'inventaire technique de votre parc de bornes doit indiquer ces dépendances avant l’essai.
Préparer le test de coupure réseau : borne témoin, créneau, rôles et condition d’arrêt
Un essai se prépare comme une intervention. Voici la liste de contrôle à valider la veille.
- Une borne témoin représentative d’un modèle et d’une version de micrologiciel (le logiciel interne de la borne) présents sur le parc ; un modèle par essai.
- Un créneau creux et une affichette prévenant les conducteurs.
- Un véhicule de test et quatre badges : utilisé récemment, inscrit dans la liste locale, inconnu, révoqué la veille.
- Les réglages, lus depuis la supervision avant la coupure : intervalle Heartbeat, cache, version de la liste locale, acceptation des badges inconnus.
- Une horloge de référence commune pour toutes les heures.
- Deux observateurs en contact : l’un devant la borne, l’autre devant la supervision.
- Un contact chez le prestataire pendant tout l’essai.
- Une durée maximale de coupure et une condition d’arrêt, par exemple un conducteur réel bloqué : on rétablit alors la liaison aussitôt.
Relevez aussi l’état initial (sessions ouvertes, énergie affichée, statuts) : sans lui, aucun écart ne se chiffre.
Dérouler l’essai en cinq temps
Suivez un ordre fixe et notez chaque heure pour rapprocher ensuite terrain et supervision. Le comportement vu par le conducteur et le message reçu par la supervision s’examinent séparément.
- Avant la coupure : démarrez une recharge avec le véhicule de test, puis relevez l’énergie affichée par la borne et par la supervision.
- Coupure : le responsable réseau interrompt la liaison ; notez l’heure, puis celle à laquelle l’alerte « hors ligne » apparaît.
- Pendant la coupure : vérifiez que la recharge continue, arrêtez-la, présentez chaque badge de test et tentez un démarrage par application ; notez chaque décision et le message affiché.
- Rétablissement : la liaison est réactivée ; notez l’heure à laquelle la supervision voit de nouveau la borne.
- Après le retour : laissez à la borne le temps de transmettre ses messages en attente, puis exportez les sessions de la période.
L’arrêt pendant la coupure compte : son message, gardé en mémoire, montre que la borne restitue une transaction complète. Coupez aussi plus longtemps que le délai d’alerte annoncé, sinon l’essai ne dira rien de la détection.
Contrôler la réconciliation des sessions après le retour du réseau
La réconciliation rapproche ce qui s’est passé devant la borne et ce que la supervision a enregistré : chaque session doit y figurer une fois, complète, avec la bonne énergie.
Pour les bornes ouvertes au public, l’enjeu est aussi réglementaire : l’article 11 du décret n° 2017-26 impose une supervision qui suit l’état des points en temps réel et enregistre les paramètres essentiels de l’usage, dont l’énergie délivrée. Seul l’aménageur d’une station unique de 36 kVA et 5 points au plus, hors réseau, en est exempté, tout en devant s’assurer du fonctionnement permanent de ses points.
Les contrôles, ligne par ligne
- Présence : la session de test figure dans l’export, avec l’heure de fin relevée sur place, non celle du retour du réseau.
- Énergie : tout écart avec le relevé sur place est expliqué.
- Doublons : aucune session en double ni scindée en deux.
- Identifiants : chaque session porte le bon badge.
- Badge inconnu : si le réglage l’a laissé passer, la session est présente mais non facturable, et repérée comme telle.
- Retour du pilotage : la limite de puissance attendue s’applique de nouveau et une commande à distance simple répond.
Exemple de calcul : si la borne affichait 4,2 kWh au moment de la coupure et 9,8 kWh à l’arrêt, l’export doit indiquer 9,8 kWh pour la session, dont 9,8 − 4,2 = 5,6 kWh délivrés hors ligne. Si ces données servent à refacturer, le guide supervision et refacturation : vérifier la qualité des exports complète ces contrôles.
Badges hors ligne : régler le risque selon le type de borne
L’essai montre aussi si l’accès hors ligne correspond à vos choix. Trois réglages OCPP le déterminent, chacun avec sa contrepartie.
Le cache d’autorisation garde le résultat des badges récemment utilisés : un badge accepté la dernière fois est présumé encore valide. Avec un cache d’une semaine ou d’un mois, exemple donné par l’OCA, les habitués rechargent normalement. Le revers : un badge révoqué peut encore passer tant que la borne est hors ligne, ce que la procédure pour révoquer un badge de recharge perdu doit prévoir.
La liste d’autorisation locale est une liste blanche versionnée, mise à jour depuis la supervision. Fonction optionnelle, elle manque sur certaines bornes ; vérifiez que la version présente est la dernière envoyée. Les sessions faites hors ligne avec des badges connus du cache ou de la liste restent conservées et facturables.
Reste le réglage AllowOfflineTxForUnknownId (OCPP 1.6), ou AuthCtrlr.OfflineTxForUnknownIdEnabled (OCPP 2.0.1), qui fait accepter n’importe quel badge hors ligne. Les sessions des badges inconnus ne pourront pas être facturées. Selon l’OCA, ce risque peut être acceptable sur des bornes en courant alternatif, mais il est souvent jugé trop élevé sur les bornes rapides en courant continu, beaucoup plus chères.
Documenter les écarts et refaire l’essai au bon moment
Un essai vaut par la trace qu’il laisse, et se refait dès que la chaîne borne, réseau et supervision change.
Pour chaque écart, notez l’attendu, l’observé, la cause confirmée par le prestataire ou le fabricant, la correction et la date du nouvel essai. Ne classez rien sur une hypothèse : un badge refusé peut venir du cache, de la liste locale ou de l’autorisation.
Refaites l’essai après une mise à jour du micrologiciel : selon la procédure de certification de l’OCA, un certificat OCPP vise une version précise du micrologiciel, et une nouvelle version n’est plus couverte avant recertification. Refaites-le avant de changer de supervision, l’OCA demandant de tester chaque modèle et version logicielle avant de migrer, puis de procéder par lots, et après tout changement de modem ou de carte SIM.
Ce dernier cas approche : selon l'Arcep, l’arrêt de la 2G en métropole se généralise de fin septembre à fin décembre 2026 chez Orange et Free Mobile, est prévu le 15 novembre 2026 chez SFR et se généralise du 1ᵉʳ au 15 décembre 2026 chez Bouygues Telecom ; les équipements non compatibles 4G, 5G ou technologies alternatives devront avoir été remplacés.
Pour intégrer ce protocole à la réception ou à l’exploitation d’un parc, la page supervision de bornes de recharge présente l’approche de Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE. Pour un projet précis, la demande de devis professionnel débouche sur une visite technique puis un devis détaillé.
L’essentiel à retenir
Cinq points résument la démarche.
- Une borne OCPP hors ligne poursuit les recharges commencées et garde leurs messages ; les nouvelles autorisations et l’historique des statuts souffrent de la coupure.
- Les résultats attendus s’écrivent avant l’essai, avec le prestataire, situation par situation.
- On coupe la liaison de données, jamais l’alimentation, sans intervenir dans la borne ni au tableau.
- Après le retour du réseau, chaque session doit apparaître une seule fois, complète, avec la bonne énergie et le bon badge.
- L’essai se refait après toute mise à jour du micrologiciel ou tout changement de modem ou de carte SIM, et avant de changer de supervision.
Questions fréquentes
Comment réaliser un test de coupure réseau sur des bornes et vérifier leur reprise ?
Choisissez une borne témoin et un créneau creux, écrivez avec votre prestataire les résultats attendus, puis faites couper la liaison de données par le responsable réseau, jamais l’alimentation. Pendant la coupure, laissez courir une recharge, arrêtez-la et présentez plusieurs badges de test. Au retour du réseau, vérifiez que chaque session remonte une seule fois, avec la bonne énergie et le bon badge.
Une borne de recharge hors ligne continue-t-elle de recharger ?
Oui, pour les recharges déjà commencées. Selon le livre blanc de l’Open Charge Alliance sur le suivi de disponibilité avec OCPP, une période hors ligne n’a pas d’effet sur une transaction en cours : la borne garde ses messages, arrêt compris, et les transmet au retour de la connexion. En revanche, autoriser une nouvelle session peut devenir impossible, selon le cache, la liste locale et les réglages de la borne.
Un badge révoqué peut-il encore ouvrir une borne hors ligne ?
Oui, c’est possible. Le cache d’autorisation d’OCPP garde le résultat des badges récemment utilisés, et un badge accepté la dernière fois est présumé encore valide. Tant que la borne est hors ligne, elle ne reçoit pas la révocation et peut donc l’accepter. Testez ce cas avec un badge révoqué la veille, puis ajustez la durée du cache à votre politique d’accès.
Les sessions de recharge faites pendant une coupure réseau sont-elles perdues ?
Non, en principe. Une borne OCPP conserve les messages liés aux transactions et les envoie quand la liaison revient ; les sessions des badges connus restent facturables. Les tentatives refusées et les changements d’état survenus hors ligne ne remontent pas, sauf en OCPP 2.0.1 avec la variable QueueAllMessages activée. Et les sessions de badges inconnus acceptées hors ligne ne peuvent pas être facturées.
Faut-il couper le courant de la borne pour simuler une perte de réseau ?
Non. Une coupure de courant arrête la recharge en cours et ne teste pas la même chose. L’essai porte sur la liaison de données : le responsable réseau désactive l’accès de la borne sur son équipement, ou le titulaire de la carte SIM suspend la ligne si le contrat le permet. Toute intervention dans la borne ou au tableau électrique relève d’un professionnel qualifié.
Au bout de combien de temps la supervision signale-t-elle une borne hors ligne ?
Cela dépend des réglages de votre parc. L’Open Charge Alliance suggère un « ping » WebSocket toutes les 50 à 600 secondes et un Heartbeat dont l’intervalle va généralement de 15 minutes à 24 heures, avec un conseil de 15 minutes ou 1 heure. S’y ajoute la règle d’alerte propre à la supervision. Demandez ces valeurs, puis mesurez le délai réel pendant l’essai.


