Une bonne formation du conducteur à sa voiture électrique de fonction le rend autonome dès sa prochaine mission : recharger au bureau, chez lui et sur une borne publique, lire un prix, réagir à une panne, appliquer les règles de l’entreprise. Elle se fait sur son véhicule, à partir d’un trajet réel, et se valide par une mise en situation.
Vous saurez construire une prise en main en cinq temps, faire réaliser un premier cycle de recharge, expliquer kW et kWh par un calcul simple, apprendre au conducteur à trier un incident sans toucher à l’installation électrique, et vérifier ses acquis.
Ce que doit couvrir la formation d’un conducteur à sa voiture électrique de fonction
Une remise de clés utile couvre cinq sujets : la mission, la recharge privée, la recharge publique, les incidents et les règles internes.
Chaque temps se valide par un geste observable :
| Temps | Objectif | Vérification |
|---|---|---|
| 1. Préparer une mission habituelle | Estimer l’énergie nécessaire et repérer les arrêts possibles | Il trace son trajet et nomme deux stations de repli |
| 2. Recharger sur le site ou à domicile | Brancher, lancer, arrêter, ranger le câble | Il réalise un cycle complet seul, badge compris |
| 3. Recharger sur une borne publique | Identifier la prise, lire le prix, choisir le moyen de paiement | Il explique le tarif affiché avant de brancher |
| 4. Réagir à un incident | Distinguer paiement, borne et véhicule | Il cite le bon interlocuteur pour trois pannes types |
| 5. Appliquer les règles internes | Frais, carte de recharge, données du véhicule | Il sait où trouver la charte et qui appeler |
Faites la séance sur le véhicule attribué : la trappe de recharge, les menus et les réglages changent d’un modèle à l’autre.
Partir d’une mission réelle plutôt que d’un cours théorique
Demandez au conducteur de préparer un déplacement qu’il fait vraiment, avec la réserve d’énergie qu’il veut garder à l’arrivée et les arrêts possibles.
Deux unités à ne plus confondre
Le kilowatt (kW) mesure une puissance, c’est-à-dire un débit : c’est ce qu’affiche une borne. Le kilowattheure (kWh) mesure une quantité d’énergie : c’est ce que stocke la batterie et ce que facture le fournisseur. Notre guide pour comprendre kW, kWh et ampères détaille ces notions.
Prenons une voiture à laquelle il faut ajouter 30 kWh pour la mission du lendemain. Au Tarif Bleu d’EDF en vigueur depuis le 1ᵉʳ août 2026, option Heures creuses, 30 kWh prélevés en heures creuses coûtent 30 × 0,1589 = 4,77 € TTC, contre 30 × 0,2142 = 6,43 € en heures pleines, abonnement et pertes non compris. Sur une borne qui délivre 7,4 kW, ces 30 kWh demandent au moins 30 ÷ 7,4, soit environ 4 heures, pertes non comprises.
Ce que le conducteur doit savoir retrouver
Faites enregistrer dans son téléphone la notice du modèle, le numéro d’assistance et le contact interne. Notre guide des applications de recharge complète la préparation des itinéraires.
Recharger au bureau, à domicile ou sur le réseau public
Chaque lieu de recharge a ses règles d’accès et de paiement.
Au bureau
L’accès passe par un badge ou une application. Selon le Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS), jusqu’au 31 décembre 2027, l’usage privé d’une borne mise à disposition sur le lieu de travail est un avantage en nature négligé, électricité comprise. Présentez la charte : durée d’occupation, priorités, départ en fin de charge.
À domicile
Si l’entreprise a financé une borne chez le salarié, montrez la programmation. Avec l’option Heures creuses du Tarif Bleu, les 8 heures creuses sont fixées par Enedis, qui déplace progressivement depuis le 1ᵉʳ novembre 2025 les plages des clients équipés d’un compteur Linky : le conducteur revérifie sa programmation à chaque avis de changement. La prise domestique reste un dépannage : dans son étude sur les pertes de recharge, menée sur cinq voitures, l’ADAC a mesuré 12,7 à 24,2 % de pertes sur prise domestique, contre 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW.
Sur le réseau public
Fin août 2026, la France comptait 200 926 points de recharge ouverts au public, selon le baromètre de l’Avere-France. En France, l’aménageur d’une infrastructure ouverte au public doit permettre la recharge à l’acte et, si elle est supervisée, l’accès en itinérance, c’est-à-dire avec les badges et applications d’autres opérateurs. Vérifiez avec lui, dans l’application liée à sa carte, les réseaux où elle fonctionne.
Faire réaliser un premier cycle de recharge complet
Le conducteur branche lui-même, du repérage de la borne au rangement du câble ; vous observez sans faire à sa place. Déroulez les étapes dans cet ordre :
- Garer la voiture pour que le câble atteigne la trappe sans être tendu.
- Identifier le point : en Europe, les points publics en courant alternatif comportent en règle générale une prise ou un connecteur de type 2, et les points en courant continu (recharge rapide) des connecteurs Combo 2.
- Vérifier le câble : depuis le 14 avril 2025, les points publics en courant continu doivent avoir un câble fixe ; en courant alternatif, le point peut n’offrir qu’une prise, d’où le câble de type 2 rangé dans le coffre.
- Lire le prix, puis s’identifier : badge, application ou paiement à l’acte.
- Brancher et confirmer le démarrage sur la borne et au tableau de bord.
- Arrêter la session, déverrouiller, débrancher, ranger le câble et libérer la place.
Lire le prix avant de brancher
Le règlement européen AFIR (UE) 2023/1804 encadre l’affichage aux points publics. À 50 kW et plus, pour les points déployés depuis le 13 avril 2024, le prix à l’acte se fonde sur le kWh, avec d’éventuels frais d’occupation à la minute, affichés à la station. Sous 50 kW, les informations de prix sont données à la station avant le démarrage, dans cet ordre : prix par kWh, par minute, par session, puis autres éléments.
Pour une flotte partagée, notre guide sur la gestion des câbles et badges complète cette étape.
La voiture charge à sa propre puissance, pas à celle de la borne
La puissance affichée par une borne est un maximum : la voiture ne prend que ce qu’elle peut accepter. Le guide pratique d’Enedis le rappelle : sur une borne plus puissante, elle recharge à son propre maximum, et une recharge facturée au temps fait payer un service qu’elle ne peut pas obtenir.
Prenons une voiture dont le chargeur embarqué, l’organe qui convertit le courant alternatif du réseau pour la batterie, accepte 11 kW. Sur une borne de 22 kW, elle charge au plus à 11 kW : pour 33 kWh, comptez au moins 33 ÷ 11 = 3 heures, pas 1 h 30. La valeur exacte figure dans la notice du modèle.
Le froid et le préconditionnement
Le préconditionnement amène la batterie à bonne température avant une recharge rapide ; selon le modèle, il se déclenche par la navigation ou par une commande dédiée. Les mesures de l’ADAC en recharge rapide, sur quatre voitures, montrent son intérêt :
- 1 à 4 % de pertes après un trajet avec préconditionnement à 23 °C ;
- 1 à 6 % avec préconditionnement à 0 °C ;
- 6 à 10 % sans préconditionnement à 0 °C ;
- 2 à 8 % de pertes supplémentaires quand la batterie est chauffée à la borne.
Distinguer un problème de paiement, de borne ou de véhicule
Face à une recharge qui ne démarre pas, le conducteur trie avant d’appeler et ne cherche jamais à réparer.
| Symptôme | Origine probable | Premier geste | Interlocuteur |
|---|---|---|---|
| Badge refusé, paiement rejeté | Compte ou moyen de paiement | Essayer un autre moyen, dont le paiement à l’acte | Gestionnaire de flotte ou émetteur de la carte |
| Écran en erreur, borne éteinte, prise bloquée | Borne | Changer de point, signaler au numéro affiché | Exploitant de la borne |
| Alerte au tableau de bord, refus sur plusieurs bornes | Véhicule | Consulter la notice, ne pas insister | Assistance du constructeur ou du loueur |
| Câble abîmé ou chauffé | Équipement | Ne plus l’utiliser | Gestionnaire de flotte |
Le code du travail, aux articles R4544-9 et R4544-10, réserve les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage aux travailleurs habilités par leur employeur après une formation théorique et pratique. Un conducteur non habilité n’ouvre donc ni coffret ni borne et ne réarme aucune protection : il signale. Côté véhicule, les opérations sur le système électrique suivent la norme NF C18-550 de prévention du risque électrique : elles relèvent de l’atelier.
En France, un incident qui rend tout ou partie d’une infrastructure publique inutilisable plus de deux heures doit faire l’objet d’une information publique. Pour les trajets sans alternative proche, préparez une solution de secours pour le véhicule de service.
Expliquer les règles de l’entreprise : frais, avantage en nature et données
Répondez pendant la remise, documents à l’appui, aux questions sur le bulletin de paie et sur ce que la voiture enregistre.
Avantage en nature et électricité
Selon le BOSS, pour une voiture de fonction 100 % électrique mise à disposition entre le 1ᵉʳ février 2025 et le 31 décembre 2027 et qui respecte l’éco-score minimum, l’avantage en nature est évalué sans les frais d’électricité payés par l’employeur. Il est ensuite réduit de 70 % dans la limite de 4 641,60 € par an en évaluation forfaitaire, ou de 50 % dans la limite de 2 026,30 € au réel (valeurs au 1ᵉʳ janvier 2026). Le service paie confirme le mode retenu.
Données du véhicule et charte
Si la voiture est géolocalisée, chaque salarié doit en être informé individuellement, selon la CNIL : finalités, durée de conservation, droits. Selon elle, le dispositif ne sert ni à contrôler la vitesse ni à suivre le conducteur hors de son temps de travail, et le salarié doit pouvoir désactiver la collecte en dehors de ce temps. Une charte qui impose des obligations générales et permanentes de discipline suit les mêmes règles que le règlement intérieur ; notre guide pour rédiger une charte de recharge détaille ce point.
Valider les acquis par une mise en situation
La séance se termine quand le conducteur a fait seul ce qu’il devra faire seul. Scénario type : trouver une autre station que celle prévue et décrire ce qu’il ferait si la recharge ne démarrait pas.
Avant de lui confier une mission isolée, vérifiez qu’il sait :
- réaliser un cycle complet sur la borne du site, badge compris ;
- reconnaître le type de prise et la puissance d’un point public ;
- lire un tarif affiché et dire comment la session sera facturée ;
- activer le préconditionnement avant une recharge rapide, si le modèle le propose ;
- nommer l’interlocuteur pour une panne de paiement, de borne ou de véhicule ;
- dire ce qu’il ne fera jamais : ouvrir une borne, réarmer une protection, utiliser un câble abîmé.
Prévoyez un point après quelques missions, car certaines difficultés n’apparaissent qu’à l’usage, comme celle du véhicule de remplacement : son association automatique au compte de l’entreprise n’est pas acquise, mais, à un point public qui la propose, AFIR laisse toujours à l’utilisateur le droit de refuser l’authentification automatique et de payer à l’acte. Notre guide sur le véhicule de remplacement détaille la marche à suivre.
Ce que le gestionnaire de flotte prépare avant la remise des clés
Avant la séance, vérifiez que tout est prêt et testé : badge du site activé et essayé sur une borne ; carte ou application de recharge publique ouverte au nom du conducteur, avec la liste des réseaux acceptés ; câble de type 2 en bon état dans le coffre ; notice numérique, numéro d’assistance et contact interne réunis sur une fiche ; charte et règles de frais remises par écrit.
Si le conducteur rechargera chez lui, l’installation se prépare en amont. Au-delà de 3,7 kW dans un logement, la pose d’une borne relève d’un professionnel titulaire d’une qualification IRVE, selon l’article D353‑2 du code de l’énergie. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France avec visite technique et devis détaillé. Décrivez votre besoin dans une demande de devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
Notre guide pour électrifier une flotte replace cette prise en main dans le déploiement.
L’essentiel à retenir
- La formation se fait sur le véhicule attribué, à partir d’une mission réelle, et se valide par une mise en situation.
- Le kW est un débit, le kWh une quantité ; la voiture ne charge jamais plus vite que ce qu’elle accepte.
- Aux points publics, le prix se lit avant de brancher, et le paiement à l’acte reste possible sans abonnement.
- En hiver, le préconditionnement avant une recharge rapide limite les pertes mesurées par l’ADAC.
- Le conducteur trie paiement, borne et véhicule, et n’intervient jamais sur une installation électrique.
Questions fréquentes
Qui peut animer la formation conducteur à la voiture électrique de fonction ?
Le gestionnaire de flotte ou un référent qui connaît le modèle, à condition de faire la séance sur le véhicule réellement attribué. Associez le service paie ou les ressources humaines pour l’avantage en nature, les frais et l’information sur la géolocalisation. Pour la borne du site, l’installateur ou l’exploitant peut présenter l’accès par badge et les consignes d’usage ; toute intervention sur l’installation reste réservée à des professionnels habilités.
Faut-il un câble pour recharger sur une borne publique ?
Pas toujours. Depuis le 14 avril 2025, les points publics en courant continu, ceux de la recharge rapide, doivent avoir un câble fixe. En courant alternatif, le point peut n’offrir qu’un socle de prise de type 2 : le conducteur branche alors le câble de type 2 rangé dans le coffre. Vérifiez à la remise des clés qu’il est présent, en bon état, et que le conducteur sait l’utiliser.
Peut-on payer une recharge publique sans abonnement ?
Oui. Le règlement européen AFIR oblige les exploitants de points ouverts au public à permettre la recharge à l’acte. Sur les points déployés depuis le 13 avril 2024, le paiement passe par un lecteur de carte, un dispositif sans contact ou, sous 50 kW, un moyen en ligne sécurisé comme un code QR. Ces exigences ne s’appliquent pas lorsque la recharge est gratuite.
La recharge de la voiture de fonction au bureau est-elle un avantage en nature ?
Non, jusqu’au 31 décembre 2027. Selon le BOSS, l’usage d’une borne mise à disposition sur le lieu de travail à des fins non professionnelles est un avantage négligé, électricité comprise. Pour une voiture de fonction 100 % électrique utilisée à titre professionnel et privé, l’employeur peut aussi prendre en charge toute l’électricité sans la réintégrer dans l’assiette des cotisations jusqu’à cette date.
Pourquoi ma voiture électrique charge-t-elle moins vite que la puissance de la borne ?
Parce que la voiture ne prend que la puissance qu’elle peut accepter. Enedis le rappelle : sur une borne plus puissante que sa capacité, elle recharge à son propre maximum. En hiver, une batterie froide augmente aussi les pertes de la recharge rapide : l’ADAC a mesuré 6 à 10 % de pertes à 0 °C sans préconditionnement, contre 1 à 6 % avec.
Que faire si la recharge ne démarre pas sur une borne publique ?
Commencez par identifier l’origine : paiement, borne ou véhicule. Essayez un autre moyen de paiement, puis un autre point, et signalez la panne au numéro affiché sur la borne. Si le tableau de bord affiche une alerte, consultez la notice et appelez l’assistance. N’ouvrez jamais la borne ni son coffret : ces opérations sont réservées à des travailleurs habilités.


