En concession, la recharge sert trois usages qui ne se ressemblent pas : préparer les véhicules de démonstration avant un essai, restituer à l’heure les voitures de l’atelier et accueillir les visiteurs. Séparez-les par des zones, des droits d’accès et des priorités écrites, sinon l’usage le plus visible occupe les points dont les autres ont besoin.
Vous saurez ensuite décrire les besoins de chaque service, calculer l’énergie à prévoir avant un essai, reconnaître les points ouverts au public, fixer qui arbitre les conflits et préparer une demande de devis précise.
Recharge en concession : démonstration, atelier et visiteurs n’ont pas les mêmes contraintes
Chaque usage a sa propre échéance : l’heure d’un essai, la restitution d’un véhicule client, la durée d’une visite. Le tableau ci-dessous sert de point de départ pour décrire votre site.
| Usage | Qui branche | Échéance à tenir | Accès | Information à suivre |
|---|---|---|---|---|
| Démonstration | Vendeur ou préparateur | Heure de l’essai réservé | Personnel autorisé | Énergie disponible avant le rendez-vous |
| Atelier | Réceptionnaire ou technicien | Restitution prévue au dossier | Personnel autorisé | Niveau de charge à l’entrée et à la sortie |
| Stock et livraisons | Préparateur | Date de mise à disposition | Personnel autorisé | État du véhicule et échéance |
| Visiteurs | Le client lui-même | Durée de la visite | Clients, souvent tout public | Conditions d’accès, de prix et de durée |
| Personnel | Le salarié | Journée de travail | Salariés autorisés | Règles de la charte interne |
La séparation peut être physique (zones, marquage, barrière) ou organisationnelle (plages horaires, badges par groupe). Elle devient indispensable dès que deux usages partagent un point : un vendeur qui débranche la voiture d’un client pour préparer un essai crée un litige, pas un gain de temps.
Véhicules de démonstration : partir de l’agenda des essais
La recharge d’un véhicule de démonstration se planifie à partir de l’heure de l’essai, pas de la place libre : la voiture doit atteindre le niveau fixé par votre consigne interne avant l’arrivée du client.
Calculer le temps nécessaire entre deux essais
Rappel : le kilowatt (kW) mesure une puissance, donc un débit ; le kilowattheure (kWh), une quantité d’énergie. Prenons un exemple, à adapter à vos modèles. Une voiture consomme 17 kWh aux 100 km et parcourt 30 km pendant l’essai : elle utilise 17 × 0,30 = 5,1 kWh. Le réseau doit en fournir un peu plus, car une partie se perd pendant la recharge : l’ADAC a mesuré en 2026 de 5,1 à 7,0 % de pertes sur cinq voitures rechargées à une borne de 11 kW.
Avec 7 % de marge, comptez 5,1 × 1,07 ≈ 5,5 kWh, soit environ 30 minutes à 11 kW et 47 minutes à 7 kW. Si la voiture accepte moins, c’est elle qui fixe la durée.
Stock et livraisons : la recharge qui peut attendre
Les véhicules en stock ou en attente de livraison peuvent se recharger la nuit sur les points de la démonstration, si une règle dit qui libère la place le matin et à quel niveau chaque véhicule doit être laissé.
Atelier : recharger selon le dossier du client
À l’atelier, la recharge suit l’ordre de réparation : le client attend son véhicule à une heure donnée. La règle la plus utile tient en une ligne du dossier : niveau relevé à la réception, niveau visé à la restitution.
Relevez ce niveau devant le client, comme le kilométrage, et précisez si la recharge fait partie de la prestation. Notre guide pour organiser les recharges des véhicules clients au garage détaille ces étapes.
Deux sujets de sécurité à ne pas confondre
Le premier concerne les véhicules. La norme NF C18-550, publiée par l’AFNOR en 2015, traite de la prévention du risque électrique lors des opérations sur les véhicules ayant une source d’énergie électrique embarquée, batteries comprises, de la fabrication à la maintenance et au dépannage.
Le second concerne l’installation fixe. Selon le code du travail, les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage sont réservées aux travailleurs habilités par leur employeur. Un technicien de l’atelier n’ouvre donc pas un coffret de borne et ne réarme pas une protection sans habilitation ; la maintenance des bornes relève d’un professionnel qualifié.
Visiteurs : une borne réservée aux clients reste « ouverte au public »
Un point de recharge accessible aux clients de la concession est en principe ouvert au public. Selon le règlement européen AFIR (UE) 2023/1804, un point situé sur une propriété privée accessible au public l’est même si l’accès se limite à des clients. Une cour d’atelier réservée au personnel autorisé ne l’est pas.
Ce que ce statut impose
Plusieurs exigences s’appliquent alors au point visiteurs :
- depuis le 14 octobre 2024, il doit être connecté, c’est-à-dire surveillé et commandé à distance en temps réel ;
- s’il a été construit après le 13 avril 2024 ou rénové après le 14 octobre 2024, il doit permettre la recharge intelligente, qui adapte l’intensité selon les informations reçues ;
- si la recharge est payante, le client doit pouvoir payer à l’acte, sans abonnement ; pour un point déployé depuis le 13 avril 2024 : lecteur de carte, sans contact ou, sous 50 kW, paiement en ligne sécurisé comme un code QR ;
- sous 50 kW, les prix (par kWh, par minute, par session) sont indiqués avant la recharge ;
- en France, l’aménageur publie la localisation et les caractéristiques de ses points et rend public tout incident de plus de deux heures, sous peine d’une amende administrative d’au plus 300 euros par point.
Gratuit ou payant
La gratuité dispense des exigences de paiement, pas de la connexion. Si vous facturez, décidez-le avant la commande, car le moyen de paiement se choisit avec la borne. Pour l’accueil lui-même, voyez comment prévoir l’accès d’un visiteur en voiture électrique.
Quelle puissance prévoir pour chaque zone ?
Choisissez la puissance d’après ce que vos modèles acceptent et le temps disponible, pas d’après la plus forte valeur du catalogue.
Selon Enedis, une voiture branchée sur une borne qui délivre plus de kW qu’elle ne peut en accepter recharge à son propre maximum. Une borne de 22 kW ne recharge donc pas plus vite un modèle limité à 11 kW en courant alternatif (AC). Relevez dans la documentation du constructeur la puissance acceptée en AC et en courant continu (DC) par chaque version que vous vendez.
La démonstration, l’atelier et le stock se satisfont souvent de recharge normale en AC, avec un pilotage dynamique qui répartit la puissance disponible entre les points. Un point DC se justifie si votre agenda impose des recharges courtes et répétées.
Côté installateur, la pose exige une entreprise qualifiée (code de l’énergie, article D353‑2). Dans l’annuaire QUALIFELEC, la qualification IRVE compte trois indices : jusqu’à 36 kVA, au-delà de 36 kVA, et courant continu. Vérifiez que ceux de l’entreprise correspondent à votre projet.
Combien de points la loi impose-t-elle sur le parking d’une concession ?
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, un bâtiment non résidentiel dont le parking compte plus de 20 places doit disposer d’au moins un point de recharge, sur un emplacement accessible aux personnes à mobilité réduite, puis d’un point par tranche de 20 places supplémentaires (code de la construction et de l’habitation, article L113‑13). Pour 60 places : un point, plus deux pour les 40 places au-delà des 20 premières.
Les points supplémentaires peuvent être limités si les travaux en amont du tableau général basse tension (TGBT) coûtent plus que ceux réalisés en aval ; le premier reste dû. L’obligation ne vise pas les parkings des bâtiments à la fois possédés et occupés par une PME au sens européen : moins de 250 personnes, et un chiffre d’affaires d’au plus 50 millions d’euros ou un total de bilan d’au plus 43 millions.
Pour une concession neuve ou une rénovation importante incluant le parking ou l’installation électrique, au-delà de 10 places, une place sur cinq au moins est prééquipée (conduits et alimentation prêts à recevoir une borne) et une place accessible aux personnes à mobilité réduite est équipée (article L113‑12) ; en rénovation, l’exigence tombe si le coût de la recharge et du raccordement dépasse 7 % du coût total de la rénovation. La directive européenne 2024/1275, plus exigeante, n’était pas transposée au 23 septembre 2026 (voir le prééquipement des parkings).
Priorités et supervision : qui arbitre quand tout le monde veut la même borne ?
Désignez un arbitre par plage horaire et écrivez les règles avant la mise en service : un essai programmé ne doit pas dépendre du départ imprévu d’un véhicule client.
Une grille simple suffit souvent :
- l’échéance la plus proche passe d’abord, qu’il s’agisse d’un essai réservé ou d’une restitution promise ;
- un véhicule d’atelier dont le client est annoncé passe avant une démonstration non réservée ;
- le stock et les livraisons se rechargent la nuit ou aux heures calmes de l’activité ;
- les visiteurs gardent leur zone, qui n’est jamais réaffectée aux besoins internes.
La supervision OCPP rend ces règles applicables. OCPP (Open Charge Point Protocol) est le protocole ouvert qui relie les bornes au logiciel de gestion ; ses versions publiées sont 1.6, 2.0.1 et 2.1. Demandez la version prise en charge et les fonctions disponibles : badges par service, plages horaires, alertes, historique. Notre guide sur la supervision de bornes de recharge aide à choisir droits et indicateurs.
Les badges et historiques rattachés à une personne sont des données personnelles : le RGPD impose de les limiter au nécessaire et de ne pas les conserver au-delà de ce qu’exige leur finalité.
Tester une journée chargée avant d’étendre l’installation
Avant d’ajouter des points, rejouez sur le papier votre journée la plus dense : samedi d’essais, retours d’atelier, portes ouvertes. Fixez des hypothèses explicites (essais, véhicules électriques à l’atelier, visiteurs) et vérifiez que chaque échéance du tableau est tenue.
Comptez aussi les déplacements de véhicules faits pour libérer un point et le temps passé par l’accueil à expliquer la borne : ils signalent une organisation à revoir.
Reprenons l’exemple de la démonstration : avec environ 30 minutes de recharge à 11 kW après chaque essai, un seul point peut servir deux véhicules si leurs retours sont espacés d’au moins 30 minutes. Sinon, l’un attend : c’est ce conflit que le test doit révéler.
Si les bornes sont supervisées, appuyez-vous sur les données : taux d’occupation, sessions réussies par tranche horaire, énergie moyenne et durée moyenne par session. La réglementation française retient ces indicateurs pour suivre l’usage des points ouverts au public. Si la saturation ne touche qu’une plage horaire, essayez une règle de priorité avant de commander une nouvelle borne. Le guide pour électrifier une flotte automobile aide à raisonner par missions.
Préparer votre projet : la liste de contrôle
Rassemblez ces éléments avant la visite technique :
- plan du site avec les zones démonstration, atelier, stock et visiteurs, et le nombre de places de chaque parking ;
- liste des modèles électriques vendus et entretenus, avec leur puissance acceptée en AC et en DC ;
- agenda type des essais et volume de véhicules électriques à l’atelier ;
- puissance souscrite et emplacement du TGBT ;
- choix gratuit ou payant pour les visiteurs, et mode d’accès (badge, application, paiement) ;
- personne qui administrera les droits dans la supervision.
Prévoyez les étapes obligatoires : étude de conception électrique à partir de 50 places, puis, selon le code du travail, vérification des installations électriques par un organisme accrédité à la mise en service ou après une modification de structure, et vérifications périodiques, en principe annuelles. À la réception, inscrivez les défauts visibles en réserves : notre guide pour construire un procès-verbal de réception utile détaille la méthode.
Ne comptez pas sur ADVENIR : les primes destinées aux professionnels des services de l’automobile ont disparu au 1ᵉʳ janvier 2026. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France : visite technique, devis détaillé, supervision OCPP. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet, via la demande de devis professionnel.
L’essentiel à retenir
- En concession, démonstration, atelier et visiteurs se séparent par des zones, des droits d’accès et des priorités écrites.
- Les véhicules de démonstration se rechargent d’après l’heure de l’essai, calcul d’énergie à l’appui.
- À l’atelier, notez le niveau de charge à la réception et le niveau visé à la restitution.
- Un point accessible aux clients est ouvert au public au sens du règlement AFIR : connexion obligatoire, paiement à l’acte s’il est payant.
- Au-delà de 20 places, le parking d’un bâtiment non résidentiel compte au moins un point, puis un par tranche de 20 places supplémentaires, sauf exceptions.
- Les primes ADVENIR des professionnels de l’automobile ont disparu au 1ᵉʳ janvier 2026.
Questions fréquentes
Faut-il des points de recharge séparés en concession pour la démonstration, l’atelier et les visiteurs ?
Pas forcément pour la démonstration et l’atelier : ils peuvent partager des points réservés au personnel, à condition qu’une grille de priorités écrite les départage. Les visiteurs gagnent en revanche à disposer de leurs propres points. Accessibles aux clients, ceux-ci sont ouverts au public au sens du règlement AFIR, avec des obligations de connexion et, s’ils sont payants, de paiement à l’acte, qui ne pèsent pas sur une zone réservée au personnel.
Faut-il une étude électrique avant d’équiper le parking d’une concession ?
Oui, si le parking compte au moins 50 places : l’article D353‑2 du code de l’énergie rend alors obligatoire une étude de conception électrique. Elle est confiée à un professionnel qualifié pour les études et la conception des infrastructures de recharge. Si les bornes se raccordent à l’installation existante, l’étude vérifie que celle-ci convient aux équipements prévus, chiffre les travaux éventuels et comprend un schéma électrique. En dessous de 50 places, la visite technique doit examiner les mêmes points.
Une concession peut-elle encore obtenir une prime ADVENIR pour ses bornes ?
Non, plus depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. ADVENIR a annoncé le 3 novembre 2025 la disparition, à cette date, des primes « Flottes et salariés » et « Parking privé ouvert au public » destinées aux professionnels des services de l’automobile, dont les garages et les concessions. Aucune nouvelle demande ne peut être déposée pour ces primes : construisez votre budget sans cette aide.
Les salariés d’une concession peuvent-ils recharger leur voiture personnelle sur place ?
Oui, si vous le permettez. Selon le BOSS, jusqu’au 31 décembre 2027, l’avantage en nature résultant de l’usage non professionnel d’une borne mise à disposition sur le lieu de travail est évalué à zéro, électricité comprise, y compris pour les véhicules personnels. Fixez les règles dans une charte : plages autorisées, durée, priorité des véhicules de démonstration et d’atelier. Le traitement après 2027 n’est pas encore fixé.
Faut-il faire payer la recharge aux visiteurs d’une concession ?
Non, rien ne l’impose : vous pouvez l’offrir. Si vous la facturez, le client doit pouvoir payer à l’acte, sans abonnement ; sur un point ouvert au public déployé depuis le 13 avril 2024, il paie par carte, sans contact ou, sous 50 kW, par un moyen en ligne sécurisé comme un code QR. La gratuité dispense de ces exigences de paiement, pas de la connexion du point. Décidez-le avant la commande, car le terminal se choisit avec la borne.
Un mécanicien peut-il intervenir sur une borne de l’atelier ?
Non, pas sans l’habilitation adaptée. Le code du travail réserve les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage aux travailleurs habilités par l’employeur, et la maintenance des bornes d’une concession relève de professionnels titulaires d’une qualification pour cette activité. La norme NF C18-550 porte, elle, sur les opérations sur les véhicules. En cas de défaut de borne, appelez le mainteneur.


