Une démonstration de logiciel de supervision de bornes de recharge est utile quand elle rejoue, sur un site fictif, les opérations que votre équipe fera chaque mois : ajouter un conducteur, révoquer un badge, traiter une borne hors ligne, exporter les sessions, sortir du contrat.
Vous saurez préparer un jeu de données sans information personnelle, choisir les scénarios qui départagent les offres, vérifier la compatibilité avec vos bornes, lire un export de sessions et faire écrire dans l’offre les conditions de sortie.
Ce que doit faire une supervision, et quand elle est obligatoire
La supervision est le logiciel qui surveille et commande les bornes à distance. Elle dialogue avec elles par OCPP (Open Charge Point Protocol), que l’Open Charge Alliance (OCA), qui le publie, définit comme le protocole ouvert entre les bornes et les systèmes qui les gèrent ; la spécification appelle ce logiciel CSMS.
Pour une infrastructure ouverte au public, elle n’est pas facultative. L’article 11 du décret n° 2017-26 relatif aux infrastructures de recharge impose à l’opérateur un système de supervision qui échange des données avec chaque point, suit leur état en temps réel et enregistre notamment l’énergie délivrée. Seul l’aménageur d’une station unique de 36 kVA au plus et de 5 points au plus, non intégrée à un réseau, y échappe ; il doit tout de même s’assurer du fonctionnement permanent de ses points.
Un parking de bureaux réservé aux employés n’est pas ouvert au public au sens du règlement européen AFIR : la supervision y sert l’exploitation (droits, pannes, refacturation). Pour une prime ADVENIR, seules les supervisions référencées par le programme peuvent figurer dans la demande.
Préparer un site fictif et des rôles, sans données personnelles
Arrivez avec un site imaginaire plutôt qu’avec l’export de votre annuaire : par exemple quatre bornes de deux marques, huit points de charge, des salariés et des visiteurs, une dizaine de sessions inventées. Ajoutez deux cas gênants, un badge perdu et une borne muette depuis la veille. La CNIL rappelle le principe de minimisation : les données personnelles doivent être limitées à ce qui est nécessaire à la finalité. Un faux nom et un faux badge suffisent.
Trois profils à faire jouer
Demandez à voir l’écran de chacun de ces profils :
- l’administrateur, qui paramètre le parc, les tarifs et les droits ;
- le responsable de site, qui traite les pannes et les badges de son parking ;
- le conducteur, qui ne doit voir que ses propres sessions.
Pour chaque profil, tentez une modification qu’il ne devrait pas pouvoir faire. Le guide de sécurité de la CNIL recommande le moindre privilège, un identifiant par personne, aucun compte partagé, le retrait des droits au départ d’une personne et une revue des habilitations au moins annuelle. Si l’outil permet de suivre l’activité des salariés, le code du travail impose de les en informer avant toute collecte (article L1222-4) et de consulter le CSE au préalable (article L2312-38).
Les scénarios à faire jouer pendant la démonstration du logiciel de supervision
Demandez à l’éditeur de dérouler en direct sept opérations complètes. Un scénario joué dans l’outil montre le nombre d’écrans, les confirmations demandées et le moment où il faut appeler l’assistance.
| Scénario | Ce qu’il faut observer | Question à poser |
|---|---|---|
| Ajouter un conducteur et son badge | Droits attribués, délai avant que le badge fonctionne | Le badge est-il transmis aux bornes ou vérifié à chaque session ? |
| Révoquer un badge perdu | Qui agit, avec quelle confirmation, quelle trace | Que se passe-t-il sur une borne hors ligne ? |
| Traiter une borne hors ligne | Alerte, heure du dernier contact, statut de chaque prise | Au bout de combien de temps l’alerte part-elle ? |
| Agir à distance | Redémarrage, déverrouillage d’un câble bloqué, journaux de diagnostic | Quelles commandes le responsable de site peut-il lancer ? |
| Limiter la puissance d’un groupe de bornes | Où la limite est calculée, retour à la normale | Quelle limite s’applique si la connexion tombe ? |
| Exporter un mois de sessions | Unités, identifiants, fuseau horaire, format | Le fichier s’exploite-t-il sans retraitement ? |
| Préparer la sortie du contrat | Données récupérables, délai, aide à la bascule | Qu’est-ce qui est écrit dans le contrat ? |
Pour chaque ligne, notez « démontré », « annoncé » ou « non disponible » : une fonction montrée à l’écran et une fonction prévue « dans la prochaine version » ne s’additionnent pas. Jouez les mêmes scénarios chez chaque éditeur, dans le même ordre, pour comparer des résultats et non des impressions.
Borne hors ligne : distinguer panne de communication et panne de recharge
Une borne « hors ligne » a perdu le contact avec sa supervision ; elle ne s’est pas forcément arrêtée de charger. Selon le livre blanc de l’OCA sur la disponibilité des bornes, les recharges en cours se poursuivent, la borne garde leurs messages, arrêt compris, et les transmet au retour de la connexion. Démarrer une nouvelle session peut en revanche devenir impossible.
La supervision détecte le silence grâce au message Heartbeat, dont l’intervalle va généralement de 15 minutes à 24 heures ; l’OCA conseille 15 minutes ou une heure. Faites aussi afficher le statut de chaque prise : Unavailable ou Faulted peuvent signaler une indisponibilité, mais toutes les pannes n’y apparaissent pas : une erreur d’autorisation, par exemple. Le guide borne hors ligne : panne réseau ou panne de recharge détaille le diagnostic.
Le cas du badge révoqué
Hors ligne, une borne peut accepter des badges grâce à son cache d’autorisation, qui présume valide un badge accepté la dernière fois, ou grâce à une liste locale tenue à jour depuis la supervision, fonction optionnelle absente de certaines bornes. Un badge révoqué peut donc encore ouvrir une session sur une borne coupée du réseau. Un autre réglage fait accepter n’importe quel badge hors ligne ; les sessions des badges inconnus ne pourront alors pas être facturées. Demandez les réglages appliqués par défaut.
Vérifier la compatibilité OCPP avec vos propres bornes
La mention « compatible OCPP » ne prouve pas que votre modèle fonctionnera avec ce logiciel. Trois versions coexistent, 1.6 (2015), 2.0.1 (2020) et 2.1 (2025), et OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec 1.6.
Selon la procédure de certification de l’OCA (version 3.6.2 du 3 juillet 2026), un fabricant peut implémenter OCPP sans être certifié, mais il ne peut pas se déclarer conforme sans l’être. Le certificat vise le produit testé : version d’OCPP, profils, version du micrologiciel (le logiciel interne de la borne). Une nouvelle version de micrologiciel n’est plus couverte tant qu’elle n’a pas été recertifiée ; les certificats figurent dans l’annuaire public de l’OCA.
Pour OCPP 2.0.1, le programme de certification de l’Open Charge Alliance n’impose que le profil Core ; Smart Charging, Advanced Security et ISO 15118 sont optionnels. En OCPP 1.6, la procédure actuelle rend le Smart Charging obligatoire pour certifier une supervision, mais pas une borne.
Lors de l’essai sur site, faites raccorder une borne de chaque modèle, avec la version de micrologiciel installée chez vous. Avant une migration, l’OCA demande de tester chaque modèle sur la nouvelle supervision ; le test de compatibilité OCPP n’est superflu que si borne et supervision sont toutes deux certifiées. Le guide borne annoncée OCPP : les preuves à demander explique comment lire un certificat.
Pilotage de la puissance : faire montrer où se prend la décision
Si plusieurs bornes se partagent une puissance limitée, demandez où le calcul est fait : dans la supervision, qui envoie des profils de charge par OCPP, ou dans un contrôleur installé sur le site. Le programme ADVENIR admet les deux organisations.
La différence apparaît quand la liaison internet tombe : un calcul fait à distance ne peut plus réagir à ce qui se passe dans le bâtiment. Faites expliquer quelle limite la borne applique alors, puis vérifiez-le lors de l’essai sur site en simulant une coupure de la liaison avec l’installateur. Selon l’OCA, la recharge intelligente ne fait pas partie du profil de base d’OCPP : une borne peut être certifiée sans savoir appliquer de profils de charge.
Pour les points ouverts au public, AFIR impose que ceux construits après le 13 avril 2024 ou rénovés après le 14 octobre 2024 permettent la recharge intelligente. Pour aller plus loin, lisez les guides supervision et délestage et superviser et piloter ses bornes de recharge.
Exports de sessions : examiner le fichier avec la personne qui l’utilisera
Un export se juge ouvert dans le tableur de la personne qui refacture ou suit les coûts. Demandez un mois de sessions fictives et vérifiez :
- l’énergie en kWh, distincte de la durée ;
- l’identifiant du point de charge, pas seulement celui de la borne ;
- les heures de début et de fin, avec le fuseau horaire ;
- un format lisible par machine, aux colonnes stables d’un mois sur l’autre.
Faites préciser ce que recouvre une session. En OCPP 1.6, la transaction commence quand le véhicule est branché et l’autorisation accordée ; OCPP 2.0.1 permet de la faire commencer dès le branchement du câble et finir au débranchement. Une voiture branchée toute la nuit n’affichera donc pas la même durée selon le réglage, pour la même énergie.
Pour refacturer des salariés, faites confirmer par l’éditeur et par votre conseil les exigences sur la mesure des kWh. Le guide refacturer l’électricité de la recharge en entreprise expose les règles.
Sortie de contrat et coût complet : ce qu’il faut faire écrire
Le départ d’un éditeur se prépare le jour où on le choisit. L’OCA constate que, sans coopération de l’ancien opérateur, toutes les données des bornes ne peuvent pas être migrées : le nouveau doit ressaisir chaque borne. Elle recommande une clause de coopération et un séquestre des informations de reconfiguration réseau. Faites reprendre dans l’offre :
- les données exportables (bornes, badges, utilisateurs, sessions) et leur format ;
- la façon dont chaque modèle se reconnecte à une autre supervision ;
- le sort des cartes SIM, rattachées au compte de l’opérateur : transfert à sa demande, sinon remplacement sur site ;
- le préavis, l’assistance à la bascule et les frais éventuels.
Le règlement européen sur les données (Data Act) encadre le changement de fournisseur des services de traitement de données, logiciels à la demande compris : préavis de deux mois au plus, transition de 30 jours au plus sauf impossibilité technique justifiée, liste exhaustive des données exportables. Les frais de changement seront interdits à compter du 12 janvier 2027 ; d’ici là, ils sont limités aux coûts directement liés au changement. Que votre supervision relève de cette catégorie reste à faire confirmer.
Pour le coût, comparez le total sur la durée du contrat : abonnement par borne ou par point, mise en service, connectivité, assistance, options, évolution si le parc grandit. Demandez aussi la technologie du modem : selon l’Arcep, la 2G s’éteint en métropole entre fin septembre et fin décembre 2026 selon les opérateurs, la 3G entre 2028 et fin 2029, et un équipement incompatible 4G ou 5G devra être remplacé. Le guide changer de superviseur de bornes décrit la bascule.
Après la démonstration : compte rendu, essai sur site et devis
Rédigez le compte rendu le jour même : il servira de base de réception et de suivi. Vérifiez qu’il contient :
- la grille des scénarios, notée ligne par ligne ;
- les modèles de bornes et versions de micrologiciel testés ou à tester ;
- les réponses sur le fonctionnement hors ligne et le pilotage, confirmées par écrit ;
- un export exemple validé par son futur utilisateur ;
- la définition de la disponibilité, que l’OCA recommande de calculer par point de charge plutôt que par site ;
- les points ouverts, avec la personne qui doit répondre.
L’essai sur site touche aussi l’installation : puissance disponible, état du tableau, cheminement des câbles et réception mobile se vérifient lors d’une visite technique, par un professionnel qualifié. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France et installe des bornes avec supervision OCPP, présentée sur la page supervision de bornes de recharge. Décrivez votre parking dans la demande de devis professionnel ; la visite technique précède le devis détaillé. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- Une démonstration utile rejoue vos opérations réelles sur un site fictif, sans données personnelles de salariés.
- Chaque fonction se note « démontré », « annoncé » ou « non disponible », avec les mêmes scénarios chez chaque éditeur.
- « Compatible OCPP » ne suffit pas : demandez le certificat de l’OCA et testez chaque modèle de borne avec sa version de micrologiciel.
- Hors ligne, les recharges en cours continuent, mais un badge révoqué peut encore être accepté ; faites montrer les réglages.
- Les conditions de sortie, la coopération en cas de migration et le sort des cartes SIM s’écrivent dans le contrat.
Questions fréquentes
Comment préparer la démonstration d’un logiciel de supervision de bornes de recharge ?
Préparez un site fictif : quelques bornes de deux marques, deux catégories d’utilisateurs et une dizaine de sessions inventées, sans donnée réelle de salarié. Listez les scénarios à dérouler en direct, comme révoquer un badge, traiter une borne hors ligne ou exporter un mois de sessions. Venez avec la personne qui gère le parking et celle qui exploite les exports, puis notez chaque fonction comme démontrée, annoncée ou non disponible.
Une borne compatible OCPP fonctionne-t-elle avec toutes les supervisions ?
Non, pas automatiquement. « Compatible » ne veut pas dire « certifié » : selon l’Open Charge Alliance, un fabricant ne peut se déclarer conforme OCPP qu’après certification, et le certificat vaut pour un modèle, des profils et une version de micrologiciel précis. Consultez l’annuaire des certificats de l’OCA, puis faites tester chaque modèle de borne sur la supervision envisagée ; ce test est indispensable dès que l’un des deux produits n’est pas certifié.
Quelle version d’OCPP exiger pour de nouvelles bornes ?
Aucune version n’est imposée par le droit européen : le règlement AFIR ne désigne à ce jour aucun protocole entre la borne et sa supervision. Le programme ADVENIR exige OCPP 1.6 ou supérieur pour les bornes communicantes qu’il référence. OCPP 2.0.1, approuvé comme norme internationale CEI 63584 en 2024, n’est pas rétrocompatible avec 1.6 : vérifiez surtout que la supervision gère la version de chacune de vos bornes.
Un badge supprimé dans la supervision est-il bloqué tout de suite ?
Pas forcément. Le délai dépend du modèle de borne, de sa configuration et de sa connexion au moment de la révocation. Sur une borne hors ligne, le cache d’autorisation peut encore accepter le badge, présumé valide s’il a été accepté la dernière fois. Faites donc montrer la procédure de révocation, la trace laissée dans l’historique et les réglages hors ligne appliqués à chacun de vos modèles.
La supervision est-elle obligatoire pour les bornes d’un parking d’entreprise ?
Non, pas au titre des règles sur les bornes publiques. L’article 11 du décret n° 2017-26 impose une supervision aux infrastructures ouvertes au public, et le règlement AFIR exclut de cette catégorie les parkings de bureaux accessibles aux seuls employés. Pour une prime ADVENIR, en revanche, seule une supervision référencée par le programme peut figurer dans la demande.
Peut-on changer de logiciel de supervision sans changer de bornes ?
Oui, c’est possible : l’OCA décrit plusieurs façons de reconnecter une borne OCPP à une nouvelle supervision, jusqu’à l’intervention d’un technicien sur site. La bascule se prépare : test de chaque modèle, migration par lots, coopération de l’ancien opérateur pour les données, transfert ou remplacement des cartes SIM rattachées à son compte. Prévoyez ces points dès la signature du contrat.


