Une borne hors ligne dans la supervision de recharge est une borne dont le logiciel de suivi ne reçoit plus les messages : c’est d’abord une perte de communication, pas forcément une panne de recharge. Selon l’Open Charge Alliance, les recharges déjà lancées continuent ; ce sont surtout les nouvelles autorisations qui peuvent échouer.
Vous saurez ensuite interpréter ce statut, recouper borne, sessions et réseau, puis décider qui doit intervenir : fournisseur de la connexion, éditeur de la supervision ou électricien qualifié. Vous saurez aussi quels réglages demander pour qu’une coupure gêne moins.
Que signifie « hors ligne » dans une supervision OCPP ?
« Hors ligne » veut dire que la supervision n’a pas reçu, dans le délai prévu, le signal de vie attendu de la borne. Le statut décrit la liaison entre les deux, pas l’état électrique de l’appareil.
En OCPP (Open Charge Point Protocol), le protocole ouvert que l’Open Charge Alliance (OCA) publie pour relier une borne au logiciel qui la gère, deux mécanismes vérifient qu’elle répond. Le « ping » WebSocket, court échange sur la connexion permanente, a selon l’OCA un intervalle suggéré de 50 à 600 secondes : trop long, il ne maintient pas une liaison mobile ; trop court, il augmente le coût des données. Le message Heartbeat, signal de vie dont la supervision fixe l’intervalle, est généralement réglé entre 15 minutes et 24 heures ; l’OCA conseille 15 minutes ou 1 heure.
Une borne peut donc rester muette un long moment avant d’apparaître hors ligne. Demandez à votre fournisseur quels intervalles sont configurés et quand son logiciel affiche le statut.
Ce statut de connexion est distinct de l’état des connecteurs, que la borne transmet elle-même (Available, Occupied, Unavailable ou Faulted en OCPP 2.0.1, par exemple). Hors ligne, le dernier état affiché peut être dépassé. Le guide du logiciel de supervision de bornes présente les autres écrans.
Une borne hors ligne continue-t-elle de recharger ?
Oui pour les recharges en cours, pas toujours pour les nouvelles. Le livre blanc de l’OCA sur le suivi de la disponibilité avec OCPP (version 1.3, septembre 2024) indique qu’une période hors ligne n’a aucun effet sur les transactions déjà commencées, mais qu’autoriser de nouvelles transactions peut être impossible.
Pendant la coupure, la borne garde les messages liés aux sessions, arrêt compris, et les transmet au retour de la connexion. Une tentative d’autorisation refusée ou un changement d’état survenu hors ligne ne remonte pas, sauf en OCPP 2.0.1 si la variable QueueAllMessages est activée.
Un conducteur refusé pendant la coupure ne laisse donc, en principe, aucune trace dans la supervision : sa réclamation est le seul indice de l’échec. Une session démarrée juste avant apparaîtra plus tard, parfois d’un bloc avec son arrêt. La bonne question n’est donc pas « la borne est-elle hors ligne ? » mais « un conducteur autorisé peut-il démarrer une recharge maintenant ? ».
Badges et nouvelles sessions : ce que la configuration hors ligne autorise
Ce qu’une borne accepte hors ligne dépend de trois réglages OCPP, choisis par l’exploitant et disponibles ou non selon le modèle.
| Mécanisme | Ce qu’il permet hors ligne | Limite à connaître |
|---|---|---|
| Cache d’autorisation | Accepter les badges récemment utilisés et acceptés la dernière fois | Un badge révoqué depuis peut encore passer |
| Liste d’autorisation locale | Accepter les badges d’une liste blanche tenue à jour depuis la supervision | Fonction optionnelle, absente de certaines bornes |
| Acceptation des badges inconnus | Accepter n’importe quel badge | Sessions des badges inconnus impossibles à facturer |
Avec une durée de cache d’une semaine ou d’un mois, note l’OCA, les habitués peuvent recharger normalement pendant une coupure. La liste locale est versionnée : numérotée, pour que la supervision sache quelle version la borne détient. Les sessions hors ligne de ces badges connus restent facturables.
Le troisième réglage s’appelle AllowOfflineTxForUnknownId en OCPP 1.6 et AuthCtrlr.OfflineTxForUnknownIdEnabled en OCPP 2.0.1. Selon l’OCA, le risque de sessions non facturées peut être acceptable sur des bornes en courant alternatif, mais il est souvent jugé trop élevé sur les bornes rapides en courant continu, beaucoup plus chères. Enfin, un badge désactivé peut encore passer sur une borne hors ligne qui l’a en cache : la procédure de révocation d’un badge perdu doit en tenir compte.
Panne réseau ou panne de recharge : les dix causes à distinguer
L’OCA classe les causes d’indisponibilité en dix catégories, dont deux seulement relèvent de la communication : la perte de la liaison de données et la supervision hors service. Les huit autres touchent la recharge elle-même, et plusieurs surviennent alors que la borne communique normalement : défaut du réseau électrique, dommage physique, sécurité électrique (différentiel déclenché, surintensité), lecteur de badges RFID défaillant, échec du dialogue avec le véhicule, erreur d’autorisation, électronique de puissance et verrouillage du connecteur.
Deux cas trompent facilement. Une erreur d’autorisation n’apparaît pas dans l’état transmis par la borne : affichée Available, elle peut refuser des badges valides. Et l’OCA cite une borne de 150 kW qui ne délivre que 15 kW, perçue comme en panne alors que la cause peut être une batterie presque pleine ou froide.
| Ce que vous constatez | Piste à vérifier d’abord | Interlocuteur |
|---|---|---|
| Plusieurs bornes d’un site hors ligne, recharges qui aboutissent | Liaison commune : box, routeur, antenne, forfait | Fournisseur de la connexion |
| Tous les sites du parc muets au même moment | Supervision hors service | Éditeur de la supervision |
| Une seule borne hors ligne, écran éteint | Alimentation ou protection électrique | Électricien qualifié |
| Borne en ligne et disponible, badges refusés | Erreur d’autorisation : liste, contrat, itinérance | Exploitant ou opérateur de mobilité |
| Recharge lente sur une borne rapide | Batterie presque pleine ou froide | Conducteur, puis exploitant si cela se répète |
Recouper l’état local, les sessions et le réseau avant d’intervenir
Avant de déplacer un technicien, croisez trois sources : ce qu’on voit sur place, l’historique des sessions et l’état de la liaison. Aucune ne suffit seule.
Sur place, une personne autorisée observe l’afficheur et les voyants selon la notice du fabricant, sans ouvrir l’équipement, puis présente un badge connu. Si la borne est éteinte ou si une protection du tableau semble déclenchée, le constat s’arrête là : la suite revient à un électricien qualifié.
Pour chaque incident, notez :
- l’heure de la dernière communication affichée ;
- les points concernés, et si d’autres bornes ou sites ont décroché au même moment ;
- l’état visible : écran, voyants, message d’erreur ;
- le résultat de l’essai avec un badge connu ;
- les réclamations, en distinguant échec de charge et simple absence d’historique ;
- les travaux, coupures de courant, changements de box ou de forfait récents.
Ce que l’exploitant peut faire à distance
Aucune commande n’arrive tant que la borne reste hors ligne, car elles passent par la même liaison. Dès son retour, l’OCA cite notamment le redémarrage (Reset), le déverrouillage d’un connecteur bloqué (UnlockConnector), la demande d’envoi d’un message (TriggerMessage) et la récupération des journaux de diagnostic.
Un éventuel redémarrage se programme selon une procédure validée, hors session en cours. Ne coupez jamais l’alimentation pour « relancer » une borne : le tableau et la ligne relèvent d’un professionnel qualifié.
Bornes en 4G : vérifier la couverture et l’arrêt de la 2G et de la 3G
Une borne reliée par modem cellulaire dépend du réseau mobile à son emplacement exact, et un modem ancien peut perdre la liaison pour de bon à l’arrêt des réseaux 2G et 3G.
Selon l’Arcep (page mise à jour le 10 septembre 2026), en France métropolitaine, l’arrêt de la 2G se généralise de fin septembre à fin décembre 2026 chez Orange, dont Free Mobile suit le calendrier. SFR le prévoit le 15 novembre 2026. Bouygues Telecom commence le 15 novembre 2026 à Brest, Guipavas, Nancy et Vandœuvre-lès-Nancy, puis généralise du 1ᵉʳ au 15 décembre 2026. La 3G s’arrêtera en 2028 chez Orange, fin 2028 chez SFR et fin 2029 chez Bouygues Telecom ; ce calendrier peut encore évoluer.
Les équipements compatibles ni avec la 4G, ni avec la 5G, ni avec une technologie alternative devront avoir été remplacés. Si une borne décroche à ces dates sans changement sur le site, demandez la technologie de son modem.
Les cartes « Mon réseau mobile » de l’Arcep sont des simulations des opérateurs, dont l’Arcep vérifie la fiabilité avec un seuil imposé de 98 %. En sous-sol, seule une mesure à l’emplacement de la borne fait foi. Le guide sur le choix entre Wi-Fi et réseau cellulaire détaille cette préparation.
Après le retour en ligne : contrôler les sessions et mesurer l’indisponibilité
Une borne revenue en ligne ne clôt pas l’incident : il reste à vérifier les sessions transmises après coup et à mesurer ce que les conducteurs ont subi.
Chaque session doit apparaître une seule fois, avec début, arrêt et énergie. Repérez les sessions de badges inconnus acceptées hors ligne : elles ne pourront pas être facturées. Un test de reprise après coupure réseau vérifie ce comportement avant un incident réel.
L’OCA définit l’indisponibilité comme la part du temps pendant laquelle un client légitime ne peut pas recharger, rapportée au temps normal d’ouverture, et recommande de la calculer par point de charge plutôt que par borne ou par site. Un point indisponible 3 jours sur 30 l’est à 10 %, soit 90 % de disponibilité.
Exemple : un point ouvert en continu sur un mois de 30 jours, soit 720 heures, reste hors ligne 6 heures. Si tous les conducteurs ont rechargé grâce au cache, ces heures ne sont pas de l’indisponibilité au sens de l’OCA ; si tous ont été refusés, elles pèsent 6 ÷ 720 = 0,83 %, soit 99,17 % de disponibilité. Le livre blanc ne fixe aucun seuil : l’engagement éventuel figure dans votre contrat, et le guide sur les exclusions d’un engagement de disponibilité aide à le lire.
Bornes ouvertes au public : ce que la réglementation exige de la supervision
Pour une infrastructure ouverte au public, la supervision est en principe obligatoire : un point muet pose aussi une question de conformité.
En France, l'article 11 du décret n° 2017-26 impose que l’infrastructure soit exploitée par un opérateur utilisant un système de supervision qui échange des données avec chaque point de recharge et suit leur état en temps réel. Seul l’aménageur d’une station unique de 36 kVA au plus et de 5 points au plus, non intégrée à un réseau, en est dispensé ; il doit alors s’assurer par tout moyen adéquat du fonctionnement permanent de ses points.
Le règlement européen AFIR exige depuis le 14 octobre 2024 que tout point ouvert au public soit « connecté », c’est-à-dire notamment surveillé et contrôlé à distance. Ses données dynamiques, dont le statut opérationnel et la disponibilité, doivent être mises à jour au plus tard une minute après un changement selon le règlement d’exécution (UE) 2025/655.
Attention au périmètre : un parking d’entreprise réservé aux salariés n’est pas « ouvert au public » au sens d’AFIR ; le suivi des incidents y relève de vos contrats.
Préparer le traitement des incidents avec votre installateur et votre opérateur
Les réglages hors ligne se décident à la mise en service, pas pendant la panne. Avant de signer ou à la prochaine revue du contrat, faites préciser par écrit :
- les intervalles de ping et de Heartbeat, et le délai avant alerte ;
- l’activation du cache et de la liste locale, leur durée et leur contenu ;
- l’acceptation hors ligne des badges inconnus, et sur quelles bornes ;
- la technologie de chaque modem et le compte auquel sont rattachées les cartes SIM ;
- qui reçoit l’alerte, qui redémarre, qui se déplace, et dans quel délai contractuel ;
- le contrôle des sessions transmises après une coupure, avant facturation.
Le guide des alertes utiles pour exploiter un parc aide à décider qui est prévenu, et quand. Notre page sur la supervision de bornes de recharge présente l’étude d’exploitation et la supervision OCPP que nous proposons ; pour un site d’entreprise, demandez un devis professionnel : visite technique, puis devis détaillé, avec des interventions partout en France. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- « Hors ligne » signifie que la supervision ne reçoit plus les messages de la borne, pas qu’elle ne recharge plus.
- Selon l’OCA, les recharges en cours continuent et leurs données remontent au retour de la liaison ; les refus d’autorisation hors ligne, en général, ne remontent pas.
- Ce qu’une borne accepte hors ligne dépend du cache, de la liste locale et du réglage des badges inconnus : faites-les documenter.
- Plusieurs bornes muettes ensemble orientent vers la liaison ; une borne éteinte, vers l’alimentation, à confier à un électricien qualifié.
- Mesurez l’indisponibilité par point de charge et vérifiez les modems 2G ou 3G avant les arrêts annoncés par l’Arcep.
Questions fréquentes
Pourquoi une borne affichée disponible refuse-t-elle mon badge ?
Parce que l’état transmis par la borne ne signale pas les erreurs d’autorisation, selon l’Open Charge Alliance. Une borne en ligne, affichée disponible, peut donc refuser un badge valide : erreur dans la liste locale, échec de l’itinérance entre l’exploitant et le fournisseur du badge, ou échec du démarrage par application. Notez l’heure et le numéro du point, puis signalez-le à l’exploitant : sans réclamation, l’incident peut passer inaperçu.
Pourquoi ma borne apparaît-elle hors ligne alors qu’elle recharge ?
Parce que le statut décrit la communication avec la supervision, pas la recharge. La cause peut être la box ou le routeur du site, la couverture mobile, le modem, la carte SIM ou la supervision elle-même. Si plusieurs bornes du même site décrochent ensemble, la liaison commune est la première piste. Faites vérifier par votre fournisseur avant de programmer un déplacement.
Les recharges faites pendant une coupure réseau sont-elles facturées ?
Oui pour les badges connus : les sessions acceptées hors ligne grâce au cache d’autorisation ou à la liste locale sont conservées et restent facturables selon l’OCA. Non pour les badges inconnus acceptés par le réglage dédié, dont les sessions ne peuvent pas être facturées. Après le retour en ligne, contrôlez aussi l’absence de doublons dans l’historique.
Un badge désactivé peut-il encore fonctionner sur une borne hors ligne ?
Oui, c’est possible. Une borne hors ligne ne reçoit pas la désactivation et peut accepter le badge d’après son cache d’autorisation, qui garde le résultat des badges récemment utilisés. Le risque dure tant que la borne n’a pas retrouvé la liaison. Votre procédure de révocation doit donc vérifier que toutes les bornes concernées sont en ligne.
Faut-il redémarrer une borne qui apparaît hors ligne ?
Pas à distance : une borne hors ligne ne reçoit plus les commandes de la supervision. Une fois la liaison revenue, l’exploitant peut envoyer la commande de redémarrage, selon une procédure validée et hors session en cours. Ne coupez pas l’alimentation vous-même : tout ce qui touche au tableau ou à la ligne électrique relève d’un professionnel qualifié.
L’arrêt de la 2G peut-il mettre une borne de recharge hors ligne ?
Oui, si son modem n’est compatible qu’avec la 2G. Selon l’Arcep, l’arrêt de la 2G en métropole s’étale de fin septembre à fin décembre 2026 chez Orange et Free Mobile, le 15 novembre 2026 chez SFR, et jusqu’au 15 décembre 2026 chez Bouygues Telecom. La 3G suivra entre 2028 et fin 2029 chez Orange, SFR et Bouygues Telecom. Demandez la technologie de chaque modem.


