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Guide pratique · 11 min de lecture

OCPI et OCPP : distinguer itinérance et pilotage de borne

OCPP relie la borne à sa supervision, OCPI relie opérateurs et fournisseurs de badges : rôles, versions, obligations et preuves à demander avant de signer.

Supports de formation distinguant OCPP et OCPI.
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  • Supervision OCPP
  • Aides ADVENIR
Sommaire de l’article

La différence entre OCPI et OCPP tient aux interlocuteurs. OCPP fait dialoguer une borne avec son logiciel de supervision : démarrage, arrêt, mesures, pannes. OCPI fait dialoguer les entreprises de la recharge entre elles, pour que le badge d’un fournisseur fonctionne sur les bornes d’un autre opérateur : c’est l’itinérance.

Après cette lecture, vous saurez situer chaque protocole dans le parcours d’une recharge, dire lequel concerne votre parking, lire une offre qui les mentionne et demander les preuves qui distinguent une compatibilité réelle d’un simple logo.

OCPP : le langage entre la borne et sa supervision

OCPP (Open Charge Point Protocol) sert à surveiller et piloter une borne à distance. L'Open Charge Alliance, qui publie le protocole, le définit comme le protocole de communication ouvert entre les bornes et les systèmes qui les gèrent ; la spécification appelle ce système CSMS, ce que l’on nomme en France la supervision.

La supervision est le logiciel de l’exploitant. Par OCPP, elle reçoit l’état de chaque prise, autorise ou refuse un badge, enregistre l’énergie de chaque session et peut agir à distance : redémarrer une borne, déverrouiller un connecteur bloqué, envoyer une mise à jour du firmware, c’est-à-dire du logiciel interne de la borne. Notre guide sur le logiciel de supervision de bornes détaille ces fonctions.

Trois versions coexistent : 1.6 (publiée en 2015), 2.0.1 (2020) et 2.1 (2025). Selon l’OCA, la 3ᵉ édition d’OCPP 2.0.1 a été approuvée comme norme internationale CEI (IEC 63584) en 2024, et la version 2.1 ajoute notamment la recharge bidirectionnelle. Attention, 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec 1.6, alors que la logique développée pour 2.0.1 reste compatible avec 2.1. Le guide OCPP 1.6, 2.0.1 et 2.1 : quel choix ? compare les versions.

OCPI : les échanges entre opérateurs et prestataires de mobilité

OCPI (Open Charge Point Interface) relie deux familles d’entreprises, et non une borne à un logiciel. Selon l'EVRoaming Foundation, qui publie OCPI, il connecte les prestataires de services de mobilité, qui ont les conducteurs pour clients, et les opérateurs de points de recharge, qui gèrent les bornes, en liaison directe ou via des plateformes d’itinérance. Il est libre d’utilisation.

Le droit français suit la même séparation. Le décret n° 2017-26 distingue l’opérateur d’infrastructure de recharge, qui exploite les bornes pour le compte d’un aménageur ou pour son propre compte, et l’opérateur de mobilité, prestataire qui vend l’accès à la recharge : celui qui fournit le badge ou l’application au conducteur.

La spécification OCPI est découpée en modules ; chaque connexion n’active que ceux convenus entre les deux parties. Les principaux :

  • Locations : les emplacements et les points de recharge ;
  • Tokens : les badges et autres moyens d’identification ;
  • Sessions et CDRs (Charge Detail Records, relevés détaillés de chaque session) ;
  • Tariffs : les tarifs ;
  • Commands et Charging Profiles : les commandes à distance et les profils de charge.

Au 23 septembre 2026, les versions actives sont 2.2.1 et 2.3.0 ; l’éditeur présente la seconde comme conforme aux exigences du règlement européen AFIR sur les points d’accès nationaux. La 2.1.1 n’est plus maintenue et une version 3.0 est en projet.

OCPI et OCPP : la différence résumée en un tableau

Sur une borne publique ouverte à l’itinérance, les deux protocoles fonctionnent en même temps, chacun sur son tronçon.

CritèreOCPPOCPI
ÉditeurOpen Charge AllianceEVRoaming Foundation
Qui communiqueLa borne et sa supervisionL’opérateur de recharge et le prestataire de mobilité, en direct ou via une plateforme
Ce qui circuleÉtats des prises, autorisations, mesures d’énergie, commandes, firmwareEmplacements, badges, sessions, relevés de session, tarifs
Versions actives1.6, 2.0.1 et 2.12.2.1 et 2.3.0
Statut2.0.1 (3ᵉ édition) approuvé comme norme IEC 635842.3.0 en cours de reconnaissance comme spécification technique du CENELEC
Question régléeCette supervision peut-elle gérer cette borne ?Ce badge peut-il être reconnu sur ce réseau ?
Hors de son champLes accords entre entreprisesLe dialogue direct avec la borne

Une borne compatible OCPP n’accepte donc pas, pour cette seule raison, tous les badges du marché : il faut que son opérateur soit raccordé aux prestataires concernés et qu’un accord existe. Côté conducteur, le guide OCPP et application mobile prolonge cette distinction.

Le parcours d’une recharge en itinérance, étape par étape

Suivre une session montre où chaque protocole intervient. Prenons l’exemple d’un conducteur qui présente le badge de son fournisseur sur une borne de parking de commerce exploitée par un autre opérateur.

  1. Le conducteur passe son badge sur le lecteur ; la borne transmet l’identifiant à la supervision de l’opérateur, par OCPP.
  2. La supervision cherche ce badge parmi ceux que le prestataire de mobilité lui a communiqués par le module Tokens d’OCPI.
  3. Si le badge est reconnu, la supervision autorise la borne, qui démarre la charge et renvoie ses mesures d’énergie, par OCPP.
  4. En fin de session, l’opérateur transmet au prestataire un relevé détaillé (CDR), par OCPI.
  5. Le prestataire facture le conducteur selon son offre.

AFIR, le règlement (UE) 2023/1804 sur les infrastructures pour carburants alternatifs, résume ce mécanisme : il définit l’itinérance comme le transfert de données et de paiements entre l’exploitant du point de recharge et le prestataire auprès duquel le conducteur achète sa recharge.

Et si la borne perd sa connexion ?

Hors ligne, une borne OCPP laisse les recharges en cours se poursuivre et garde leurs messages en mémoire, mais autoriser de nouvelles sessions peut devenir impossible. Selon l’OCA, un badge accepté récemment peut encore l’être grâce au cache d’autorisation. Un réglage permet aussi d’accepter n’importe quel badge hors ligne, mais les sessions des badges inconnus ne pourront pas être facturées. Demandez à l’opérateur comment il a configuré ce cas.

Ce que les protocoles ne règlent pas : accords, prix et paiement

Un protocole transporte des informations ; il ne crée ni contrat ni tarif. Deux entreprises peuvent toutes deux utiliser OCPI sans être raccordées l’une à l’autre, et un même badge peut être accepté sur un réseau et refusé sur le réseau voisin.

Le prix obéit à des règles distinctes. Selon AFIR, les prestataires de mobilité doivent indiquer avant la session tous les prix qui s’y appliquent, frais d’itinérance compris, sans supplément pour l’itinérance entre pays de l’Union. L’exploitant d’un point ouvert au public doit pratiquer des prix raisonnables, aisément comparables, transparents et non discriminatoires ; aux points de 50 kW ou plus déployés depuis le 13 avril 2024, son prix à l’acte se fonde sur le prix par kWh.

L’itinérance n’est pas non plus le seul accès. AFIR impose que chaque point ouvert au public permette une recharge à l’acte, sans inscription ni contrat préalable. Aux points déployés depuis le 13 avril 2024, un paiement électronique doit être accepté : lecteur de carte, sans contact ou, sous 50 kW seulement, paiement en ligne sécurisé comme un QR code. Ces règles ne visent pas les points gratuits.

Pour un exploitant, il y a donc trois chantiers séparés : le raccordement technique, les accords commerciaux et les moyens de paiement sur place.

Identifiants : ce que l’itinérance ajoute à chaque point de charge

L’itinérance exige que chaque point soit identifié de façon unique entre tous les acteurs. Selon le schéma national des données IRVE, l’identifiant d’itinérance d’un point commence par FR, suivi de trois caractères attribués par l’AFIREV, puis de la lettre E, par exemple FRA68E680210015.

Ces préfixes identifient les réseaux ouverts au public et les offres des fournisseurs de mobilité, et ne sont obligatoires que pour les réseaux en itinérance. Depuis la fusion de 2024 entre l’Avere-France et l’Afirev, c’est l’Avere-France qui les gère ; plus de 600 préfixes ont été attribués, pour une validité de 3 ans.

Conséquence pratique relevée par l’OCA : quand l’opérateur change, l’identifiant externe des points (EVSE ID) doit changer aussi pour l’itinérance. Les partenaires doivent recevoir les nouveaux identifiants, et les QR codes ou étiquettes collés sur les bornes être remplacés ou redirigés. Le guide changer de superviseur de bornes détaille cette migration.

Ce que la réglementation impose, et ce qu’elle n’impose pas

Le règlement européen AFIR ne désigne aujourd’hui ni OCPP ni OCPI. L’annexe II d’AFIR se borne à lister la communication entre borne et supervision, et celle entre exploitants, prestataires et plateformes d’itinérance, parmi les domaines où des spécifications techniques communes pourront être adoptées ; au 23 septembre 2026, aucun acte ne les a fixées.

En France, l’article 11 du décret n° 2017-26 relatif aux infrastructures de recharge impose qu’une infrastructure ouverte au public soit exploitée avec une supervision qui échange des données avec chaque point, suit leur état en temps réel et enregistre notamment l’énergie délivrée. Exception : l’aménageur d’une seule station de 5 points et 36 kVA au plus, non intégrée à un réseau, qui doit tout de même veiller au fonctionnement permanent de ses points. L’article L353‑4 du code de l’énergie demande en outre aux aménageurs de ces infrastructures de les rendre interopérables pour l’itinérance, selon des modalités fixées par décret.

Pour être référencées par le programme ADVENIR, les bornes communicantes doivent intégrer OCPP en version 1.6 ou supérieure. Et, selon AFIR, un parking de bureaux réservé aux salariés n’est pas « ouvert au public », contrairement au parking d’un supermarché réservé à ses clients.

Vérifier une offre : les preuves à demander au fournisseur

Un logo « OCPP » ou « compatible OCPI » ne prouve rien tant qu’il n’est pas relié à un produit, une version et un essai. Demandez des pièces précises.

Côté OCPP : un certificat, pas une mention

Selon la procédure de certification de l’OCA, un fabricant peut implémenter OCPP sans être certifié, mais il ne peut pas se déclarer conforme sans certification. Le certificat vise le produit réellement testé : version d’OCPP, profils certifiés, version de firmware. Il figure dans l’annuaire public de l’OCA, et une nouvelle version de firmware n’est plus couverte tant qu’elle n’a pas été recertifiée.

Posez une question à part sur le pilotage de puissance. Pour une borne, le profil Smart Charging reste optionnel, alors qu’il est obligatoire pour certifier une supervision en OCPP 1.6 : une borne certifiée n’est pas forcément pilotable. Le guide borne annoncée OCPP : les preuves à demander détaille la lecture d’un certificat.

Côté OCPI : une liste de contrôle

Pour l’itinérance, faites préciser par écrit :

  • la version d’OCPI utilisée et les modules réellement ouverts ;
  • les prestataires de mobilité et les plateformes déjà raccordés ;
  • l’identifiant d’itinérance de chaque point et le préfixe utilisé ;
  • qui traite un relevé de session contesté, et dans quel délai contractuel ;
  • un essai avec un badge réellement concerné, du démarrage au relevé transmis, puis avec un badge refusé.

Préparer votre projet : qui doit parler à qui ?

Le besoin dépend d’abord de qui utilisera les bornes : salariés, clients, visiteurs ou grand public.

SituationOCPP et supervisionOCPI et itinérance
Parking de bureaux réservé aux salariésUtile pour gérer badges, sessions et pilotage ; pas de supervision imposée par le décretSeulement si vous voulez accepter des badges de prestataires extérieurs
Parking de commerce ouvert aux clientsSupervision obligatoire, sauf petite station unique hors réseauInteropérabilité pour l’itinérance à organiser ; recharge à l’acte exigée par AFIR
Station en voirie ou réseau publicSupervision obligatoireInteropérabilité pour l’itinérance à organiser ; identifiants AFIREV pour un réseau en itinérance

Rassemblez ensuite le nombre de points, le plan des places, la puissance disponible, le mode de connexion envisagé et les contrats en cours. Faites écrire dans le contrat d’exploitation l’obligation de coopérer en cas de changement d’opérateur, comme le recommande l’OCA. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, réalise la visite technique et le devis détaillé et propose la supervision OCPP de vos bornes. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet, depuis la page devis professionnel ; pour une question, passez par la page contact.

L’essentiel à retenir

  • OCPP relie une borne à sa supervision ; OCPI relie les opérateurs de recharge aux prestataires de mobilité qui fournissent badges et applications.
  • Une borne compatible OCPP n’accepte pas pour autant tous les badges : l’itinérance suppose un raccordement OCPI, ou équivalent, et un accord commercial.
  • Ni AFIR ni le décret n° 2017-26 ne désignent de protocole ; ce décret impose une supervision aux bornes ouvertes au public, sauf petite station unique hors réseau.
  • Une conformité OCPP se prouve par un certificat de l’OCA qui vise un modèle et une version de firmware précis.
  • Pour l’itinérance, demandez la version d’OCPI, les modules ouverts, les partenaires raccordés et un essai avec un vrai badge.

Questions fréquentes

OCPI, OCPP : quelle différence entre les deux protocoles ?

OCPP relie une borne à son logiciel de supervision : autorisation des badges, démarrage, mesures d’énergie, commandes à distance. OCPI relie les entreprises entre elles : l’opérateur qui exploite les bornes et le prestataire de mobilité qui fournit le badge ou l’application au conducteur. Sur une borne publique en itinérance, les deux fonctionnent ensemble, chacun sur son tronçon, et aucun des deux ne fixe les accords commerciaux.

Une borne compatible OCPP accepte-t-elle tous les badges de recharge ?

Non. OCPP permet à la supervision de l’opérateur d’autoriser un badge qu’elle connaît. Pour reconnaître le badge d’un autre fournisseur, l’opérateur doit être raccordé à ce prestataire de mobilité, directement ou via une plateforme d’itinérance, par exemple par OCPI, et un accord doit exister entre eux. Le même badge peut donc fonctionner sur un réseau et être refusé sur le réseau voisin.

Faut-il OCPI pour les bornes d’un parking d’entreprise ?

Pas forcément. Un parking de bureaux réservé aux salariés n’est pas « ouvert au public » au sens du règlement européen AFIR, et la supervision peut y gérer les badges internes par OCPP. OCPI devient utile si vous voulez accepter les badges de prestataires de mobilité extérieurs. Un parking ouvert à la clientèle relève en revanche des règles des bornes ouvertes au public.

OCPP est-il obligatoire pour une borne de recharge ?

Non, pas de manière générale. Le règlement européen AFIR ne l’impose pas à ce jour : AFIR liste seulement la communication entre borne et supervision parmi les sujets de futures spécifications communes. En France, le décret n° 2017-26 impose une supervision aux bornes ouvertes au public, sauf petite station unique hors réseau, sans nommer de protocole. Le programme ADVENIR exige en revanche OCPP 1.6 ou supérieur pour référencer une borne communicante.

OCPP 2.0.1 est-il compatible avec OCPP 1.6 ?

Non. Selon l’Open Charge Alliance, OCPP 2.0.1 n’est pas rétrocompatible avec 1.6 : la gestion des transactions a été revue et un modèle de description des composants de la borne a été introduit. Une supervision doit donc gérer chaque version séparément. En revanche, la logique développée pour 2.0.1 reste compatible avec la version 2.1, publiée en 2025.

Changer d’opérateur modifie-t-il l’identifiant d’itinérance des bornes ?

Oui, pour l’itinérance. Selon l’Open Charge Alliance, l’identifiant externe des points de charge (EVSE ID) doit changer quand l’opérateur change. En France, cet identifiant commence par FR, suivi du préfixe de trois caractères attribué par l’AFIREV. Prévoyez la transmission des nouveaux identifiants aux partenaires et le remplacement ou la redirection des QR codes collés sur les bornes.

Relecture prévue par Anna Du Bois.
À valider avant de présenter cette relecture comme terminée.

Sources et lectures complémentaires

Documentation des organismes et fabricants pour approfondir le sujet. Pour une procédure propre à votre véhicule ou à votre borne, consultez la notice correspondant au modèle et à sa version.

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