La différence entre OCPP et une application mobile tient à leur rôle. OCPP est le protocole qui fait dialoguer une borne avec son logiciel de supervision ; l’application est l’écran par lequel un conducteur ou un gestionnaire utilise une partie des fonctions d’un service. Une application soignée ne prouve donc pas qu’une borne parle OCPP.
Après cette lecture, vous saurez situer la borne, la supervision et l’application, distinguer ce qui relève du protocole et du service, prévoir ce qui se passe quand l’application ne répond plus et préparer une démonstration qui départage deux offres.
Borne, supervision, application : trois éléments distincts
Une recharge connectée repose sur trois éléments qui ne se choisissent pas de la même façon. Les confondre revient à acheter un logo plutôt qu’une fonction :
- la borne délivre le courant, mesure l’énergie et exécute son firmware, c’est-à-dire le logiciel interne fourni par le fabricant ; c’est elle qui parle OCPP, ou non ;
- la supervision est le logiciel de l’exploitant, hébergé sur un serveur, que la spécification OCPP appelle CSMS (système de gestion des stations de recharge) ; elle reçoit l’état des bornes, accepte ou refuse les badges, enregistre les sessions et envoie des commandes ;
- l’application mobile est une interface : elle présente à un conducteur ou à un gestionnaire certaines fonctions d’un service, supervision ou service en ligne du fabricant, selon les droits de chacun.
La bonne question n’est donc pas « la borne a-t-elle une application ? », mais « avec quel logiciel dialogue-t-elle, et par quel protocole ? ». Selon l’Open Charge Alliance, une borne peut être reconfigurée pour dialoguer avec une autre supervision : le matériel reste le même, mais les écrans, les comptes et les fonctions changent avec le service. Notre guide sur le logiciel de supervision de bornes détaille ce que ce logiciel apporte à l’exploitant.
Ce que fait OCPP, et ce qu’il ne fait pas
OCPP (Open Charge Point Protocol) est un langage d’échange, pas un logiciel. L'Open Charge Alliance, qui publie le protocole, le définit comme le protocole de communication ouvert entre les bornes de recharge et les systèmes qui les gèrent.
OCPP transporte des messages dans les deux sens. La borne signale l’état de chacune de ses prises : en OCPP 2.0.1, Available, Occupied, Reserved, Unavailable ou Faulted. En sens inverse, tant que la borne est connectée, la supervision peut la redémarrer, déverrouiller un connecteur bloqué, récupérer ses journaux de diagnostic, changer sa disponibilité ou mettre à jour son firmware.
Trois versions coexistent : 1.6, publiée en 2015, 2.0.1 en 2020 et 2.1 en 2025. Selon l’OCA, la version 2.0.1, dans sa troisième édition, a été approuvée comme norme internationale CEI (IEC 63584) en 2024. Le choix entre elles est détaillé dans notre guide OCPP 1.6, 2.0.1 et 2.1.
Ce que le protocole ne fait pas compte autant. L’OCA le rappelle : OCPP n’est qu’un jeu de messages, qui aide à détecter les pannes sans en être responsable. Il ne fournit ni écran, ni compte utilisateur, ni contrat d’exploitation : tout cela relève du service qui l’entoure.
Ce que fait une application mobile de recharge
Une application mobile est la vitrine d’un service : elle montre à l’utilisateur ce que le logiciel qui se trouve derrière sait faire, dans la limite de ses droits, sans lien obligé avec OCPP. On en rencontre trois familles :
- l’application du fabricant de la borne, surtout à domicile : réglages, planification, partage entre membres du foyer, suivi des sessions ;
- l’application de l’exploitant ou de sa supervision, dans un parking d’entreprise : démarrage d’une session, historique, gestion des badges ;
- l’application d’un prestataire de services de mobilité, qui vend la recharge au conducteur sur des bornes exploitées par d’autres.
Cette troisième famille repose sur un autre protocole, OCPI (Open Charge Point Interface) : selon l’EVRoaming Foundation, qui le publie, il relie les prestataires de mobilité, qui ont les conducteurs pour clients, et les opérateurs de points de recharge. Notre guide OCPI et OCPP : distinguer itinérance et pilotage de borne détaille ce partage.
Le chemin technique entre le téléphone et la borne varie d’un produit à l’autre. Une application peut commander certains réglages en Bluetooth ou en Wi-Fi local et passer par un serveur pour l’historique ; une autre passe entièrement par la supervision. Seule la documentation le confirme : posez la question par écrit, car elle détermine ce qui fonctionne quand Internet est coupé.
OCPP et application mobile : la différence résumée en un tableau
Voici les deux couches comparées sur les critères utiles au choix.
| Critère | OCPP | Application mobile |
|---|---|---|
| Nature | Protocole de communication : un ensemble de messages | Logiciel installé sur un téléphone |
| Ce qu’il relie | La borne et sa supervision (CSMS) | L’utilisateur et un service : supervision, fabricant ou prestataire de mobilité |
| Qui le définit | L’Open Charge Alliance, standard ouvert | L’éditeur de l’application, sans norme commune |
| Comment le vérifier | Certificat de l’OCA, lié à un modèle et à une version de firmware | Démonstration sur votre matériel et documentation écrite |
| Visible par le conducteur | Non, les messages circulent en arrière-plan | Oui : écrans, notifications, historique |
| Au changement de prestataire | La borne peut être reconfigurée vers une autre supervision, après essais | Comptes, badges et historique à reprendre, avec la coopération de l’ancien opérateur |
Une borne peut parler OCPP avec une application sommaire ; une autre peut avoir une application soignée et ne dialoguer qu’avec le service de son fabricant. Pour un parking partagé, la première colonne conditionne votre liberté de changer d’exploitant.
Pourquoi une belle application ne prouve pas la compatibilité OCPP
Une interface fluide montre la qualité d’un logiciel, pas le protocole que parle la borne. La preuve est le certificat OCPP du modèle précis.
Selon la procédure de certification de l’OCA (version 3.6.2 du 3 juillet 2026), un fabricant peut implémenter OCPP sans participer au programme, mais il ne peut pas se déclarer conforme OCPP sans être certifié. Le certificat vaut pour le produit réellement testé : il mentionne la version d’OCPP, les profils certifiés et la version de firmware. Une nouvelle version de firmware n’est plus couverte tant qu’elle n’a pas été recertifiée. Tous les certificats sont publiés dans l’annuaire de l’OCA, l’OCPP Certification Directory.
Même certifiée, une borne n’offre pas forcément tout ce que l’application laisse espérer. Pour la certification OCPP 2.0.1, seul le profil « Core » est obligatoire ; le Smart Charging, qui permet à la supervision de moduler la puissance de charge, est optionnel, tout comme la liste d’autorisation locale et la réservation. Vérifiez donc les profils sur le certificat, pas sur la plaquette.
La mention « compatible OCPP » sur une fiche produit reste donc une déclaration à prouver. Notre guide borne annoncée OCPP : les preuves à demander au fournisseur liste les justificatifs à réclamer avant de signer.
Qui parle à qui quand vous lancez une recharge depuis l’application
Lorsque l’application est celle de la supervision, votre téléphone ne commande pas la borne directement : la demande passe par le serveur de l’exploitant, qui dialogue avec la borne en OCPP. Le parcours :
- vous choisissez la borne et la prise dans l’application, ou vous présentez votre badge au lecteur ;
- l’application transmet la demande au serveur de la supervision, par Internet ;
- la supervision vérifie vos droits, puis envoie l’ordre de démarrage à la borne par OCPP ;
- la borne met la prise sous tension et signale son nouvel état ;
- la supervision enregistre la session, que l’application affiche.
Chaque étape peut échouer séparément. L’OCA range l’échec d’un démarrage par application parmi les erreurs d’autorisation, que la borne ne signale pas dans l’état de sa prise : elle peut donc apparaître disponible alors que personne ne parvient à recharger avec l’application.
Avant d’appeler le dépannage, rebranchez le câble et refaites l’essai avec un badge. Si le badge fonctionne, l’incident vient probablement de l’application ou du compte ; sinon, signalez l’heure exacte et la prise concernée à l’exploitant.
Application indisponible ou borne hors ligne : ce qui continue de fonctionner
Une borne qui perd sa connexion n’interrompt pas les recharges en cours. Selon le livre blanc de l’OCA sur la disponibilité des bornes, une borne OCPP hors ligne laisse les sessions se poursuivre normalement et garde leurs messages en mémoire jusqu’au retour de la connexion.
Le risque concerne les nouvelles sessions : les autoriser peut devenir impossible. Deux mécanismes OCPP permettent d’accepter des badges hors ligne :
- le cache d’autorisation, qui garde le résultat des badges récemment utilisés : un badge accepté la dernière fois est présumé encore valide, ce qui permet aux habitués de recharger ;
- la liste d’autorisation locale, liste blanche tenue à jour depuis la supervision, fonction optionnelle qui n’existe pas sur toutes les bornes.
Les sessions faites hors ligne avec ces badges restent facturables. Un réglage permet aussi d’accepter n’importe quel badge hors ligne, mais les sessions des badges inconnus ne seront pas facturables ; selon l’OCA, ce risque peut être acceptable en courant alternatif, mais il est souvent jugé trop élevé sur les bornes rapides en courant continu, beaucoup plus chères.
Si l’application est le seul moyen de démarrer une recharge, une panne du service ou du réseau mobile bloque tous les utilisateurs, et celle d’un téléphone bloque son propriétaire. Prévoyez un badge par utilisateur régulier et demandez comment la borne est configurée hors ligne. Contrepartie : un badge retiré peut encore être accepté par une borne hors ligne qui l’a gardé en cache.
Changer de prestataire : ce qu’OCPP ne transfère pas
OCPP rend possible le changement de supervision, sans le rendre automatique : les comptes, les badges et l’historique restent dans l’ancien logiciel.
Le guide de migration des bornes publié par l’OCA décrit la méthode. Chaque modèle de borne, avec ses versions logicielles, doit être testé sur la nouvelle supervision avant toute migration à grande échelle, puis les bornes sont basculées par lots. Les cartes SIM des bornes en liaison cellulaire, rattachées au compte de l’ancien opérateur, doivent être transférées ou remplacées.
Il faut aussi reprendre la configuration des bornes, les listes blanches de badges et, si l’opérateur a des contrats directs avec les conducteurs, leurs comptes et historiques. Sans coopération de l’ancien opérateur, toutes les données des bornes ne peuvent pas être migrées. Les QR codes collés sur les bornes doivent être remplacés ou redirigés.
L’OCA recommande donc d’inscrire au contrat l’obligation de l’opérateur de coopérer en cas de migration et un séquestre des informations nécessaires à la reconfiguration réseau. Notre guide pour changer de superviseur de bornes reprend ces étapes.
Préparer votre choix : la démonstration et les questions à poser
Pour distinguer protocole et application, faites jouer un scénario complet sur votre matériel ou sur un modèle identique : créer un utilisateur, autoriser une session, consulter les kWh délivrés, puis retirer l’accès. Faites montrer chaque résultat côté conducteur et côté gestionnaire, puis ce qui reste possible borne déconnectée.
Avant de signer, obtenez une réponse écrite à chacun de ces points :
- le certificat OCPP du modèle (version, profils, firmware), à retrouver dans l’annuaire de l’OCA ;
- la version d’OCPP parlée par la borne et celle prise en charge par la supervision ;
- les fonctions de l’application qui passent par Internet et celles qui restent locales ;
- le comportement hors ligne : cache d’autorisation, liste locale, acceptation des badges inconnus ;
- le moyen d’accès de secours si l’application ne répond pas ;
- les conditions de sortie : export des données, coopération en cas de migration, sort des cartes SIM.
Notre guide pour préparer une démonstration utile d’un logiciel de supervision propose une grille. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, installe des bornes avec supervision OCPP après une visite technique et un devis détaillé. Pour une entreprise, décrivez votre parking dans la demande de devis professionnel ; pour une maison, passez par le devis particulier. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- OCPP est un protocole qui relie la borne à sa supervision ; l’application mobile est une interface qui donne accès à une partie des fonctions d’un service.
- Une application soignée ne prouve pas la compatibilité OCPP : seul le certificat de l’OCA, lié à un modèle et à une version de firmware, l’établit.
- Une borne certifiée OCPP 2.0.1 n’a pas forcément le Smart Charging ni la liste d’autorisation locale, qui sont optionnels.
- Hors ligne, les recharges en cours continuent ; pour les nouvelles, prévoyez un badge en plus de l’application.
- Changer de supervision est possible avec OCPP, mais comptes, badges et historique exigent la coopération de l’ancien opérateur : prévoyez-la au contrat.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre OCPP et une application mobile ?
OCPP est un protocole : un ensemble de messages, défini par l’Open Charge Alliance, qui relie une borne à son logiciel de supervision. L’application mobile est une interface qui montre au conducteur ou au gestionnaire une partie des fonctions d’un service. Le premier assure le dialogue technique en arrière-plan, la seconde organise l’usage au quotidien. La présence de l’une ne prouve pas celle de l’autre.
Peut-on limiter la puissance de charge depuis l’application ?
Oui, si la borne sait appliquer une consigne de puissance et si l’application donne accès à ce réglage. Avec une supervision OCPP, cette fonction s’appelle le Smart Charging : c’est un profil optionnel de la certification OCPP 2.0.1, et une borne certifiée peut donc ne pas l’avoir. Vérifiez qu’il figure sur le certificat du modèle, puis faites fixer une limite pendant une démonstration et observez la puissance relevée au cours d’une session.
Peut-on recharger quand l’application de recharge ne fonctionne plus ?
Oui, dans certains cas. Une recharge déjà lancée continue, même si la borne perd sa connexion. Pour une nouvelle session, tout dépend des autres moyens prévus : un badge récemment utilisé peut être accepté grâce au cache d’autorisation, ou par une liste locale si la borne la gère. Si l’application est le seul moyen d’accès, une panne bloque tout le monde : prévoyez des badges.
Une borne OCPP fonctionne-t-elle avec n’importe quelle application de recharge ?
Non. Une borne OCPP dialogue avec la supervision pour laquelle elle est configurée, et l’application utilisable est celle de ce service ou d’un partenaire relié à lui. Pour recharger avec l’application d’un autre fournisseur, les entreprises concernées doivent échanger leurs données, par exemple avec le protocole OCPI, qui relie opérateurs de bornes et prestataires de mobilité. OCPP seul ne crée pas cette itinérance.
Quelle version d’OCPP demander pour une nouvelle borne ?
Demandez la version effectivement certifiée pour le modèle, pas seulement celle annoncée. Trois versions coexistent : 1.6, 2.0.1 et 2.1, publiée en 2025. Le programme de certification de l’OCA couvre les versions 1.6 et 2.0.1, et la 2.0.1 a été approuvée comme norme IEC 63584 en 2024. Faites confirmer par écrit que la supervision prend en charge la version de la borne.
Comment vérifier qu’une borne est vraiment certifiée OCPP ?
Consultez l’OCPP Certification Directory, l’annuaire où l’Open Charge Alliance publie tous les certificats. Comparez le modèle, la version d’OCPP, les profils certifiés et la version de firmware avec ceux de la borne proposée. Une nouvelle version de firmware n’est plus couverte tant qu’elle n’a pas été recertifiée. La mention « compatible OCPP » d’une fiche produit ne remplace pas ce certificat.


