Pour proposer un service de recharge de voiture électrique au camping, prévoyez une zone dédiée, conçue par un installateur qualifié, plutôt que de laisser brancher les voitures sur l’alimentation des emplacements. Même réservée à vos clients, cette zone est en principe un point de recharge ouvert au public, soumis à des règles de paiement et d’information.
Vous saurez estimer les besoins d’une saison, placer la zone sur le terrain, choisir un paiement conforme, absorber les pics de puissance, annoncer les conditions et préparer le devis.
Pourquoi l’alimentation d’un emplacement ne suffit pas pour recharger une voiture
La borne d’emplacement a été prévue pour un hébergement de plein air, pas pour une voiture qui tire de la puissance pendant des heures. Seul un électricien qui connaît ce circuit peut dire ce qu’il supporte.
La réglementation tranche. L'article D353‑2 du code de l’énergie impose un installateur titulaire d’une qualification pour les points de recharge, sauf pour une infrastructure de 3,7 kW au plus installée dans une habitation privée, ou non accessible au public et non dédiée à la recharge. Un point destiné aux clients d’un camping n’entre dans aucun de ces cas. Sa maintenance relève elle aussi de professionnels qualifiés (article R125‑40 du code de la construction et de l’habitation).
Dans son étude publiée le 6 août 2026 sur cinq voitures, l'ADAC a mesuré les pertes de recharge : 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique, 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW. Les prises de camping n’ont pas été testées.
| Critère | Alimentation d’emplacement | Zone de recharge dédiée |
|---|---|---|
| Installation | Circuit existant, non vérifié pour la recharge | Installateur qualifié (article D353‑2) |
| Pertes mesurées par l’ADAC | Prise de camping non testée ; 12,7 à 24,2 % sur prise domestique | 5,1 à 7,0 % sur borne de 11 kW |
Estimer les besoins de recharge d’une saison au camping
Le besoin se déduit des séjours, pas du nombre d’emplacements : combien de voitures électriques arrivent, combien de temps elles restent garées et à quelle heure elles repartent. Aucune référence officielle ne fixe un nombre de bornes par emplacement.
Relevez dans votre logiciel de réservation, mois par mois :
- la durée des séjours et les jours d’arrivée ;
- les heures d’arrivée, souvent groupées en fin de journée, et les veilles de départ ;
- les excursions, qui vident le parking en journée et le remplissent le soir ;
- les véhicules de service du camping et d’éventuels visiteurs extérieurs.
Ajoutez au formulaire de réservation une question simple : « Venez-vous avec un véhicule électrique ? ».
Prenons une hypothèse de pointe : six voitures arrivent un samedi soir et doivent chacune récupérer 30 kWh. Sur une borne de 11 kW, une voiture qui accepte cette puissance met environ 2 h 45 (30 ÷ 11 = 2,7 h). Les six recharges demandent donc 16,4 heures de borne : deux points suffisent si les voitures se relaient toute la soirée, pas si chacun veut brancher en arrivant. Selon Enedis, une voiture qui accepte moins que la puissance de la borne recharge à son propre maximum, donc plus lentement.
Une borne réservée aux clients du camping est-elle ouverte au public ?
En principe, oui. Le règlement européen AFIR (UE) 2023/1804 considère comme ouvert au public un point situé sur une propriété privée ouverte au public, même si l’accès est limité à un groupe d’utilisateurs, par exemple des clients. Seuls les points réservés à un cercle restreint et déterminé de personnes, comme le parking de bureaux réservé aux salariés, y échappent.
Les exigences européennes
Pour un point ouvert au public, AFIR prévoit notamment :
- la recharge à l’acte, sans abonnement, sauf si la recharge est gratuite ;
- pour les points déployés depuis le 13 avril 2024, un paiement par lecteur de carte, par dispositif sans contact ou, sous 50 kW, par un dispositif en ligne sécurisé comme un code QR ;
- des prix raisonnables, transparents et non discriminatoires, communiqués à la borne avant la session sous 50 kW ;
- un point connecté, c’est-à-dire surveillé et commandé à distance, depuis le 14 octobre 2024 ;
- pour un point en courant alternatif installé ou rénové depuis le 8 janvier 2026, au minimum des prises ou connecteurs de type 2, sauf exception pour les points de 3,7 kW au plus.
Les obligations françaises
L’aménageur doit publier la localisation et les caractéristiques techniques de ses points sur le site prévu par l’article D1115-1 du code des transports. S’il dispose des données de disponibilité, il les met à la disposition des utilisateurs et informe le public de tout incident qui rend la borne inutilisable plus de deux heures. Chaque manquement expose à une amende administrative d’au plus 300 euros par point concerné (articles R353‑4‑2 à R353‑4‑6 du code de l’énergie).
Une borne supervisée doit en outre accepter les clients d’autres réseaux : c’est l’itinérance.
Situer la zone de recharge dans le plan du camping
Placez la zone là où une voiture arrive sans traverser les allées de vie : près de l’accueil ou du parking d’entrée plutôt qu’au fond du terrain.
Sur le plan, vérifiez avec l’installateur :
- la circulation des piétons, des vélos et des enfants, et le rayon de braquage des camping-cars et des attelages ;
- l’accès de nuit : barrière, badge, horaires de l’accueil ;
- l’éclairage, la signalétique et un câble qui ne traverse pas le passage des piétons ;
- la distance jusqu’au tableau d’alimentation, qui fixe la longueur de tranchée ;
- la visibilité depuis l’accueil.
Deux textes peuvent viser votre parking. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, l’article L113‑13 du code de la construction et de l’habitation impose au bâtiment non résidentiel dont le parc compte plus de 20 emplacements au moins un point de recharge sur une place dimensionnée pour les personnes à mobilité réduite, puis un par tranche de 20 places supplémentaires. Des exceptions existent, dont le parc d’un bâtiment possédé et occupé par une PME. Ensuite, pour créer une infrastructure de recharge dans un parc d’au moins 50 places, une étude de conception électrique par un professionnel qualifié est obligatoire (article D353‑2, III).
Gérer les pics de puissance avec les autres usages du site
La recharge risque de culminer quand le camping consomme déjà beaucoup : soirée d’été, sanitaires, restauration, emplacements occupés. Plutôt que de surdimensionner l’alimentation, faites étudier un pilotage.
Le pilotage dynamique de la charge ajuste en temps réel la puissance de chaque borne selon la consommation du site : quand les sanitaires chauffent l’eau, les voitures ralentissent, puis reprennent. L’installateur doit s’appuyer sur des relevés de pleine saison ; une mesure faite en avril ne ressemble pas à un soir d’août.
Le pilotage peut s’appuyer sur une supervision OCPP (Open Charge Point Protocol), le protocole ouvert qui relie les bornes à leur logiciel de gestion. Il existe en versions 1.6 (2015), 2.0.1 (2020) et 2.1 (2025) : demandez laquelle est proposée et quelles fonctions sont réellement couvertes. Voyez le choix entre OCPP 1.6, 2.0.1 et 2.1.
La puissance de la station détermine aussi l’indice de qualification à demander. QUALIFELEC décline la qualification IRVE en indice 1 pour une puissance maximale appelable de 36 kVA au plus, indice 2 au-delà, indice 3 pour le courant continu.
Fixer le prix et les règles d’occupation de la recharge
La recharge peut être gratuite, incluse dans le séjour, ou payante, au kWh, à la minute ou à la session. Voici ce qu’AFIR prévoit pour chaque mode.
| Mode | Ce qu’AFIR prévoit | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Gratuit | Ni recharge à l’acte ni moyen de paiement exigés | Le coût reste au camping ; une règle d’occupation devient indispensable |
| Au kWh | Sous 50 kW, prix communiqué à la borne avant la session, en tête des informations | Le client paie l’énergie reçue |
| À la minute | Sous 50 kW, prix communiqué avant la session ; à 50 kW et plus, prix au kWh et frais d’occupation à la minute possibles | Une voiture qui accepte peu de puissance paie autant pour moins d’énergie |
| À la session | Sous 50 kW, prix communiqué avant la session | Simple à comprendre, sans lien avec l’énergie reçue |
Calculez votre coût à partir de votre contrat : énergie délivrée multipliée par le prix du kWh de votre facture, plus l’abonnement, l’installation, la maintenance, la supervision et les frais de paiement. Aucun barème officiel ne fixe le prix d’une recharge.
La facturation d’une recharge à un vacancier (facture, taux de TVA, mention au contrat de séjour) est à valider avec votre expert-comptable. Fixez aussi une durée d’occupation et la consigne de libérer la place ; le guide pour prévenir les voitures ventouses propose des règles applicables.
Annoncer les conditions de recharge dès la réservation
Le client doit savoir avant d’arriver s’il pourra recharger, où, à quel prix et selon quelles règles. Cela évite la déception à l’accueil et les câbles tirés depuis l’emplacement.
Sur la page de réservation et dans l’e-mail de confirmation, indiquez :
- l’existence et l’emplacement de la zone de recharge, avec ses horaires d’accès ;
- le type de connecteur et s’il faut apporter son propre câble ;
- la puissance maximale, en rappelant que la voiture peut accepter moins ;
- le prix et les moyens de paiement ;
- la durée d’occupation et la consigne de déplacer la voiture après la recharge ;
- l’interdiction de recharger sur l’emplacement, avec sa raison pratique ;
- le contact à appeler en cas de panne.
Une phrase suffit : « L’alimentation des emplacements n’est pas prévue pour une voiture ; la zone de recharge est près de l’accueil. » D’autres formulations figurent dans le guide pour expliquer les conditions de recharge aux voyageurs ; le guide de la recharge en hôtellerie couvre tout le parcours client.
Maintenance, sécurité et incidents en pleine saison
Une borne en panne un samedi d’août se règle avec un contrat et une procédure écrits avant l’ouverture.
Le code du travail réserve les opérations sur les installations électriques aux travailleurs habilités par l’employeur, après une formation aux risques électriques. Votre équipe consulte la supervision et oriente le client ; elle n’ouvre ni coffret ni tableau.
Comme employeur, faites procéder à la vérification initiale des installations électriques par un organisme accrédité à la mise en service, puis à des vérifications périodiques chaque année. Vous pouvez porter ce délai à deux ans si le rapport précédent ne comporte aucune observation ou si vous avez fait réaliser les travaux qui y répondent.
Dans le contrat de maintenance, précisez le délai d’intervention en pleine saison, les pièces disponibles et les alertes de la supervision. Le guide pour comparer des offres de maintenance de bornes liste les clauses à lire.
À la réception des travaux, inscrivez vos réserves au procès-verbal : la garantie de parfait achèvement, due par l’entrepreneur pendant un an à compter de la réception, couvre les désordres signalés par ces réserves ou notifiés par écrit s’ils apparaissent ensuite.
Préparer le dossier et les questions pour le devis
Pour un devis juste, rassemblez avant la visite technique :
- le plan du terrain avec le parking, le local technique, le compteur et les tableaux ;
- les périodes d’ouverture et l’occupation mois par mois ;
- le nombre de voitures électriques relevé à la réservation ;
- le contrat d’électricité, la puissance souscrite et les dernières factures ;
- les autres usages électriques et les projets à venir ;
- le mode de paiement et les règles d’occupation envisagés.
Demandez à chaque installateur sa qualification IRVE et son indice, la réponse aux exigences d’AFIR, la version d’OCPP, le pilotage prévu et le délai de maintenance en été. Côté aides, aucune des quatre rubriques de la page des montants d’ADVENIR, au 23 septembre 2026, ne vise ce cas : ne comptez pas sur une prime sans confirmation écrite du programme.
Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France : visite technique, devis détaillé, supervision OCPP. Envoyez plan, périodes d’ouverture et scénarios de pointe via le devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
- L’alimentation d’un emplacement n’est pas un point de recharge : prévoyez une zone dédiée, posée par un installateur qualifié (article D353‑2 du code de l’énergie).
- Réservée aux clients, la borne d’un camping est en principe ouverte au public au sens d’AFIR : recharge à l’acte sauf gratuité, prix transparents, point connecté.
- Dimensionnez à partir des arrivées, des durées de séjour et des départs relevés en pleine saison.
- Un pilotage dynamique, par exemple via une supervision OCPP, partage la puissance avec les autres usages du site.
- Annoncez emplacement, connecteur, prix, durée d’occupation et contact de panne dès la réservation.
- Écrivez la procédure de panne et le contrat de maintenance avant la saison.
Questions fréquentes
Comment mettre en place un service de recharge de voiture électrique au camping ?
Relevez d’abord les besoins d’une saison : arrivées, durées de séjour, départs, voitures électriques déclarées à la réservation. Faites ensuite étudier par un installateur qualifié une zone dédiée, proche de l’accueil, avec un pilotage de la puissance. Fixez le prix, les moyens de paiement et la durée d’occupation, puis annoncez ces conditions dès la réservation, avec un contact en cas de panne.
Un client peut-il recharger sa voiture sur la prise de son emplacement ?
Pas sans l’avis d’un électricien qui connaît ce circuit. L’alimentation d’un emplacement répond aux besoins d’un hébergement de plein air, pas à une voiture qui tire de la puissance pendant des heures. Le rendement plaide aussi pour la borne : l’ADAC a mesuré 12,7 à 24,2 % de pertes sur une prise domestique, contre 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW. Proposez plutôt une zone de recharge dédiée.
La borne d’un camping réservée aux clients est-elle une borne publique ?
En principe, oui. Le règlement européen AFIR considère comme ouvert au public un point situé sur une propriété privée ouverte au public, même si l’accès est limité aux clients. S’appliquent alors la recharge à l’acte sauf gratuité, des prix transparents communiqués avant la session, un point connecté et, en France, la publication de ses caractéristiques et, le cas échéant, l’information sur les pannes de plus de deux heures.
Faut-il un terminal de carte bancaire sur la borne du camping ?
Pas forcément. Pour un point ouvert au public déployé depuis le 13 avril 2024, AFIR demande un lecteur de carte, un dispositif sans contact ou, sous 50 kW, un dispositif en ligne sécurisé comme un code QR. Si la recharge est gratuite, ces exigences de paiement ne s’appliquent pas. Choisissez le moyen avec l’installateur, selon la puissance et le parcours de vos clients.
Qui peut installer une borne de recharge dans un camping ?
Un professionnel titulaire d’une qualification IRVE délivrée par un organisme agréé, comme l’exige l’article D353‑2 du code de l’énergie. Vérifiez l’indice adapté à votre projet : 1 jusqu’à 36 kVA, 2 au-delà, 3 pour le courant continu. Demandez l’attestation de qualification de l’entreprise et contrôlez-la dans l’annuaire de l’organisme qui l’a délivrée. La maintenance de la borne exige elle aussi une qualification.
Existe-t-il une aide ADVENIR pour équiper un camping ?
Rien ne l’indique à ce jour. Au 23 septembre 2026, la page des montants d’ADVENIR ne comporte que quatre rubriques : immeuble collectif, poids lourds et autocars, voirie publique, projets en Corse ou outre-mer. Aucune ne vise la recharge des clients d’un camping. Si votre projet semble relever de l’une d’elles, obtenez une confirmation écrite du programme avant de l’intégrer à votre budget.


