La puissance instantanée de recharge est le débit d’électricité à un moment donné, en kilowatts (kW) ; la puissance moyenne est l’énergie reçue, en kilowattheures (kWh), divisée par une durée. Pour juger une session, le pic affiché un instant ne suffit pas : il faut l’énergie, la durée retenue et l’endroit où l’énergie a été mesurée.
Vous saurez calculer une moyenne juste, choisir la bonne durée, lire l’écran et la courbe de charge du Linky, et reconnaître ce qui fait varier la puissance avant de conclure qu’une borne « charge moins vite ».
Puissance instantanée et puissance moyenne de recharge : deux mesures différentes
La puissance instantanée photographie un moment de la session ; la puissance moyenne en résume un intervalle. Les deux s’expriment en kW, pour deux questions différentes.
Un kilowatt mesure un débit d’énergie, un kilowattheure une quantité : 7 kW tenus pendant 2 heures donnent 14 kWh. Notre guide kW, kWh et ampères reprend ces bases.
La valeur instantanée est celle qu’affichent en direct l’application, la borne ou la voiture. La « puissance max » d’un récapitulatif est la plus haute de ces valeurs : elle dit ce que l’équipement a atteint, pas combien de temps il l’a tenu.
Pour savoir si votre installation plafonne la recharge, regardez le palier, c’est-à-dire la valeur stable atteinte pendant la charge. Pour savoir si la voiture sera prête au départ, raisonnez en moyenne, en nommant toujours l’intervalle sur lequel vous la calculez.
Comment calculer la puissance moyenne d’une session ?
Divisez l’énergie reçue, en kWh, par la durée, en heures. Convertissez d’abord les minutes : 30 minutes valent 0,5 h, 45 minutes 0,75 h.
Puissance moyenne (kW) = énergie (kWh) ÷ durée (h).
Deux exemples de calcul :
- 10 kWh reçus en 1 h 20, soit environ 1,33 h : 10 ÷ 1,33 ≈ 7,5 kW de moyenne ;
- à l’inverse, pour estimer une durée, 30 kWh à 6,5 kW de moyenne demandent 30 ÷ 6,5 ≈ 4,6 h, soit environ 4 h 37.
Deux erreurs faussent ce calcul. Diviser l’énergie par la puissance maximale donne une durée trop courte, car le pic n’est pas tenu toute la session. Et si une interface donne l’énergie en Wh, divisez-la par 1 000 avant de calculer. Arrondir 1 h 20 à une heure donnerait 10 kW au lieu de 7,5 kW.
Durée de charge ou durée de branchement : choisir le bon dénominateur
Divisez par la durée de charge active pour juger la vitesse, et par la durée de branchement pour juger l’occupation du point de charge.
Exemple : 24 kWh délivrés en une heure font 24 kW de moyenne pendant la charge. Si la voiture reste branchée une demi-heure de plus sans recevoir d’énergie, la moyenne sur tout le branchement tombe à 24 ÷ 1,5 = 16 kW.
À domicile, la programmation creuse l’écart
Prenons une voiture branchée à 19 h, programmée pour charger de 23 h à 3 h 30, qui reçoit 29 kWh. Sur les 4,5 heures de charge, la moyenne est de 29 ÷ 4,5 ≈ 6,4 kW ; sur les 12 heures de branchement, jusqu’à 7 h, elle tombe à 29 ÷ 12 ≈ 2,4 kW. Ce second chiffre mesure l’attente, pas un défaut.
D’autres temps s’ajoutent sans énergie : identification, pauses, temps après la fin de charge. La notice de la Renault 4 E-Tech prévient aussi qu’en conditions extrêmes la charge peut mettre plusieurs minutes à démarrer, le temps de refroidir ou de réchauffer la batterie.
Sur une borne publique, les minutes peuvent se payer
Selon le règlement européen AFIR, sur un point ouvert au public de 50 kW ou plus, déployé depuis le 13 avril 2024, le prix de la recharge à l’acte se fonde sur les kWh livrés, et l’exploitant peut y ajouter des frais d’occupation à la minute, affichés avant la session. La moyenne sur tout le branchement devient une information de coût.
Exemple chiffré : les temps annoncés pour la Renault 5
Sur les données de Renault pour la Renault 5 E-Tech, la moyenne reste sous la puissance nominale de la borne.
Sur sa page de recharge de la Renault 5, Renault annonce de 15 à 80 % : 3 h 55 (batterie de 40 kWh) ou 5 h 11 (52 kWh) sur une borne domestique de 7,4 kW, et 2 h 37 ou 3 h 13 sur une borne publique en courant alternatif de 11 kW ou plus. Hypothèse de calcul : les pourcentages portent sur ces capacités, soit 26 kWh et 33,8 kWh ajoutés.
| Batterie et borne | Énergie ajoutée (hypothèse) | Durée annoncée | Puissance moyenne calculée |
|---|---|---|---|
| 40 kWh, borne de 7,4 kW | 26 kWh | 3 h 55, soit 3,92 h | environ 6,6 kW |
| 52 kWh, borne de 7,4 kW | 33,8 kWh | 5 h 11, soit 5,18 h | environ 6,5 kW |
| 40 kWh, borne AC de 11 kW ou plus | 26 kWh | 2 h 37, soit 2,62 h | environ 9,9 kW |
| 52 kWh, borne AC de 11 kW ou plus | 33,8 kWh | 3 h 13, soit 3,22 h | environ 10,5 kW |
Sur la borne de 7,4 kW, la moyenne atteint environ 88 à 90 % de la puissance nominale. L’écart peut tenir à l’hypothèse sur la capacité, aux pertes entre réseau et batterie et aux phases de démarrage et de fin. Renault ne détaille pas ses conditions : c’est un ordre de grandeur pour ce modèle, pas une règle générale.
Pourquoi la puissance instantanée varie pendant une session
La puissance affichée est la plus basse des limites en jeu à cet instant, et ces limites changent pendant la session. Une courbe irrégulière n’annonce donc pas forcément une panne.
Plusieurs limites se combinent :
- le chargeur embarqué, qui convertit le courant alternatif avant la batterie, explique Renault, et plafonne la puissance : les Volkswagen de la famille ID. acceptent au plus 11 kW en triphasé, même sur une borne de 22 kW, et 7,4 kW en monophasé ;
- l’alimentation de la maison : monophasé ou triphasé, puissance souscrite, réglage de la borne ;
- le délestage : le module de Schneider Electric, par exemple, ajuste en permanence la puissance selon celle disponible dans la maison, et sa borne attend au moins 9 A disponibles par phase pour redémarrer ;
- le pilotage à distance : OCPP, le protocole ouvert qui relie une borne à son système de gestion, permet à l’exploitant, si la borne le prévoit, d’agir sur la puissance d’une session ou de la plafonner ;
- la voiture elle-même : selon la notice de la Renault 4 E-Tech, la climatisation allonge la charge, et le froid ou le niveau de départ peuvent rendre le temps réel plus long que le temps affiché.
Près du plein, le comportement dépend du modèle : ne comparez pas une session qui finit haut à une autre arrêtée plus bas. Le guide pourquoi une borne 7,4 kW recharge parfois moins vite détaille ces cas à domicile.
Borne, compteur ou batterie : où l’énergie est-elle mesurée ?
Une même session peut afficher trois quantités d’énergie : à la borne, au compteur ou dans la batterie. Ne comparez que des chiffres pris au même endroit.
La borne, si elle intègre un compteur, mesure l’énergie qu’elle délivre ; sur une borne publique facturée au kWh, c’est la base du prix. Le Linky enregistre la consommation globale du foyer, précise Enedis. La voiture affiche surtout un état de charge, c’est-à-dire le niveau de la batterie en pourcentage.
Entre le réseau et la batterie, une partie de l’énergie se perd. Dans son étude sur les pertes de recharge publiée le 6 août 2026, l’ADAC a mesuré sur cinq voitures des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Exemple : avec 6 % de pertes, 20 kWh prélevés sur le réseau deviennent environ 18,8 kWh dans la batterie. Notre guide kWh facturés et kWh dans la batterie détaille cet écart.
Ce que montrent l’écran du Linky et sa courbe de charge
Le Linky affiche la puissance appelée par le logement à l’instant et la plus haute du jour ; sa courbe de charge donne des moyennes sur 60 ou 30 minutes.
Selon le guide Enedis des affichages du compteur, l’écran indique la puissance appelée, la puissance maximale du jour et la « puissance de coupure » ; en triphasé, la puissance appelée apparaît phase par phase. La puissance maximale s’affiche en VA : divisez par 1 000 pour la comparer aux kVA du contrat (6 840 VA font 6,84 kVA). Lisez l’écran sans ouvrir le compteur, qui reste sous tension même disjoncteur coupé.
La procédure d’accès aux données de comptage d’Enedis précise que le Linky garde par défaut une courbe au pas de 60 minutes, sur environ cinq mois ; au pas de 30 minutes si la collecte est activée, voire 15 ou 10 minutes pour certains services. Vous pouvez vous y opposer ; Enedis met aussi ces données dans votre espace client, sous réserve de disponibilité.
Exemple : une voiture charge à 7 kW pendant 15 minutes puis s’arrête, soit 7 × 0,25 = 1,75 kWh. Sur un pas de 30 minutes, la courbe affiche 1,75 ÷ 0,5 = 3,5 kW, plus le reste du logement. Sur la courbe, le pic de 7 kW disparaît ; seule la puissance maximale du jour, à l’écran, en garde une trace.
Lire l’historique d’une application ou d’une borne
Avant de comparer deux sessions, identifiez ce que compte chaque colonne : les intitulés varient d’un service à l’autre.
Devant chaque ligne, vérifiez :
- si la durée court du branchement au débranchement, ou seulement du début à la fin de la charge ;
- si l’énergie est mesurée à la borne ou estimée dans la batterie ;
- si la puissance indiquée est un pic, un palier ou une moyenne ;
- le pas d’enregistrement de la courbe : une moyenne par quart d’heure n’affiche pas les variations brèves.
Un historique peut aussi se compléter avec retard. En OCPP 1.6, une borne privée de connexion attribue des identifiants provisoires à ses sessions, puis les transmet dans l’ordre chronologique une fois la liaison rétablie. Attendez ce retour avant de conclure à une session perdue.
Comparez des sessions comparables : même borne, même plage de niveau de charge, température proche. Sur un long trajet, notez le niveau de batterie à chaque arrêt ; le guide de recharge sur autoroute relie ces mesures au temps de pause, et le guide pour comparer une courbe de recharge au-delà de la puissance maximale prolonge la méthode.
Relever une session pas à pas, et savoir quand demander un avis
Quelques sessions notées avec méthode en disent plus qu’un pic isolé. Relevez pour chacune :
- heures de branchement, de début et de fin de charge, puis de débranchement ;
- énergie, avec son point de mesure : borne, facture ou voiture ;
- niveau de batterie au départ et à l’arrivée, température extérieure, chauffage ou climatisation ;
- palier de puissance au milieu de la charge, pas seulement le pic ;
- configuration : monophasé ou triphasé, puissance réglée sur la borne, délestage ou programmation actifs.
Si le palier reste nettement sous ce qu’acceptent la voiture et la borne, vérifiez d’abord dans l’application qu’aucune programmation ni limite de délestage n’est active. Si le compteur coupe en affichant « PUISS DEPASSEE », le logement a appelé plus que la puissance souscrite, selon Enedis. N’intervenez jamais vous-même sur le tableau ou la ligne de la borne : c’est le rôle d’un professionnel qualifié.
Pour une question sur vos relevés, passez par notre page de contact. S’il faut revoir l’alimentation de la borne, Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, commence par une visite technique, puis établit un devis détaillé : demander un devis de borne. Pour chiffrer ces kWh, voyez le guide du coût de la recharge à domicile.
L’essentiel à retenir
Cinq repères pour lire une session de recharge :
- La puissance instantanée est un débit à un instant ; la puissance moyenne, des kWh divisés par des heures.
- Une moyenne n’a de sens qu’avec son dénominateur : durée de charge pour la vitesse, durée de branchement pour l’occupation.
- L’énergie dépend du point de mesure : l’ADAC a mesuré 5,1 à 7,0 % de pertes sur une borne de 11 kW.
- La courbe du Linky donne des moyennes sur 60 minutes par défaut, 30 si la collecte est activée : les pics brefs n’y figurent pas.
- Comparez des sessions de même borne et de même plage de charge ; confiez tout réglage de l’installation à un professionnel qualifié.
Questions fréquentes
Pourquoi la puissance moyenne de ma recharge est-elle plus basse que la puissance instantanée affichée ?
Parce que la valeur affichée en direct n’est tenue qu’une partie de la session. La moyenne divise toute l’énergie reçue par toute la durée retenue : le démarrage, les pauses, une programmation ou un délestage la font baisser, et plus encore si vous comptez le temps de branchement après la fin de charge. Pour juger la vitesse, calculez-la sur la seule durée de charge active et comparez-la au palier observé en milieu de session.
Que faire si le Linky affiche « PUISS DEPASSEE » pendant la recharge ?
Arrêtez un ou plusieurs appareils, puis appuyez quelques secondes sur la touche + du compteur, comme l’indique la notice d’Enedis, sans jamais l’ouvrir. Ce message signifie que le logement a appelé plus que la puissance souscrite. Si la coupure se répète, programmer la recharge la nuit évite souvent, selon Enedis, d’augmenter l’abonnement ; sinon, le changement de puissance se demande au fournisseur, après vérification de l’installation par un professionnel.
Pourquoi ma voiture ne charge-t-elle pas à 22 kW sur une borne de 22 kW ?
Parce qu’en courant alternatif, c’est le chargeur embarqué de la voiture qui fixe le plafond. Volkswagen indique par exemple que les modèles de la famille ID. se rechargent au plus à 11 kW en triphasé et à 7,4 kW en monophasé, y compris sur une borne de 22 kW. L’alimentation de la maison, le réglage de la borne ou un délestage peuvent encore abaisser la puissance : consultez la fiche technique de votre modèle.
Le compteur Linky montre-t-il la puissance de recharge de ma voiture ?
En partie seulement. L’écran du Linky affiche la puissance appelée par tout le logement, voiture comprise, et la puissance maximale du jour en VA, à diviser par 1 000 pour la comparer aux kVA du contrat. Selon Enedis, sa courbe de charge donne des moyennes au pas de 60 minutes par défaut, ou de 30 minutes si la collecte est activée : les variations brèves n’y apparaissent pas.
Pourquoi la borne compte-t-elle plus de kWh que la batterie n’en reçoit ?
Parce qu’une partie de l’énergie se perd entre le réseau et la batterie. Dans son étude publiée le 6 août 2026, l’ADAC a mesuré sur cinq voitures des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW, et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Une puissance moyenne calculée avec l’énergie de la borne est donc un peu plus élevée qu’à la batterie.
Le temps passé branché après la fin de charge peut-il être facturé ?
Oui, sur certaines bornes publiques. Le règlement européen AFIR permet à l’exploitant d’un point ouvert au public de 50 kW ou plus, déployé depuis le 13 avril 2024, d’ajouter au prix au kWh des frais d’occupation à la minute, affichés avant la session. En dessous de 50 kW, le prix affiché avant la session peut aussi comporter une part à la minute. Ces règles ne visent pas une borne privée. Lisez le tarif avant de brancher.


