La capacité d’une voiture électrique à tracter une remorque se lit dans ses documents, pas dans la puissance de son moteur. La notice, le certificat de conformité et la carte grise donnent les masses autorisées pour la version exacte. Il reste à vérifier votre permis et l’attelage, puis à prévoir une consommation qui peut doubler, selon les mesures de l’ADAC.
Vous saurez retrouver chaque masse utile, vérifier si votre permis suffit, faire valider l’attelage, estimer vos étapes avec un calcul simple et choisir des stations praticables avec une remorque.
Où lire la capacité de remorquage de votre voiture électrique ?
Trois documents font foi : la notice du constructeur, le certificat de conformité européen (COC), qui rattache la voiture à son type homologué, et le certificat d’immatriculation. Une fiche commerciale résumée ne suffit pas : les masses peuvent changer d’une version à l’autre d’un même modèle.
Sur la carte grise, l’arrêté du 9 février 2009 relatif à l’immatriculation définit les rubriques utiles. F.1 donne la masse en charge maximale techniquement admissible. F.2 donne la masse en charge maximale admissible du véhicule en service, le PTAC (poids total autorisé en charge). F.3 donne celle de l’ensemble voiture plus remorque, le PTRA (poids total roulant autorisé), et G la masse du véhicule en service.
La différence entre F.3 et F.2 indique la masse maximale que l’ensemble réserve à la remorque. Si F.3 est vide ou égale à F.2, interrogez le constructeur avant tout achat : la version n’est peut-être pas prévue pour tracter.
La notice et le certificat de conformité donnent enfin deux valeurs à relever : la masse remorquable freinée, pour une remorque équipée de ses propres freins, et la masse remorquable non freinée.
Masse remorquable, PTAC, charge sur flèche : les chiffres à relever
Relevez toutes les limites, puis retenez la plus contraignante : aucune n’en compense une autre. La charge sur flèche, c’est-à-dire la force verticale que le timon de la remorque exerce sur la boule d’attelage, s’y ajoute ; sa valeur maximale figure dans la notice.
| Donnée | Où la trouver | Ce qu’elle limite |
|---|---|---|
| PTAC de la voiture | Carte grise, rubrique F.2 | La masse de la voiture chargée ; il entre dans le calcul du permis |
| PTRA | Carte grise, rubrique F.3 | La masse totale de l’ensemble en charge |
| Masse en service | Carte grise, rubrique G | Comparée à F.2, la marge de chargement de la voiture |
| Masses remorquables freinée et non freinée | Notice, certificat de conformité | La masse de la remorque attelée, selon qu’elle a ou non des freins |
| Charge sur flèche maximale | Notice de la voiture, documents de l’attelage | Le poids posé sur la boule |
| PTAC de la remorque | Documents de la remorque | Le calcul du permis |
Passagers, bagages et charge sur flèche pèsent aussi sur la voiture : une voiture pleine peut dépasser son PTAC alors que la remorque respecte sa propre limite.
Permis B, mention 96 ou BE : la règle se calcule avec les PTAC
Le permis dépend de la somme des PTAC de la voiture et de la remorque. Selon Service Public, le permis B permet d’atteler une remorque de 750 kg de PTAC au plus, ou une remorque plus lourde si la somme des PTAC de la voiture et de la remorque ne dépasse pas 3 500 kg.
Entre 3 500 et 4 250 kg, il faut la mention additionnelle 96, obtenue après une formation de 7 heures. Au-delà de 4 250 kg, un autre permis est nécessaire : le permis BE.
Le calcul porte sur les PTAC inscrits sur les documents, pas sur le poids du jour. Une remorque vide compte donc pour son PTAC.
Exemple : une voiture dont la rubrique F.2 indique 2 300 kg attelle une caravane de 1 400 kg de PTAC : la somme fait 3 700 kg, au-dessus de 3 500 kg et sous 4 250 kg, donc la mention 96 est nécessaire. Avec une remorque de 1 100 kg de PTAC, la somme tombe à 3 400 kg et le permis B suffit. Dans les deux cas, la masse remorquable du constructeur reste la limite de la voiture.
L’attelage : un équipement à valider sur la version exacte
Choisissez un attelage prévu pour votre version, posé selon les prescriptions du constructeur. Faites-le confirmer par un professionnel compétent avant d’acheter la voiture ou la remorque.
Posez-lui des questions précises : quelle boule et quel faisceau électrique, qui alimente les feux de la remorque, sont compatibles ; quelle charge sur flèche l’ensemble accepte ; la pose modifie-t-elle un document du véhicule. Si la voiture propose un réglage dédié à la remorque, la notice en décrit les effets.
Une boule d’attelage montée pour un porte-vélos ne prouve pas que la version peut tracter. Vérifiez la masse remorquable, pas seulement la présence de la boule.
Pour les vélos, l’attelage consomme moins que le toit. Dans ses essais publiés le 9 août 2022 sur un Kia EV6, l’ADAC a relevé environ 8 % de consommation en plus avec un porte-vélos arrière, et 25 % de plus en plaçant les deux vélos sur le toit plutôt qu’à l’arrière. Avant de charger le support, contrôlez qu’il respecte la charge sur flèche admise.
Combien consomme une voiture électrique avec une remorque ?
Beaucoup plus, et d’abord à cause de la vitesse. Dans les mesures de l’ADAC sur la consommation avec remorque et porte-vélos, publiées le 9 août 2022 sur un Kia EV6, la caravane a augmenté la consommation de 54 % à 80 km/h, de 79 % à 90 km/h et de 103 % à 100 km/h.
L’ADAC ne détaille pas la référence exacte de chaque pourcentage : retenez l’ordre de grandeur et la pente, pas un chiffre à appliquer tel quel.
La masse pèse beaucoup moins que la forme. Dans la même série d’essais, passer d’un conducteur seul à la charge maximale, soit 280 kg de plus, n’a augmenté la consommation que de 6 % sur un parcours mixte. C’est la résistance de l’air, qui croît avec le carré de la vitesse, qui domine.
Une remorque haute et large offre plus de prise à l’air qu’un plateau bas : jugez-la sur son gabarit autant que sur sa masse. Et chaque palier de vitesse se paie cher : rouler moins vite, dans le respect des limitations applicables à votre ensemble, reste votre premier levier. Le froid ajoute sa part, que détaille notre guide sur l’autonomie en hiver.
Estimer ses étapes : l’essai de l’ADAC et un calcul à refaire
Comptez des étapes nettement plus courtes, calculées avec votre propre consommation. Lors d’un voyage d’essai de l’ADAC de 1 281 km au printemps 2022, un Kia EV6 tractant une caravane de 1 600 kg a affiché 36,6 kWh aux 100 km, contre environ 20 kWh sans caravane, soit 83 % de plus.
L’autonomie est passée de près de 400 km à 220 km, d’où des étapes d’environ 180 à 200 km avec réserve. Les pertes de recharge, c’est-à-dire l’énergie perdue entre la borne et la batterie, atteignaient 11,3 % : la consommation réellement tirée du réseau montait à 40,7 kWh aux 100 km.
Prenons une voiture qui dispose de 60 kWh pour rouler et consomme 18 kWh aux 100 km seule. Entre 80 % et 10 % de charge, elle a 42 kWh à disposition (60 × 0,70).
| Scénario (exemple) | Consommation | Distance entre 80 % et 10 % |
|---|---|---|
| Voiture seule | 18 kWh/100 km | 42 ÷ 18 × 100 ≈ 233 km |
| Avec remorque, écart du voyage ADAC (+83 %) | 18 × 1,83 ≈ 32,9 kWh/100 km | ≈ 128 km |
| Avec remorque, écart mesuré à 100 km/h (+103 %) | 18 × 2,03 ≈ 36,5 kWh/100 km | ≈ 115 km |
L’écart entre 233 et 115 km résume le sujet : planifier avec la consommation de la voiture seule vous ferait viser des bornes hors de portée. Après la première étape, comparez la consommation affichée au scénario et ajustez les suivantes. Notre guide pour choisir entre grande autonomie et recharge rapide aide à peser ce critère avant l’achat.
Recharger avec une remorque : vérifier l’accès aux stations
Une borne compatible avec votre voiture peut rester impraticable avec une remorque attelée. Une place dimensionnée pour une voiture seule ne reçoit pas un ensemble sans bloquer l’allée ou les places voisines.
L’essai de l’ADAC l’illustre : le premier jour, la caravane a dû être dételée et garée à part lors des deux recharges, une opération que l’ADAC a jugée fastidieuse. Avant de partir, examinez sur les photos ou le plan de chaque station la disposition des places. Repérez où laisser la remorque sans occuper une autre borne, et vérifiez que le dételage y est autorisé.
Côté matériel, rien de particulier à prévoir pour la recharge rapide. Le règlement européen AFIR impose depuis le 14 avril 2025 un câble fixe sur tous les points publics en courant continu. Il exige aussi que tout point public permette une recharge à l’acte, sans inscription ni contrat.
Vérifiez en revanche la puissance que votre voiture accepte en courant continu : elle pèse sur la durée de chaque arrêt, allongée par la consommation plus forte. Notre guide pour vérifier la recharge DC avant de choisir une voiture détaille les points à contrôler.
Bornes rapides en route : garder toujours une station de repli
Avec des étapes raccourcies, une borne en panne pèse plus lourd : prévoyez à chaque étape une seconde station à portée. Lors du voyage de l’ADAC, deux stations de recharge rapide étaient entièrement hors service, et l’ADAC indique qu’une panne n’a été évitée que de justesse.
En France, le baromètre national de la recharge donnait en août 2026 une disponibilité technique des points publics de 89 %, et une probabilité de 94 % de trouver immédiatement au moins un point libre dans une station. Ces moyennes laissent une part d’arrêts où il faudra repartir ailleurs.
Sur les grands axes du réseau routier central transeuropéen, le règlement AFIR exige, depuis le 31 décembre 2025, un parc de recharge d’au moins 400 kW avec au moins un point de 150 kW dans chaque sens de circulation, au plus tous les 60 km. Cette obligation ne couvre pas tout le réseau, et seuls 2 % des points publics français se trouvaient sur les autoroutes fin août 2026.
Une application de planification de recharge et notre guide de la recharge sur autoroute et des longs trajets vous aident à organiser ces arrêts.
Avant d’acheter ou de partir : la liste de contrôle
Cochez ces points, puis testez l’ensemble sur un trajet court avant le grand départ :
- la notice et le certificat de conformité de la version exacte : masses remorquables freinée et non freinée, charge sur flèche ;
- la carte grise : rubriques F.2, F.3 et G, et le calcul F.3 − F.2 ;
- les documents de la remorque, pour son PTAC ;
- votre permis : B, mention 96 ou BE selon la somme des PTAC ;
- l’attelage : compatibilité confirmée par un professionnel compétent, boule et faisceau adaptés ;
- le trajet : étapes recalculées avec la consommation attelée, stations accessibles ou dételage possible, station de repli ;
- la destination : place pour stationner l’ensemble et, si possible, pour recharger.
Partir de chez vous batterie pleine vous épargne une recharge attelée dès le début du trajet. Si vous n’avez pas encore de borne, demandez un devis pour une borne à domicile : visite technique, devis détaillé, et objectif : devis sous 48 h après dossier complet. N’intervenez jamais vous-même sur votre tableau électrique : la pose relève d’un professionnel qualifié.
Si le remorquage est fréquent, faites-en un critère de choix au même titre que l’autonomie ; notre guide pour choisir sa voiture électrique vous aide à le placer parmi les autres.
L’essentiel à retenir
- La capacité de remorquage se lit dans la notice, le certificat de conformité et la carte grise de la version exacte, jamais dans la puissance du moteur.
- Sur la carte grise, F.3 moins F.2 donne la masse de l’ensemble réservée à la remorque ; la notice précise les masses freinée et non freinée et la charge sur flèche.
- Le permis se calcule avec la somme des PTAC : B jusqu’à 3 500 kg (ou remorque de 750 kg au plus), mention 96 jusqu’à 4 250 kg, BE au-delà.
- Avec une caravane, l’ADAC a mesuré jusqu’à 103 % de consommation en plus à 100 km/h ; la vitesse et le gabarit comptent plus que la masse.
- Recalculez vos étapes avec la consommation attelée, vérifiez l’accès physique aux stations et gardez toujours une station de repli.
Questions fréquentes
Quelle masse une voiture électrique peut-elle tracter ?
Il n’existe pas de valeur générale : chaque version a ses propres limites. Relevez la masse remorquable freinée et non freinée dans la notice ou le certificat de conformité, puis calculez F.3 moins F.2 sur la carte grise. La limite la plus faible s’applique, sans oublier la charge sur flèche admise sur la boule. Votre permis peut ensuite imposer une limite plus basse.
Quel permis faut-il pour tracter une caravane avec une voiture électrique ?
Cela dépend de la somme des PTAC. Le permis B suffit pour une remorque de 750 kg de PTAC au plus, ou plus lourde si voiture et remorque totalisent 3 500 kg au plus. Entre 3 500 et 4 250 kg, il faut la mention 96, obtenue après une formation de 7 heures ; au-delà, le permis BE. La masse remorquable fixée par le constructeur s’applique en plus.
Quelle autonomie perd une voiture électrique avec une caravane ?
Elle peut baisser de près de moitié. Lors d’un essai de l’ADAC en 2022, un Kia EV6 tractant une caravane de 1 600 kg est passé d’environ 20 à 36,6 kWh aux 100 km, et son autonomie de près de 400 km à 220 km. L’effet dépend surtout de la vitesse et du gabarit de la remorque : recalculez vos étapes avec votre propre consommation.
Faut-il dételer la caravane pour recharger sa voiture électrique ?
Parfois, oui. Lors de l’essai de l’ADAC, la caravane a dû être dételée et garée à part lors des deux recharges du premier jour. Avant de partir, regardez la disposition de chaque station prévue, repérez où laisser la remorque sans occuper une autre borne et vérifiez que le dételage y est autorisé. Prévoyez aussi une station de repli.
Un porte-vélos d’attelage consomme-t-il moins qu’un porte-vélos de toit ?
Oui, d’après les mesures de l’ADAC publiées en 2022 sur un Kia EV6. Le porte-vélos arrière a augmenté la consommation d’environ 8 %, et placer les deux vélos sur le toit plutôt qu’à l’arrière a coûté 25 % de plus. La résistance de l’air explique l’écart. Vérifiez toutefois la charge sur flèche admise par la voiture avant de charger le support.
Faut-il emporter son câble pour recharger sur une borne rapide ?
Non, pas pour la recharge rapide en courant continu : depuis le 14 avril 2025, le règlement européen AFIR impose un câble fixe sur tous les points de recharge publics en courant continu. Gardez en revanche votre câble Type 2 pour les bornes en courant alternatif qui n’ont qu’un socle de prise. Tout point public doit aussi permettre une recharge à l’acte, sans contrat.


