La part solaire d’une recharge se calcule intervalle par intervalle, jamais à partir de la production du mois : c’est la base d’un calcul honnête en autoconsommation. Il faut des mesures simultanées de la production, des autres usages et de la borne, une règle de répartition annoncée et un même point de mesure pour tous les kWh.
Vous saurez réunir les bonnes données, faire le calcul sur une journée chiffrée, repérer les doubles comptages et traduire le résultat en euros sans l’embellir.
Part solaire, autoconsommation, autoproduction : trois chiffres différents
Les confondre produit des résultats flatteurs. Voici ce que chacun mesure :
- La part solaire de la recharge : la fraction des kWh délivrés par la borne qui provenait, au même moment, des panneaux. Aucun texte officiel ne la définit : annoncez donc la méthode.
- L’autoconsommation : selon l’article L315‑1 du code de l’énergie, le fait de consommer soi-même, sur le même site, tout ou partie de l’électricité produite par son installation. Son taux désigne la part de la production utilisée sur place, sans formule officielle.
- L’autoproduction : selon Enedis, la part de la consommation totale du domicile couverte par la production, un taux qui « oscille entre 20 % et 50 % ».
Une recharge peut faire grimper l’autoconsommation sans être elle-même très solaire. Une voiture qui tire 7 kW quand les panneaux n’offrent que 2 kW de surplus absorbe tout ce surplus, mais moins d’un tiers de sa recharge est solaire (2 ÷ 7 ≈ 29 %). Pour repère, la délibération de la CRE du 6 mars 2025 indique que, fin 2023, 69 % des installations de 0 à 9 kWc en vente du surplus avaient un taux d’autoconsommation compris entre 30 % et 65 %, et 98 % un taux inférieur à 80 %.
Pourquoi la production du mois ne donne pas la part solaire
Parce qu’un kWh solaire ne se met pas de côté sans batterie : il est consommé à l’instant où il est produit, ou il part sur le réseau. L’article L315‑1 le formule ainsi : l’électricité autoconsommée l’est « soit instantanément, soit après une période de stockage ».
Sans batterie domestique, une voiture branchée le soir se recharge donc sur le réseau : l’ADEME rappelle que l’électricité non autoconsommée n’est jamais restituée physiquement au foyer, y compris avec une offre dite de « stockage virtuel », simple mécanisme comptable de certains fournisseurs. Notre guide sur l’autoconsommation solaire et la recharge de nuit détaille ces limites.
Comparer, par exemple, 300 kWh produits dans le mois et 150 kWh rechargés ne prouve rien : si la voiture était au travail chaque jour de soleil, sa part solaire peut être nulle. Regardez d’abord quand elle est garée à la maison, avec notre méthode pour comparer présence de la voiture et production.
Quelles mesures pour calculer la part solaire d’une recharge en autoconsommation ?
Il faut quatre flux horodatés sur la même horloge : production des panneaux, consommation des autres appareils, énergie délivrée par la borne et échanges avec le réseau. Trois suffisent quand le quatrième s’en déduit : sans batterie domestique, la consommation de la maison égale la production, plus ce qui vient du réseau, moins ce qui y part, moins la recharge.
Le Linky voit la frontière avec le réseau
La télé-information client (TIC), sortie qui diffuse les données du compteur dans le logement, les transmet toutes les 2 secondes, selon la fiche SéQuélec n° 17 publiée par Enedis. Elle est en mode « historique » par défaut ; le mode « standard », qui ajoute pour un producteur l’index d’énergie injectée, se demande au fournisseur. Pour les jours passés, Enedis fournit la courbe de charge, mais selon la CNIL les données horaires ou à la demi-heure ne sont en principe collectées qu’avec votre accord : activez cette collecte avant la période à analyser.
La borne voit la voiture
La borne compte ce qu’elle délivre, pas ce que produisent les panneaux. Wallbox exige pour sa recharge solaire un compteur d’énergie vendu par la marque et un onduleur réglé en mode « Export » ; la zappi de myenergi utilise une pince de courant fournie, placée autour du câble d’arrivée. Cette pose se fait dans le tableau : c’est le travail de l’installateur, jamais le vôtre. Le détail figure dans notre guide sur ce que la borne doit pouvoir mesurer.
Calcul de la part solaire : la méthode sur une journée d’exemple
Découpez la période en intervalles, calculez pour chacun le surplus, attribuez-le à la voiture, puis faites le rapport des totaux. La méthode, dans l’ordre :
- Choisissez un pas de temps commun à toutes les données, le plus fin disponible : quart d’heure, demi-heure ou heure.
- Pour chaque intervalle, calculez le surplus : production moins consommation des autres usages, ou zéro s’il est négatif.
- Attribuez à la voiture le plus petit des deux nombres : énergie délivrée par la borne ou surplus.
- Divisez l’énergie solaire attribuée par l’énergie totale délivrée par la borne sur la même période.
Le tableau l’applique à une journée fictive, pas à un relevé d’installation.
| Intervalle | Production (kWh) | Autres usages (kWh) | Recharge (kWh) | Surplus (kWh) | Solaire vers la voiture (kWh) | Réseau vers la voiture (kWh) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 11 h - 12 h | 3,0 | 0,8 | 2,0 | 2,2 | 2,0 | 0 |
| 12 h - 13 h | 3,4 | 1,6 | 2,0 | 1,8 | 1,8 | 0,2 |
| 13 h - 14 h (nuages) | 1,2 | 0,6 | 2,0 | 0,6 | 0,6 | 1,4 |
| 14 h - 15 h | 2,6 | 0,5 | 2,0 | 2,1 | 2,0 | 0 |
| Total | 10,2 | 3,5 | 8,0 | 6,7 | 6,4 | 1,6 |
La part solaire vaut 6,4 ÷ 8,0 = 80 %. Avec les seuls totaux de la journée, on écrirait que 10,2 kWh produits couvrent 8,0 kWh de recharge, donc 100 %. Même en retirant les autres usages, 6,7 ÷ 8,0 donnerait 84 %, car le creux de 13 h serait comblé sur le papier par l’excédent des heures voisines. Plus le pas de temps est fin, plus le résultat colle à ce qui s’est réellement passé.
Priorité à la maison ou prorata : annoncez votre règle
Quand le surplus ne suffit pas à tout alimenter, il faut décider qui en profite d’abord, et cette convention change le résultat. Aucune règle n’est officielle : choisissez-la, écrivez-la et gardez-la d’un mois sur l’autre.
La méthode précédente donne la priorité aux autres usages : la voiture ne reçoit que ce qui reste. Une règle au prorata partage la production selon les consommations. Entre 12 h et 13 h, la voiture recevrait alors 3,4 × 2,0 ÷ 3,6 ≈ 1,9 kWh, et entre 13 h et 14 h, 1,2 × 2,0 ÷ 2,6 ≈ 0,9 kWh.
Sur la journée, la part solaire passe de 80 % à environ 85 % (6,8 ÷ 8,0), sans qu’un seul kWh ait changé de chemin. Avant de comparer deux mois, deux bornes ou deux applications, vérifiez qu’elles appliquent la même règle.
Les doubles comptages qui gonflent le résultat
Un double comptage attribue le même kWh solaire deux fois, à la maison et à la voiture. Le bilan se contrôle simplement : la production égale le solaire consommé par la maison, plus celui envoyé à la voiture, plus ce qui entre dans une batterie, plus l’injection.
Prenons 10 kWh produits, 4 kWh attribués aux autres usages et 3 kWh à la voiture : il reste 3 kWh à expliquer par la batterie ou l’injection. Déclarer les 10 kWh « consommés par la maison » puis ajouter 3 kWh solaires pour la voiture revient à produire 13 kWh sur le papier.
Vérifiez ces points avant de comparer un chiffre :
- la consommation de la maison exclut bien la borne ;
- l’électricité injectée n’est pas comptée comme reçue par la voiture ;
- l’énergie d’une batterie domestique n’est solaire que si les panneaux l’ont chargée ;
- un mode qui complète avec le réseau n’est pas 100 % solaire : chez Wallbox, le mode « Eco » démarre dès 2 A de surplus (environ 460 W) en monophasé, et la zappi en mode ECO prend sur le réseau le manque sous 1,4 kW ;
- un mode 100 % solaire peut n’apporter que peu de kWh : le mode « Full green » de Wallbox ne démarre qu’à partir de 6 A de surplus, environ 1 380 W en monophasé.
Pertes de charge : garder le même point de mesure
Les deux termes de la fraction doivent être mesurés au même endroit, car une partie de l’énergie délivrée par la borne n’arrive jamais dans la batterie.
L’ADAC, l’automobile-club allemand, a mesuré ces pertes dans une étude publiée le 6 août 2026 : sur cinq voitures chargées de 10 à 90 %, en comparant l’énergie tirée du réseau à celle arrivée dans la batterie, elles vont de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique.
Reprenons l’exemple : 8,0 kWh délivrés par la borne. Avec 6 % de pertes, valeur prise dans la fourchette de l’ADAC pour illustrer, environ 7,5 kWh arrivent dans la batterie (8,0 × 0,94 = 7,52). Diviser les 6,4 kWh solaires comptés à la borne par ces 7,5 kWh affichés par la voiture donnerait 85 % au lieu de 80 %.
Prenez donc tous les chiffres à la sortie de la borne, ou tous à l’entrée de la batterie, et dites lequel. La sortie de la borne est la plus commode : son compteur la mesure directement.
Du résultat d’une journée au bilan de l’année, et en euros
Une journée ensoleillée ne fait pas une année : calculez mois par mois, puis pondérez par les kWh rechargés. Par exemple, 80 % sur 100 kWh en juin et 20 % sur 150 kWh en décembre donnent (80 + 30) ÷ 250 = 44 %, et non la moyenne simple de 50 %. PVGIS, outil gratuit de la Commission européenne, estime la production d’une installation et sa variation au fil de l’année.
En euros, comparez le prix d’achat évité avec ce que la vente du surplus aurait rapporté. Au 1ᵉʳ août 2026, le Tarif Bleu d’EDF est de 0,2001 € TTC par kWh en option Base (6 kVA) ; pour un contrat relevant de l’arrêté tarifaire « S21 » dans sa version en vigueur depuis le 5 juin 2026, le surplus injecté est acheté 1,1 c€ HT par kWh.
Dans l’exemple, les 6,4 kWh solaires évitent 6,4 × 0,2001 ≈ 1,28 € d’achat et font renoncer à 6,4 × 0,011 ≈ 0,07 € de vente : environ 1,21 € pour la journée. Si, sans soleil, vous aviez rechargé en heures creuses (option Heures creuses, 0,1589 € TTC par kWh), le gain tomberait à environ 0,95 €. Prenez comme référence le prix que vous auriez vraiment payé, comme dans notre calcul du coût de recharge à domicile.
Préparer un suivi fiable avec votre installateur
Un bon suivi se décide pendant la visite technique, avant la pose. Préparez vos factures, votre puissance souscrite, la référence de l’onduleur et des photos du tableau, du Linky et de l’emplacement prévu.
Posez ensuite ces questions sur l’indicateur solaire proposé :
- quelles mesures l’alimentent : compteur de la borne, mesure à l’arrivée du réseau, données de l’onduleur ;
- quel pas de temps il utilise, et ce qui se passe quand la liaison internet coupe (voir notre guide pour superviser panneaux et borne) ;
- quelle règle de répartition il applique entre la maison et la voiture ;
- quelles fonctions restent compatibles : chez Wallbox, la recharge solaire ne fonctionne pas en même temps que la gestion dynamique multi-bornes ou le V2H.
La pose d’une borne de plus de 3,7 kW dans une maison exige un installateur titulaire d’une qualification IRVE (code de l’énergie, article D353‑2), qui ne couvre pas la pose des panneaux. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France avec visite technique et devis détaillé ; objectif : devis sous 48 h après dossier complet. Passez par la demande de devis, et relisez notre guide pour recharger sa voiture en autoconsommation solaire.
L’essentiel à retenir
- La part solaire d’une recharge se calcule sur des intervalles courts, avec des mesures simultanées.
- Sans batterie domestique, une recharge de nuit vient du réseau, même avec une offre de « stockage virtuel ».
- La règle de répartition entre la maison et la voiture change le résultat : annoncez-la et gardez-la.
- Mesurez tous les kWh au même point, sortie de la borne ou entrée de la batterie.
- Pour l’année, pondérez chaque mois par les kWh rechargés et chiffrez le gain avec le prix que vous auriez réellement payé.
Questions fréquentes
Comment faire le calcul de la part solaire d’une recharge en autoconsommation ?
Découpez la période en intervalles courts, d’un quart d’heure à une heure. Pour chacun, calculez le surplus, soit la production moins la consommation des autres appareils, puis attribuez à la voiture le plus petit des deux nombres : surplus ou énergie délivrée par la borne. Divisez enfin la somme de ces kWh solaires par l’énergie totale délivrée sur la même période, et indiquez la règle de répartition retenue.
Peut-on recharger sa voiture à l’énergie solaire la nuit ?
Non, pas sans batterie domestique. Le code de l’énergie prévoit que l’électricité autoconsommée l’est instantanément ou après stockage, et l’ADEME rappelle que l’électricité injectée n’est jamais restituée physiquement au foyer. Une offre de « stockage virtuel » est un mécanisme comptable : les kWh consommés la nuit viennent du réseau. La part solaire d’une recharge nocturne est donc nulle sans batterie.
Le pourcentage solaire affiché par ma borne est-il fiable ?
Il est aussi fiable que sa méthode. Le logiciel répartit des flux mesurés selon une règle, il ne suit pas l’origine de chaque kWh. Demandez quelles mesures il utilise, son pas de temps, sa règle de répartition entre la maison et la voiture, et s’il isole les kWh d’un mode qui complète avec le réseau, comme le mode « Eco » de Wallbox. Jugez aussi le pourcentage avec la quantité rechargée.
Quelle est la différence entre autoconsommation et autoproduction ?
L’autoconsommation regarde la production : selon l’article L315‑1 du code de l’énergie, c’est le fait de consommer sur place tout ou partie de l’électricité produite, et son taux rapporte ce qui est consommé sur place à la production. L’autoproduction regarde la consommation : c’est, selon Enedis, la part de la consommation du domicile couverte par la production, un taux qui « oscille entre 20 % et 50 % ». La part solaire d’une recharge est un troisième indicateur, propre à la voiture.
Le compteur Linky suffit-il pour connaître la part solaire de ma recharge ?
Non. Le Linky mesure les échanges avec le réseau : sa sortie TIC les transmet toutes les 2 secondes et, en mode standard, ajoute l’index d’énergie injectée. Il ne voit ni la production des panneaux ni la recharge. Il faut y ajouter les données de l’onduleur et le compteur de la borne, ou une mesure dédiée posée par l’installateur à l’arrivée du réseau.
Combien rapporte un kWh solaire envoyé dans la voiture plutôt que sur le réseau ?
Comptez l’écart entre le prix d’achat évité et le tarif de rachat de votre contrat. Au 1ᵉʳ août 2026, l’option Base du Tarif Bleu d’EDF coûte 0,2001 € TTC par kWh ; pour un contrat relevant de l’arrêté « S21 » dans sa version en vigueur depuis le 5 juin 2026, le surplus est acheté 1,1 c€ HT par kWh : l’écart dépasse 0,18 € par kWh. Pour une recharge qui se ferait sinon en heures creuses, partez de 0,1589 € TTC.


