Installer des bornes ne rend pas un parking favorable à la biodiversité. Dans l’aménagement d’un parking, la recharge, les eaux pluviales, les sols, la végétation et l’éclairage répondent à des objectifs et à des textes distincts : chacun se prépare avec son spécialiste, puis tous se coordonnent sur un plan unique, avant de figer l’emplacement des bornes.
Vous saurez repérer les obligations qui visent votre parking selon sa surface, faire l’état des lieux avant le tracé des réseaux, placer bornes, arbres et luminaires sans qu’ils se gênent, puis suivre chaque objectif avec ses propres indicateurs.
Recharge et biodiversité : pourquoi ce sont deux objectifs distincts
Une borne sert la mobilité ; la biodiversité dépend des sols, de l’eau, de la végétation et de l’obscurité nocturne. Aucun de ces résultats ne découle de l’autre.
Dans une actualité du 3 juillet 2025 consacrée aux pratiques d’ombrage des parkings extérieurs, le Cerema rattache l’ombrage à plusieurs enjeux : réduire la surchauffe urbaine, gérer les eaux pluviales, lutter contre l’artificialisation des sols et produire des énergies renouvelables. La recharge s’y ajoute, avec ses propres besoins : alimentation, tranchées, accès des véhicules.
La désimperméabilisation consiste à rendre à un sol sa capacité à laisser s’infiltrer l’eau de pluie, par un revêtement perméable, une bande plantée ou une noue. Une noue est un fossé large et peu profond, souvent planté, qui recueille et infiltre l’eau qui ruisselle.
Sur le terrain, la tranchée des bornes peut croiser les racines d’un arbre ou une future noue : chaque objectif est donc dessiné par son spécialiste, puis arbitré sur un plan commun.
Quelles obligations visent votre parking selon sa surface ?
Trois textes comptent : le code de l’urbanisme au-delà de 500 m², la loi APER au-delà de 1 500 m², et l’arrêté du 27 décembre 2018 sur l’éclairage des parkings extérieurs.
| Texte | Parkings visés | Ce qu’il demande |
|---|---|---|
| Code de l’urbanisme, article L111‑19‑1 | Parkings extérieurs de plus de 500 m² associés aux bâtiments soumis à l’article L171‑4 du code de la construction ; nouveaux parkings extérieurs ouverts au public de plus de 500 m² | Sur au moins la moitié de la surface, infiltration ou évaporation des eaux pluviales ; ombrage de la moitié, par végétation ou ombrières productrices d’énergie renouvelable |
| Loi APER du 10 mars 2023, article 40 | Parkings extérieurs de plus de 1 500 m² existant au 1ᵉʳ juillet 2023, ou dont l’autorisation d’urbanisme a été demandée depuis la loi | Ombrières productrices sur au moins la moitié de la superficie, solution mixte avec végétalisation, ou production renouvelable équivalente |
| Arrêté du 27 décembre 2018 | Parkings extérieurs ou semi-couverts, publics ou privés | Horaires d’extinction (parkings annexés à une activité), couleur de la lumière, lumière émise vers le ciel et flux installé limités |
Échéances et exonérations
La loi APER, modifiée le 26 novembre 2025, fixait au 1ᵉʳ juillet 2026 l’échéance des parkings d’au moins 10 000 m² : elle est passée, sauf délai supplémentaire. Les parkings de plus de 1 500 m² et de moins de 10 000 m² ont jusqu’au 1ᵉʳ juillet 2028, hors concession ou délégation de service public. La sanction annuelle peut atteindre 20 000 € sous 10 000 m², 40 000 € à partir de 10 000 m².
Les deux textes prévoient des exonérations, notamment pour contraintes techniques, de sécurité, architecturales ou patrimoniales, ou coût économiquement inacceptable. Faites qualifier votre cas par le maître d’œuvre ou le service urbanisme.
Faire l’état des lieux du site avant le tracé des bornes
L’état des lieux se fait avant le tracé des réseaux, avec les interlocuteurs compétents, tant que tout reste déplaçable sur le papier.
Relevez et reportez sur un même plan :
- les arbres existants, leur position et l’étendue de leur couronne, avec l’avis d’un arboriste sur la zone à protéger autour de chacun ;
- les surfaces déjà perméables, comme les bandes enherbées ou les pavés à joints ouverts, et celles qui sont imperméables ;
- les pentes, les points bas, les avaloirs et le chemin de l’eau après une forte pluie ;
- les luminaires en place, leurs horaires et leur commande ;
- les réseaux enterrés et le point d’alimentation électrique ;
- les usages : entrées, flux piétons, livraisons, entretien des espaces verts.
Visitez le site un jour de pluie pour voir où l’eau stagne, puis à la nuit tombée pour repérer les zones éclairées sans usage. Un écologue peut dire si le site accueille des espèces sensibles ou s’inscrit dans une continuité écologique. Le préfet peut d’ailleurs durcir localement les règles d’éclairage pour protéger la faune, la flore et ces continuités.
Côté électrique, l’installateur relève l’état du tableau, la puissance souscrite et le cheminement des câbles : l’ouverture d’un tableau revient à un professionnel qualifié.
Placer les bornes sans sacrifier les arbres ni les sols perméables
Une bonne implantation raccourcit les tranchées et les fait passer là où le sol restera de toute façon remanié.
Regrouper les places et réutiliser les emprises
Regrouper les places équipées près de l’alimentation évite de traverser tout le parking. Faites passer les fourreaux, ces gaines enterrées qui recevront les câbles, sous les allées de circulation ou les surfaces qui resteront imperméables, plutôt que sous une future noue ou une bande plantée.
Posez en une fois les fourreaux des places à équiper plus tard : rouvrir une tranchée dans un sol qui vient d’être rendu perméable ou planté défait une partie du travail. Le guide sur le pré-équipement des parkings selon la loi LOM aide à fixer le nombre de places à préparer.
Protéger le site pendant le chantier
Le chantier a ses propres risques : engins sur les racines, matériaux stockés au pied d’un arbre, sol tassé là où l’eau devait s’infiltrer. Faites baliser les zones protégées sur le plan de chantier et sur le terrain.
Garder un parcours praticable
Le revêtement retenu doit rester praticable jusqu’à la borne, à pied comme en fauteuil. Dans le parking d’un établissement recevant du public (ERP) neuf, les places adaptées représentent au moins 2 % des places, mesurent au moins 3,30 m sur 5 m et sont reliées à une entrée par un cheminement accessible. Le guide station de recharge accessible détaille ces vérifications.
Ombrières photovoltaïques, arbres ou solution mixte : que choisir ?
La loi laisse plusieurs voies, et elles ne servent pas les mêmes objectifs. Une ombrière photovoltaïque produit de l’électricité et abrite les voitures ; un arbre ombrage, participe à la végétation du site et s’accommode d’un sol perméable à son pied.
L’article 40 de la loi APER admet trois réponses : des ombrières productrices sur au moins la moitié de la superficie ; un procédé mixte, où les ombrières couvrent au moins 35 % de cette moitié et des dispositifs végétalisés complètent ; ou une production renouvelable équivalente sans ombrières. Si des arbres ombragent déjà au moins la moitié du parc, l’obligation ne s’applique pas.
Prenons un parking de 4 000 m². La moitié représente 2 000 m². En solution mixte, les ombrières couvrent au moins 35 % de ces 2 000 m², soit 700 m², et des dispositifs végétalisés complètent.
Pour la recharge, une ombrière offre une structure le long de laquelle faire courir les câbles et fixer des bornes, ce qui peut limiter les tranchées ; la faisabilité se valide avec le bureau d’études structure et le fabricant. La production solaire ne coïncide pas forcément avec les heures de recharge : l’étude dira quelle part peut alimenter les bornes. Le guide sur la recharge en autoconsommation solaire expose ce raisonnement.
Côté arbres, réservez tôt la place des fosses de plantation, avant que les tranchées ne l’occupent.
Éclairer la zone de recharge sans rallumer tout le parking
Des bornes n’imposent pas d’éclairer le parking toute la nuit. Selon l'arrêté du 27 décembre 2018 relatif aux nuisances lumineuses, l’éclairage d’un parking extérieur annexé à un lieu d’activité s’allume au plus tôt au coucher du soleil et s’éteint 2 heures après la cessation de l’activité.
Il peut être rallumé à 7 h au plus tôt, ou 1 heure avant une activité qui commence plus tôt. Ces horaires s’adaptent si l’éclairage est couplé à une détection de présence et à un asservissement à la lumière naturelle, la détection ne produisant qu’un éclairage ponctuel : c’est la solution à étudier pour des recharges de nuit.
La température de couleur, en kelvins (K), décrit la teinte : plus elle est basse, plus la lumière est chaude. L’arrêté fixe 3 000 K au plus, moins de 1 % de lumière émise au-dessus de l’horizontale à l’achat (moins de 4 % une fois installé) et un flux inférieur à 25 lumens par m² en agglomération, 20 hors agglomération. L’ADEME conseille, pour préserver la biodiversité, des éclairages de faible puissance et de 2 400 K ou moins : c’est une recommandation, pas une obligation.
Dans un ERP neuf, les parcours accessibles du parking reçoivent au moins 20 lux au sol ; à l’extérieur, l’arrêté de 2018 les plafonne à 20 lux : on vise donc 20 lux. Demandez des circuits séparés pour les bornes et l’éclairage, afin que la recharge continue lampes éteintes. Le guide bornes et éclairage de parking détaille ces réglages.
Suivre chaque objectif avec ses propres indicateurs
Une borne utilisée ne prouve pas un bénéfice pour les espèces, et une surface végétalisée ne prouve pas la qualité du service de recharge. Chaque objectif se suit avec ses indicateurs, relevés par la personne compétente.
| Objectif | Indicateur | Qui le relève |
|---|---|---|
| Recharge | Disponibilité des points, nombre de sessions, énergie délivrée | Exploitant, par la supervision |
| Eaux pluviales | Surface perméable en m² et en part du parc, comportement après une forte pluie | Maître d’œuvre, bureau d’études |
| Ombrage | Part de la surface ombragée, reprise des plantations | Maître d’œuvre, paysagiste |
| Éclairage | Horaires relevés, flux installé en lumens par m², température de couleur | Électricien, gestionnaire du site |
| Biodiversité | Observations de terrain selon le protocole retenu | Écologue |
OCPP (Open Charge Point Protocol), protocole de communication ouvert entre les bornes et leur logiciel de gestion, alimente les relevés de recharge. Le guide pour superviser et piloter ses bornes de recharge présente ces tableaux de bord.
Dans la communication du site, écrivez ce qui est mesuré, par exemple « la moitié de la surface rendue perméable », plutôt qu’un « parking favorable à la biodiversité » sans suivi.
Préparer le dossier et choisir les interlocuteurs
Désignez un responsable par objectif et un coordinateur pour le plan d’ensemble. Pour la recharge, l’article D353‑2 du code de l’énergie exige que l’installateur de points de recharge soit titulaire d’une qualification délivrée par un organisme agréé, hors installations d’une puissance totale de 3,7 kW au plus dans une habitation privée.
Avant de consulter, rassemblez ces éléments :
- le plan du parking et sa surface, pour savoir quels seuils s’appliquent (500 m², 1 500 m², 10 000 m²) ;
- le statut du site : ERP, parking ouvert au public, concession ou délégation de service public ;
- l’état des lieux des arbres, des sols et des écoulements ;
- les horaires d’activité, qui fixent ceux de l’éclairage ;
- le nombre de places à équiper aujourd’hui et plus tard, et la puissance disponible ;
- les études existantes : eaux pluviales, diagnostic écologique, projet d’ombrières.
Pour une commune, le guide borne de recharge en collectivité et voirie cadre le volet mobilité. Pour une entreprise ou un gestionnaire, la demande de devis professionnel ouvre sur une visite technique et un devis détaillé. Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, intervient partout en France. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
Dans le devis, faites apparaître séparément tranchées et remise en état, protection des arbres, circuits d’éclairage et supervision : chacun saura de quoi il répond.
L’essentiel à retenir
Cinq points résument la démarche :
- Des bornes ne rendent pas un parking favorable à la biodiversité : recharge, eaux pluviales, ombrage, végétation et éclairage sont des objectifs distincts, à coordonner sur un plan unique.
- Au-delà de 500 m², le code de l’urbanisme peut imposer infiltration des eaux pluviales et ombrage sur la moitié de la surface ; au-delà de 1 500 m², la loi APER impose aux parkings extérieurs des ombrières productrices ou une solution équivalente, sauf si des arbres ombragent au moins la moitié du parc.
- L’état des lieux précède le tracé des bornes, et les fourreaux passent sous les surfaces qui resteront imperméables.
- L’éclairage d’un parking extérieur annexé à une activité s’éteint 2 heures après sa fin, avec une lumière de 3 000 K au plus ; la détection de présence permet d’adapter ces horaires pour les recharges de nuit.
- Chaque objectif se mesure avec ses propres indicateurs : la supervision pour la recharge, les surfaces et les observations de terrain pour l’environnement.
Questions fréquentes
Comment concilier recharge et biodiversité dans l’aménagement d’un parking ?
En traitant chaque objectif séparément avant de les réunir sur un plan unique. Faites d’abord relever arbres, sols, écoulements, éclairage et réseaux, puis placez les bornes près de l’alimentation, avec des fourreaux sous les surfaces qui resteront imperméables. Prévoyez un circuit d’éclairage séparé des bornes, pour que la recharge continue lampes éteintes. Suivez ensuite recharge et environnement avec des indicateurs distincts.
Un parking de plus de 500 m² doit-il être perméable ?
Oui, s’il entre dans le champ de l’article L111‑19‑1 du code de l’urbanisme : parkings extérieurs associés aux bâtiments soumis à l’article L171‑4 du code de la construction, ou nouveaux parkings extérieurs ouverts au public de plus de 500 m². Au moins la moitié de la surface doit alors favoriser l’infiltration ou l’évaporation des eaux pluviales, et au moins la moitié être ombragée. Des exonérations existent, par exemple pour contraintes techniques ou coût économiquement inacceptable.
Les ombrières photovoltaïques sont-elles obligatoires sur tous les parkings ?
Non. L’article 40 de la loi APER impose aux seuls parkings extérieurs de plus de 1 500 m² des ombrières productrices sur au moins la moitié de la surface, une solution mixte ou une production renouvelable équivalente. L’obligation tombe si des arbres ombragent au moins la moitié du parc. L’échéance du 1ᵉʳ juillet 2026 est passée pour les parcs d’au moins 10 000 m², sauf délai supplémentaire ; les autres ont jusqu’au 1ᵉʳ juillet 2028, hors concession ou délégation de service public.
Faut-il éclairer toute la nuit un parking équipé de bornes de recharge ?
Non. Un parking extérieur annexé à un lieu d’activité s’éteint 2 heures après la cessation de l’activité et peut être rallumé à 7 h au plus tôt, ou 1 heure avant une activité plus matinale, selon l’arrêté du 27 décembre 2018. Pour des recharges la nuit, un éclairage couplé à une détection de présence et à un asservissement à la lumière naturelle permet d’adapter ces horaires, avec un éclairage ponctuel.
Quelle température de couleur choisir pour éclairer un parking près d’espaces naturels ?
La réglementation fixe 3 000 K au plus pour les parkings extérieurs ou semi-couverts, en agglomération comme hors agglomération. L’ADEME recommande des éclairages de faible puissance et de 2 400 K ou moins pour préserver la biodiversité. Des règles plus strictes s’appliquent près des sites d’observation astronomique et dans certains espaces naturels, et le préfet peut en imposer localement : renseignez-vous auprès de la mairie ou de la préfecture.
Peut-on faire passer les câbles des bornes près des arbres du parking ?
C’est à éviter autant que possible, et à décider avec un arboriste avant le tracé. Il définit la zone à protéger autour de chaque arbre ; les tranchées la contournent, de préférence sous les allées qui resteront imperméables. Pendant le chantier, faites baliser ces zones pour qu’aucun engin n’y roule et qu’aucun matériau n’y soit stocké. Le devis doit préciser la remise en état des surfaces ouvertes.


