Pour lire la facture d’une borne de recharge publique, vérifiez d’abord que la session est bien la vôtre (date, station, point de charge, horaires), puis l’énergie en kWh, le prix unitaire, les frais à la minute, à la session ou d’occupation, et enfin le total TTC. Chaque ligne se compare au prix affiché avant le démarrage.
Vous saurez ensuite identifier qui vous facture, retrouver le tarif applicable, refaire le calcul, distinguer une réservation bancaire d’un débit et, en cas d’écart, adresser une réclamation écrite au bon interlocuteur, puis au médiateur.
Qui vous facture : l’exploitant de la borne ou le fournisseur du badge ?
L’émetteur de la facture dépend de la façon dont vous avez démarré la recharge. Payée par carte bancaire sur la borne ou par l’application du réseau, elle est en général facturée par l’exploitant, l’entreprise qui gère le point de charge et fixe ses prix. Démarrée avec le badge ou l’application d’un autre acteur, elle est facturée par ce prestataire de services de mobilité, qui donne accès à plusieurs réseaux. Le nom de la borne, celui du badge et celui de la facture peuvent donc différer : repérez-les avant toute réclamation.
Depuis le 13 avril 2024, date d’application du règlement européen AFIR (UE) 2023/1804, tout point de recharge ouvert au public doit permettre la recharge « à l’acte », payée sans inscription ni contrat. En France, l’article R353‑4‑2 du code de l’énergie oblige l’aménageur à assurer cet accès ; l’article R353‑4‑3, si l’infrastructure est supervisée, l’accès en itinérance, c’est-à-dire l’usage des badges de tout opérateur de mobilité qui le demande.
Lire une facture de borne de recharge publique, ligne par ligne
Une facture complète permet de refaire le calcul sans rien deviner. Les lignes ci-dessous dépendent de la grille tarifaire de l’opérateur : toutes ne figurent pas sur chaque facture.
| Ligne | Ce qu’elle indique | Ce que vous vérifiez |
|---|---|---|
| Émetteur, numéro de facture | L’entreprise qui vous facture | Qu’elle correspond au moyen de paiement utilisé |
| Station et point de recharge | Adresse, identifiant du point | Que c’est bien l’endroit où vous étiez garé |
| Session : identifiant, début, fin | Référence unique et horaires | Que les heures collent à votre arrêt, fuseau compris |
| Énergie (kWh) | L’énergie délivrée enregistrée par la borne | Un ordre de grandeur possible pour votre batterie |
| Prix par kWh | Le tarif unitaire appliqué | Qu’il est identique au prix affiché avant la session |
| Prix par minute ou par session | Les éléments de prix hors énergie | Qu’ils figuraient dans la grille annoncée |
| Frais d’occupation | Des minutes facturées au-delà d’un seuil | Le déclencheur et le nombre de minutes |
| Frais du badge, itinérance | Les frais propres au prestataire | Qu’ils vous ont été communiqués avant la session |
| Total HT, TVA, TTC | Le montant et le taux de TVA | Que les lignes s’additionnent sur la même base |
Le kWh (kilowattheure) mesure une quantité d’énergie, celle que la borne a délivrée. Le kW mesure une puissance, autrement dit une vitesse de recharge : elle pèse sur le prix surtout quand une partie du tarif est à la minute.
Rapprocher la facture de votre arrêt
Vérifiez d’abord que la ligne correspond à votre recharge. Un écart apparent vient parfois d’une session confondue avec une autre, surtout après un long trajet avec plusieurs arrêts de recharge.
Contrôlez la date, la station, puis le numéro du point de charge, inscrit sur la borne : une photo prise en branchant le câble règle la question. Comparez les heures de début et de fin avec votre propre trace ; si un fuseau horaire est précisé, convertissez-le avant de conclure. Une session plus longue que votre arrêt peut signaler une fin mal enregistrée et déclencher des frais à la minute : notez l’heure à laquelle vous débranchez.
L’identifiant de session est la référence à citer dans toute demande. Si vous avez dû démarrer deux fois, cherchez deux sessions : la première peut n’avoir délivré que très peu d’énergie.
Le prix affiché avant le démarrage est votre référence
La facture doit appliquer le prix présenté avant de brancher. C’est la logique du règlement AFIR et, en France, de l’article 19 du décret n° 2017-26 relatif aux infrastructures de recharge : les caractéristiques et le prix du service sont indiqués sur chaque station ouverte au public.
AFIR distingue deux cas, et votre facture doit suivre la même logique :
- sur un point d’au moins 50 kW déployé depuis le 13 avril 2024, le prix à l’acte se fonde sur le prix par kWh d’électricité livrée ; l’exploitant peut y ajouter des frais d’occupation à la minute, affichés à la station avant la session ;
- sur un point de moins de 50 kW, tous les éléments du prix sont affichés avant la session, dans cet ordre : prix par kWh, prix par minute, prix par session, puis tout autre élément.
AFIR n’impose pas cette règle aux bornes rapides déployées avant cette date. Avec un badge, le fournisseur doit annoncer avant la session chaque élément du prix, coûts d’itinérance et frais propres compris ; il ne peut facturer aucun supplément pour l’itinérance entre pays de l’Union.
Le prix peut aussi varier selon l’heure et la station : chez Electra, il s’affiche dans l’application avant la session et reste fixe jusqu’à la fin. Le bon réflexe : une capture d’écran du tarif juste avant de démarrer. Notre guide pour lire une offre au kWh ou à la minute détaille ces grilles.
kWh facturés et kWh reçus par la batterie : un écart normal
Les kWh de la facture sont ceux que la borne a délivrés, pas ceux que la batterie a stockés. Selon l’article 11 du décret n° 2017-26, une infrastructure ouverte au public est exploitée avec un système de supervision qui enregistre les paramètres de chaque usage, dont l’énergie délivrée.
IONITY explique que la recharge consomme elle-même de l’électricité, notamment pour maintenir les cellules à bonne température, et que la radio, le chauffage ou la climatisation allumés augmentent l’écart. Sur une borne de 11 kW en courant alternatif, l’ADAC a mesuré en 2026 des pertes de 5,1 à 7,0 % sur cinq voitures, entre l’énergie tirée du réseau et celle arrivée dans la batterie, pour une charge de 10 à 90 % avec une batterie entre 20 et 30 °C. Appliqué à 40 kWh facturés, cet ordre de grandeur donne 40 × 0,051 = 2,04 kWh à 40 × 0,070 = 2,8 kWh de moins dans la batterie ; ces mesures ne portent pas sur la recharge rapide.
Le signal qui doit alerter est ailleurs : des kWh facturés nettement supérieurs à ce que votre batterie pouvait accepter entre le niveau de départ et celui d’arrivée, d’après la capacité utile indiquée par le constructeur. Le guide kWh facturés et kWh dans la batterie détaille cette méthode.
Refaire le total : un exemple chiffré
Refaites chaque ligne séparément, additionnez, et n’arrondissez qu’à la fin. Exemple avec la grille d’Electra au 23 septembre 2026, en carte bancaire sur la borne : 0,61 € TTC par kWh, et des frais d’occupation de 0,40 € par minute après 60 minutes de recharge.
Supposons une recharge de 32 kWh, commencée à 14 h 00 et arrêtée à 15 h 10, soit 70 minutes.
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Énergie | 32 kWh × 0,61 € | 19,52 € TTC |
| Dont TVA à 20 % | 19,52 − 19,52 ÷ 1,20 | 3,25 € |
| Frais d’occupation | (70 − 60) min × 0,40 € | 4,00 € |
| Total TTC | 19,52 + 4,00 | 23,52 € |
Ce total suppose que les frais d’occupation sont exprimés TTC, comme le prix de l’énergie : vérifiez sur la facture que toutes les lignes sont sur la même base avant de les additionner.
La division sert aussi de test. Si la ligne d’énergie affichait 21,00 € pour 32 kWh, le prix réellement appliqué serait de 21,00 ÷ 32 = 0,656 € par kWh, au-dessus du prix affiché. Avec l’application d’Electra, dont le prix va de 0,39 à 0,61 € TTC par kWh, les mêmes 32 kWh coûtent entre 12,48 € et 19,52 € : seule votre capture d’écran dit lequel s’appliquait.
Frais d’occupation et frais de badge : les lignes qui surprennent
Les frais d’occupation surprennent parce qu’ils ne commencent pas toujours à la fin de la charge. AFIR les prévoit sur les points d’au moins 50 kW déployés depuis le 13 avril 2024, pour décourager l’occupation trop longue, sans en fixer le montant ni le déclencheur : chaque opérateur écrit sa règle.
Des déclencheurs différents selon le moyen de paiement
Chez Electra, au 23 septembre 2026, ils sont de 0,40 € par minute. En carte bancaire, ils s’appliquent après 60 minutes de recharge, que la charge soit terminée ou non. Avec l’application, la carte Electra ou Autocharge, ils ne s’appliquent que si la batterie a atteint 80 % et que la station est particulièrement fréquentée, après 5 minutes de grâce.
Sur la facture, comparez le nombre de minutes et le début du décompte avec l’heure à laquelle vous avez débranché. Le guide sur les frais d’occupation après recharge détaille comment les éviter.
Les frais propres au fournisseur de badge
Avec le badge d’un autre opérateur, ses conditions s’appliquent et des frais supplémentaires peuvent s’ajouter, comme Electra le signale pour son réseau. Une ligne « frais de service » ou « frais d’itinérance » absente des prix communiqués avant la session mérite une question écrite.
Relevé bancaire : une réservation n’est pas une facture
Deux lignes sur votre relevé ne signifient pas forcément un double paiement. Avant une recharge au montant inconnu, l’opérateur peut faire réserver une somme sur votre carte, la préautorisation, puis ne débiter que le montant réel.
Selon l’article L133‑42 du code monétaire et financier, quand le montant final est inconnu au moment de votre accord, la banque ne peut bloquer des fonds que si vous avez consenti au montant exact à bloquer ; selon l’article L133‑43, elle les débloque sans retard injustifié dès qu’elle connaît le montant exact.
Les montants dépendent de l’opérateur. IONITY réserve 40 € avant une recharge payée par son application, puis ajuste au montant final ; l’annulation se fait le plus souvent sous 5 jours ouvrés, mais peut prendre jusqu’à 28 jours ouvrés. Electra annonce 34 € en France, montant à vérifier dans l’application, avant chaque recharge payée par celle-ci, et chaque tentative de démarrage peut créer sa propre réservation.
Comparez donc la facture au débit définitif. Le guide sur le dépôt temporaire sur carte bancaire explique quand interroger votre banque.
Contester une ligne : les pièces et les étapes
Une contestation efficace tient en une réclamation écrite et documentée, adressée à l’émetteur de la facture. Voici l’ordre à suivre :
- Identifiez l’émetteur de la facture et son service client.
- Rédigez une réclamation écrite qui cite la ligne contestée, votre calcul et le montant attendu.
- Joignez la facture, l’identifiant de session, la capture du prix, les photos et l’historique de l’application, en masquant les données bancaires inutiles.
- Demandez les données de la session enregistrées par la supervision : énergie délivrée, heures de début et de fin.
- Conservez les échanges et, sans réponse satisfaisante, saisissez le médiateur de la consommation.
Selon les articles L612‑1 et L612‑2 du code de la consommation, ce recours est gratuit pour le consommateur. Le médiateur n’examine le litige que si vous avez d’abord adressé une réclamation écrite au professionnel, et s’il est saisi moins d’un an après cette réclamation.
Si vous rechargez surtout sur le réseau public faute de point de charge, comparez vos factures au coût de la recharge à domicile. Pour une maison, Volticom réalise une visite technique puis un devis détaillé : demander un devis de borne à domicile. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet. Une entreprise peut demander un devis professionnel avec supervision OCPP, le protocole ouvert qui relie une borne à son logiciel de gestion.
L’essentiel à retenir
- La facture vient de l’exploitant de la borne ou du fournisseur de votre badge : adressez-vous à celui qui l’a émise.
- Le prix de référence est celui affiché avant le démarrage ; sur les points d’au moins 50 kW déployés depuis le 13 avril 2024, le prix à l’acte se fonde sur le kWh.
- Les kWh facturés sont ceux délivrés par la borne ; la batterie en reçoit moins, et c’est normal.
- Divisez le montant de l’énergie par les kWh pour retrouver le prix appliqué, sans mélanger HT et TTC.
- Une préautorisation n’est pas un débit définitif.
- En cas d’écart, envoyez une réclamation écrite documentée, puis saisissez gratuitement le médiateur de la consommation moins d’un an après cette réclamation.
Questions fréquentes
Pourquoi le prix au kWh de ma facture diffère-t-il de celui vu sur le site de l’opérateur ?
Souvent parce que le site annonce un prix minimum ou un prix variable. En France, au 23 septembre 2026, IONITY affiche des prix « à partir de » 0,55 € TTC par kWh sans inscription et 0,52 € avec son application sans abonnement. Chez Electra, le prix peut varier selon l’heure et la station, et les stations d’autoroute appliquent le prix affiché sur la borne. Votre référence reste le prix présenté juste avant la session.
Pourquoi ma voiture affiche-t-elle moins de kWh que la facture de recharge ?
C’est normal : la facture compte l’énergie délivrée par la borne, la voiture celle qui est arrivée dans la batterie. Selon IONITY, la recharge consomme elle-même de l’électricité, notamment pour garder les cellules à bonne température, et le chauffage ou la climatisation allumés augmentent l’écart. Sur une borne de 11 kW, l’ADAC a mesuré en 2026 des pertes de 5,1 à 7,0 % sur cinq voitures.
Une borne de recharge rapide peut-elle facturer à la minute ?
Oui, dans certains cas. Sur un point public d’au moins 50 kW déployé depuis le 13 avril 2024, le règlement AFIR fonde le prix à l’acte sur le kWh livré, mais autorise des frais d’occupation à la minute pour décourager l’occupation trop longue. Les bornes rapides plus anciennes ne sont pas tenues au kWh. Sous 50 kW, un prix par minute peut faire partie du tarif, affiché avant la session.
Pourquoi deux montants apparaissent-ils sur mon relevé après une recharge ?
Le plus souvent, l’un est une réservation et l’autre le paiement réel. Avant la recharge, l’opérateur fait bloquer une somme sur votre carte : 40 € chez IONITY avec son application, 34 € en France chez Electra avec l’application. Seul le montant réel est ensuite prélevé. La loi impose à la banque de débloquer les fonds sans retard injustifié dès qu’elle connaît le montant exact.
Faut-il un badge ou un abonnement pour recharger sur une borne publique ?
Non. Depuis le 13 avril 2024, le règlement européen AFIR impose que tout point de recharge ouvert au public permette la recharge à l’acte, sans inscription ni contrat. En France, l’article R353‑4‑2 du code de l’énergie oblige l’aménageur à assurer cet accès. Un badge ou un abonnement peut modifier le prix, mais il n’est jamais indispensable pour recharger et recevoir une facture.
Que faire si l’opérateur ne répond pas à ma réclamation sur une facture de recharge ?
Saisissez le médiateur de la consommation : l’opérateur, en tant que professionnel, doit vous en garantir l’accès. Ce recours est gratuit pour le consommateur, selon le code de la consommation. Deux conditions : avoir d’abord adressé une réclamation écrite au professionnel, et saisir le médiateur moins d’un an après cette réclamation. Joignez la facture, l’identifiant de session, votre calcul et la capture du prix affiché.


