Une session de recharge est incomplète quand elle n’atteint pas l’objectif que vous aviez fixé : une limite de batterie, une quantité d’énergie ou une heure de départ. Pour repérer une session de recharge incomplète dans votre historique, comparez cet objectif à l’énergie délivrée et aux heures de début et de fin. Une durée courte ne prouve pas une panne.
Après lecture, vous saurez lire les historiques de la voiture, de la borne et du compteur Linky sans les confondre, estimer l’énergie qu’une session aurait dû apporter, reconnaître les causes normales d’un arrêt et transmettre à l’assistance un relevé qu’elle pourra exploiter.
Session de recharge incomplète, fractionnée ou courte : de quoi parle-t-on ?
Une session n’est incomplète que par rapport à un objectif. Si la voiture devait atteindre 80 % à 7 h et affiche 62 %, l’écart est réel ; si elle a atteint 80 % en quarante minutes, la session est courte mais complète. Écrivez donc l’objectif avant de regarder les chiffres.
Trois unités reviennent dans les historiques. Le kilowattheure (kWh) mesure une quantité d’énergie, comme un volume versé dans un réservoir ; le kilowatt (kW) mesure une puissance, c’est-à-dire un débit à un instant donné ; le pourcentage exprime le niveau de batterie calculé par la voiture. Vérifiez toujours laquelle une ligne affiche.
Trois situations se ressemblent à l’écran et doivent être séparées :
- la session incomplète, qui s’arrête avant l’objectif sans raison programmée ;
- la session fractionnée, découpée en plusieurs lignes par une pause, un pilotage de la puissance ou une reprise après une coupure ;
- la session courte, qui s’arrête tôt parce que la batterie était déjà proche de sa limite.
Seule la première appelle une recherche de cause ; les deux autres se reconnaissent aux lignes voisines et aux réglages du soir.
Où se trouve l’historique de vos recharges : voiture, borne ou compteur ?
Trois appareils gardent une trace de vos recharges, et chacun mesure une chose différente.
| Source | Ce qu’elle montre | Ce qu’elle ne montre pas |
|---|---|---|
| Voiture (écran, application du constructeur) | Niveau de batterie, limite réglée, programmation, parfois l’énergie ajoutée | L’énergie perdue entre le réseau et la batterie |
| Borne connectée (application, supervision) | Heures de début et de fin, énergie comptée par la borne, parfois la courbe de puissance | Le niveau de batterie, sauf exception ; certaines fonctions selon le modèle |
| Compteur Linky (espace client Enedis) | Index quotidiens, puissance maximale du jour, courbe de charge si elle est disponible | La part de la voiture dans la consommation de la maison |
Côté borne, l’historique dépend souvent d’OCPP, le protocole ouvert qui fait dialoguer une borne et son logiciel de gestion. L’Open Charge Alliance précise que toutes ses fonctions ne sont pas forcément implémentées sur chaque borne : deux modèles peuvent donc ne pas enregistrer les mêmes détails. Le guide de la supervision de bornes montre ce qu’un logiciel de gestion peut conserver.
Côté compteur, Enedis met à disposition l’historique des index quotidiens, la puissance maximale quotidienne et, sous réserve de disponibilité, l’historique de courbe de charge, pour un compteur Linky et une puissance souscrite inférieure à 36 kVA.
Pourquoi la borne et la voiture n’affichent pas la même énergie
Un écart de quelques pour cent entre le compteur de la borne et l’énergie gagnée par la batterie est normal : une partie de l’électricité se perd en chemin. En courant alternatif, le chargeur embarqué convertit ce courant en courant continu dans la voiture, et cette conversion a un rendement.
L’ADAC, le club automobile allemand, a mesuré ces pertes dans une étude publiée le 6 août 2026 : cinq voitures chargées de 10 à 90 %, batterie entre 20 et 30 °C. Sur une borne de 11 kW, les pertes allaient de 5,1 % (Renault 5 E-Tech) à 7,0 % (Volvo EX30) ; sur une prise domestique, de 12,7 % (Tesla Model Y) à 24,2 % (Mercedes CLA).
Ce sont des ordres de grandeur, pas une norme. Le périmètre compte aussi : la notice de la Renault 4 E-Tech indique que la voiture peut utiliser le réseau pour son fonctionnement pendant qu’elle est branchée, la climatisation par exemple, et que la climatisation allonge la durée de charge.
Comparez donc la borne à la borne et la voiture à la voiture, d’une session à l’autre. Un écart stable ne signale rien ; un écart qui se creuse brusquement mérite une ligne dans votre relevé.
Calculer l’énergie qu’une session aurait dû délivrer
Avant de juger une session, estimez ce qu’elle devait apporter en kWh. Deux calculs suffisent : le besoin et le maximum possible.
Le besoin : passer du pourcentage aux kilowattheures
Renault annonce pour la Renault 5 E-Tech une charge de 15 à 80 % en 5 h 11 sur une borne domestique de 7,4 kW, avec la batterie de 52 kWh. En assimilant ces 52 kWh à la capacité utile, ce qui reste une approximation, les 65 points gagnés représentent environ 33,8 kWh dans la batterie (52 × 0,65). En retenant environ 5 % de pertes, ordre de grandeur mesuré par l’ADAC pour ce modèle sur une borne de 11 kW et non de 7,4 kW, la borne compterait autour de 35,5 kWh (33,8 × 1,05).
Pour un besoin quotidien, prenons une voiture qui consomme 17 kWh aux 100 km et roule 60 km par jour : il lui faut environ 10,2 kWh (17 × 0,6). Après une telle journée, une session qui compte 10 à 11 kWh à la borne compense à peu près le trajet : elle est courte, pas incomplète.
Le maximum : la puissance multipliée par la durée
Une session ne peut pas délivrer plus que la puissance de la borne multipliée par sa durée. Deux heures sur une borne de 7,4 kW donnent au plus 14,8 kWh : une ligne qui affiche 25 kWh sur ce créneau cache deux sessions fusionnées, une erreur d’unité ou une mauvaise date. Dans l’exemple Renault, 33,8 kWh gagnés en 5 h 11 font une moyenne d’environ 6,5 kW côté batterie, sous la puissance nominale ; le guide puissance instantanée ou moyenne explique cet écart.
Lire l’historique ligne par ligne : pauses, doublons et sessions différées
Une même nuit peut produire plusieurs lignes sans qu’aucune ne soit incomplète. Regroupez-les par nuit et par point de charge, puis comparez le total à l’objectif.
Les fractionnements ont trois origines fréquentes : une programmation horaire qui met la charge en pause puis la relance, un pilotage de puissance qui la fait tomber à zéro pendant qu’un autre appareil fonctionne, une coupure suivie d’une reprise. Selon le service, une pause crée une ligne distincte ou reste dans la même session.
Quand la borne a perdu sa connexion
Si la borne perd sa connexion Internet, son historique peut se compléter en retard. Selon un document de l’Open Charge Alliance sur OCPP 2.0.1, en OCPP 1.6 une borne coupée du système central attribue des identifiants provisoires aux sessions, puis transmet leurs messages dans l’ordre chronologique une fois la connexion rétablie. Une session apparue le soir seulement n’est donc pas forcément anormale ; le comportement dépend du modèle, comme l’explique le guide borne sans connexion Internet.
Noter l’heure de chaque observation
Le pourcentage lu le lendemain midi ne dit pas ce que la session a atteint : un trajet a pu le faire baisser. Notez l’heure de chaque relevé, prenez de préférence le niveau enregistré en fin de charge.
Les causes normales d’une session courte ou interrompue
La plupart des sessions qui semblent incomplètes s’expliquent par un réglage ou par le pilotage de la puissance ; les exemples Renault 4 du tableau ne valent que pour ce modèle.
| Ce que montre l’historique | Cause possible | Vérification |
|---|---|---|
| Arrêt net à un niveau fixe, sous 100 % | Limite réglée (Renault recommande 80 % au quotidien pour la Renault 4) | Relire la limite dans chaque outil |
| Arrêt ou démarrage à une heure qui a changé | Heures creuses modifiées, programmation restée à l’ancien horaire | Comparer l’horaire programmé à la facture |
| Charge à zéro le soir, reprise ensuite | Délestage ou pilotage de puissance | Lire la courbe de puissance de la session |
| Charge retardée ou annulée | Mise à jour logicielle acceptée (Renault 4) | Consulter la notice de la voiture |
| Démarrage retardé de quelques minutes par froid ou chaleur extrême | Préparation de la batterie (Renault 4) | Rapprocher l’heure de début de la température |
| Charge programmée jamais démarrée | Moteur non coupé ou accès non autorisé (Renault 4) | Vérifier l’état de la voiture au branchement |
Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, selon Enedis, les heures creuses sont repositionnées par étapes : toujours 8 heures par jour, dont au moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h, et, pour la plupart des foyers concernés, un créneau entre 11 h et 17 h ; le fournisseur prévient environ un mois à l’avance. La CRE précise qu’une voiture ou une borne programmée sur un horaire peut devoir être reprogrammée, contrairement au chauffe-eau relié au compteur.
Le délestage, qui réduit la puissance de la borne quand la maison consomme beaucoup, produit aussi des pauses. Pour sa borne Schneider Charge, Schneider Electric indique que le module de délestage doit laisser au moins 9 A par phase pour que la charge redémarre. Le guide recharge arrêtée avant la limite choisie détaille ces situations.
Les signaux qui justifient un examen
Une session mérite un examen quand elle dure longtemps sans énergie significative, quand le même arrêt revient sans cause identifiée, ou quand un voyant d’anomalie s’allume.
Lisez les voyants avec la notice du bon modèle. Sur la Renault 4 E-Tech, selon la notice Renault consacrée à la charge, le témoin de la trappe est bleu fixe quand une programmation est activée, clignote en bleu pendant la charge ou quand la voiture puise sur le réseau pour son fonctionnement, passe au vert fixe en fin de charge et au rouge fixe en cas d’anomalie. Une autre voiture ou une borne utilise d’autres codes.
Si toute la maison se retrouve sans courant, regardez l’écran du compteur. Selon Enedis, quand la puissance appelée dépasse la puissance souscrite, le Linky coupe l’alimentation et affiche « PUISS DEPASSEE ». Son écran indique aussi la puissance maximale du jour, en VA : divisez par 1 000 pour la comparer aux kVA du contrat.
La courbe de charge du Linky aide à dater un événement. Par défaut, le compteur enregistre la puissance au pas de 60 minutes, avec jusqu’à environ 5 mois d’historique ; au pas de 30 minutes quand la collecte est activée. Une telle moyenne ne montre pas une pointe brève.
Ne cherchez pas la cause dans le tableau électrique : selon Enedis, si un circuit fait sauter le disjoncteur, il faut faire appel à un électricien.
Préparer un relevé exploitable pour l’assistance
Quatre ou cinq cas bien documentés valent mieux qu’un export de plusieurs mois. Classez d’abord chaque session : « objectif atteint », « cause connue » ou « à examiner ». Seule la troisième part à l’assistance, sans valoir panne confirmée.
Pour chaque cas à examiner, rassemblez les éléments suivants :
- la date, le point de charge, les heures de branchement, de début et de fin de charge ;
- l’énergie comptée par la borne, le niveau de batterie au début et à la fin, avec l’heure de chaque lecture ;
- l’objectif fixé et l’énergie attendue selon votre calcul ;
- les réglages actifs : limite, programmation de la voiture, programmation de la borne, délestage ;
- les messages, voyants et captures d’écran ;
- deux ou trois sessions normales de la même période, pour le contraste ;
- si besoin, les données du Linky et le numéro PRM, suite de 14 chiffres qui identifie votre logement sur le réseau et figure sur la facture.
Pour une borne installée par Volticom, la page contact permet de transmettre ce relevé ; le guide du service après-vente décrit la suite. Pour relier les kWh à votre facture, voyez le guide du coût de la recharge à domicile.
L’essentiel à retenir
- Une session n’est incomplète que par rapport à un objectif écrit : limite de batterie, heure de départ ou énergie attendue.
- Additionnez les lignes d’une même nuit : pauses, pilotage et reprises fractionnent souvent une recharge normale.
- La borne compte plus d’énergie que la batterie n’en reçoit : l’ADAC a mesuré de 5,1 à 7,0 % de pertes sur cinq voitures chargées sur borne de 11 kW.
- L’énergie d’une session ne peut pas dépasser la puissance de la borne multipliée par sa durée.
- Une longue durée sans énergie, un arrêt répété sans cause ou un voyant d’anomalie justifient un examen par un professionnel, jamais une intervention sur le tableau.
Questions fréquentes
Comment repérer une session de recharge incomplète dans l’historique ?
Comparez chaque session à l’objectif fixé ce jour-là : limite de batterie, heure de départ ou énergie attendue. Calculez l’énergie nécessaire en multipliant l’écart de pourcentage par la capacité de la batterie, additionnez les lignes d’une même nuit, puis vérifiez les réglages actifs. Une session n’est incomplète que si l’objectif n’est pas atteint sans cause programmée, comme une limite, une plage horaire ou un délestage.
Pourquoi ma borne affiche-t-elle plus de kWh que ma voiture ?
Parce qu’une partie de l’énergie se perd entre le réseau et la batterie. Dans une étude publiée le 6 août 2026, l’ADAC a mesuré sur cinq voitures des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW, et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. Un écart stable d’une session à l’autre est donc normal ; c’est un écart qui se creuse brusquement qui mérite d’être noté.
Pourquoi une seule nuit de recharge apparaît-elle sur plusieurs lignes ?
Le plus souvent, la charge a été mise en pause puis relancée : programmation horaire, pilotage de la puissance ou reprise après une coupure. Selon le service utilisé, chaque reprise peut créer une nouvelle ligne. Additionnez l’énergie de toutes les lignes de la nuit avant de juger : c’est ce total qui se compare à l’objectif, pas chaque ligne prise isolément.
Le compteur Linky permet-il de vérifier une recharge ?
Oui, pour dater et recouper, pas pour isoler la voiture. Enedis met à disposition les index quotidiens, la puissance maximale quotidienne et, sous réserve de disponibilité, la courbe de charge. Par défaut, cette courbe est enregistrée au pas de 60 minutes, ou de 30 minutes si la collecte est activée : elle donne des moyennes et englobe toute la maison, chauffe-eau et chauffage compris.
Pourquoi la recharge dure-t-elle plus longtemps que le temps affiché ?
Parce que le temps affiché par la voiture reste une estimation. La notice de la Renault 4 E-Tech prévient que le temps réel peut le dépasser selon la qualité du réseau, le niveau de départ ou le froid, et que la climatisation allonge la charge. Par températures extrêmes, la charge peut aussi mettre plusieurs minutes à démarrer. Chaque modèle a ses propres règles : relisez la notice du vôtre avant de conclure à un défaut.
Faut-il intervenir soi-même quand une recharge s’arrête trop tôt ?
Non, pas sur l’installation. Vous pouvez relire les réglages de la voiture et de la borne, noter les heures et l’énergie, et lire l’écran du compteur. Tout ce qui touche au tableau électrique, à la borne ou à sa ligne relève d’un professionnel qualifié ; Enedis renvoie d’ailleurs vers un électricien quand un circuit fait sauter le disjoncteur. Transmettez plutôt un relevé de quelques cas précis.


