Dans un historique de sessions de recharge, l’énergie et la durée répondent à deux questions différentes. Les kWh disent combien d’électricité la borne a délivrée ; la durée dit combien de temps le véhicule est resté branché, souvent bien plus longtemps que la recharge elle-même. Une session longue et peu chargée n’est donc pas, en soi, une anomalie.
Après cette lecture, vous saurez vérifier comment votre logiciel définit une session, calculer une puissance moyenne sur le bon intervalle, traiter les lignes douteuses d’un export et bâtir des indicateurs d’usage solides.
Énergie, durée et puissance : trois grandeurs à ne pas mélanger
L’énergie se mesure en kilowattheures (kWh), la durée en heures, la puissance en kilowatts (kW) ; une puissance moyenne n’est rien d’autre que l’énergie divisée par une durée. Tout le piège tient dans le choix de cette durée.
Le kWh est une quantité, celle que l’on paie ; le kW est un débit. Une borne de 7,4 kW qui fonctionne à plein pendant deux heures délivre 7,4 × 2 = 14,8 kWh ; la même énergie peut aussi passer en quatre heures à 3,7 kW. Le guide kW, kWh et ampères pour comprendre la recharge reprend ces notions.
Un historique de sessions affiche en général une heure de début, une heure de fin et un total d’énergie. Il contient rarement la puissance instantanée : quand une colonne « puissance » apparaît, demandez s’il s’agit d’une moyenne calculée, d’un maximum relevé ou de la puissance nominale de la borne, qui ne dit rien de ce qu’une voiture a réellement reçu.
Quand commence et quand finit une session dans votre historique ?
Cela dépend du protocole, de sa version et de la configuration choisie par l’exploitant. Avant toute analyse, faites préciser par écrit ce que représentent les colonnes « début » et « fin ».
OCPP (Open Charge Point Protocol), le protocole ouvert publié par l’Open Charge Alliance (OCA), relie une borne à son logiciel de supervision. En OCPP 1.6, une transaction commence quand le véhicule est branché et que l’autorisation est accordée, et se termine quand l’autorisation prend fin. Selon le livre blanc de l’OCA sur les nouveautés d’OCPP 2.0.1, cette version rend ces points configurables : début au branchement du câble, avant même l’autorisation, et fin au débranchement, ou début et fin calés sur l’autorisation, voire sur l’occupation de la place.
Le règlement européen AFIR sur les infrastructures de recharge ajoute une lecture juridique pour les points ouverts au public : la « session de recharge » y couvre tout le processus, du moment où le véhicule est connecté jusqu’à celui où il est déconnecté. Une durée de transaction plus courte que cette session n’est donc pas une erreur.
Demandez quel événement ouvre la ligne (câble branché, badge accepté ou premier kWh), lequel la ferme, et comment sont comptées les pauses d’une recharge programmée.
Temps branché et temps de recharge active : ce que disent les statuts
Le temps branché mesure la présence du véhicule sur la prise ; le temps de recharge active, la part pendant laquelle de l’énergie passe réellement. Les statuts transmis par la borne permettent souvent de séparer les deux.
En OCPP 1.6, chaque connecteur signale son état parmi neuf valeurs : Available, Preparing, Charging, SuspendedEVSE, SuspendedEV, Finishing, Reserved, Unavailable et Faulted. OCPP 2.0.1 réduit la liste à cinq valeurs : Available, Occupied, Reserved, Unavailable et Faulted. Avec cette version, le statut « Occupied » ne suffit donc pas à savoir si l’énergie circule.
Si votre supervision conserve l’horodatage de chaque changement de statut, le cumul des périodes « Charging » donne une bonne approximation du temps de recharge active en OCPP 1.6. À défaut, si l’export contient des relevés d’énergie à intervalles réguliers, un intervalle sans hausse du compteur correspond à un temps sans transfert.
Un statut ne raconte pas tout : selon le livre blanc de l’OCA sur la disponibilité des bornes, une erreur d’autorisation, par exemple, n’apparaît pas dans le statut de la borne.
Calculer deux puissances moyennes qui répondent à deux questions
Divisez l’énergie par la durée branchée pour juger l’occupation de la place, et par le temps de recharge active pour juger le transfert d’énergie. Les deux résultats sont exacts mais ne se comparent pas.
Exemple fictif : 24 kWh délivrés pendant une session de huit heures donnent une moyenne de 24 ÷ 8 = 3 kW sur la session. Si le transfert actif n’a duré que quatre heures, la moyenne pendant cette phase est de 24 ÷ 4 = 6 kW. Aucune de ces valeurs n’est une puissance instantanée : la voiture peut avoir reçu 7 kW pendant trois heures, puis 3 kW la dernière heure.
Le tableau suivant applique la méthode à quatre sessions fictives d’une même borne de 7,4 kW.
| Session | Durée branchée | Recharge active | Énergie | Moyenne sur la session | Moyenne en recharge active | Lecture |
|---|---|---|---|---|---|---|
| A | 8 h | 4 h | 24 kWh | 3 kW | 6 kW | Recharge programmée ou véhicule laissé branché |
| B | 1 h 30 | 1 h 30 | 10 kWh | 6,7 kW | 6,7 kW | Recharge continue, place libérée aussitôt |
| C | 11 h | 2 h | 12 kWh | 1,1 kW | 6 kW | Occupation longue : question d’usage, pas de matériel |
| D | 3 h | 0 h | 0 kWh | 0 kW | Sans objet | Batterie pleine, programmation ou incident : à examiner |
Dans un rapport, nommez toujours la durée utilisée au dénominateur.
Pourquoi une session longue peut délivrer peu d’énergie
Le plus souvent, parce que la voiture, son programme ou la gestion du site a décidé d’attendre ou de ralentir. Passez en revue les causes ordinaires avant de demander une intervention :
- La programmation : une recharge réglée pour démarrer aux heures creuses laisse plusieurs heures d’attente dans la session.
- La batterie presque pleine ou froide : l’OCA cite une borne de 150 kW qui ne délivre que 15 kW et paraît en panne, alors que la cause peut être un état de charge élevé ou une batterie froide.
- Le véhicule lui-même : sa puissance maximale de recharge en courant alternatif, indiquée dans sa fiche technique, plafonne la session.
- Le partage de puissance : quand plusieurs bornes se partagent une même arrivée électrique, le pilotage peut réduire la puissance de chacune.
- La voiture laissée branchée batterie pleine : la session continue, l’énergie n’augmente plus.
Une session devient suspecte quand la moyenne en recharge active reste basse de façon répétée, pour plusieurs véhicules, sur le même point de charge. Le guide borne hors ligne : distinguer panne réseau et panne de recharge aide ensuite à orienter le diagnostic, qui reste l’affaire d’un électricien qualifié dès qu’il faut ouvrir la borne ou le tableau.
Des kWh de la borne aux kWh de la batterie, puis aux euros
L’énergie de l’historique est comptée côté borne ; celle qu’affiche l’application du véhicule est estimée côté batterie. Les deux ne coïncident pas, et c’est normal.
L’ADAC, l’automobile-club allemand, a comparé en 2026 l’énergie tirée du réseau et celle arrivée dans la batterie de cinq voitures, chargées de 10 à 90 % avec une batterie entre 20 et 30 °C. Sur une borne de 11 kW, les pertes allaient de 5,1 à 7,0 % ; sur une prise domestique, de 12,7 à 24,2 %. Un écart de quelques pour cent entre borne et voiture ne signale donc pas une erreur de comptage.
Pour chiffrer une session, multipliez les kWh de la borne par le prix du kWh de votre contrat. Au 1ᵉʳ août 2026, le Tarif Bleu d’EDF en option Heures creuses facture 0,1589 € TTC le kWh en heures creuses : les 24 kWh de l’exemple coûtent 24 × 0,1589 = 3,81 € s’ils passent tous dans ces plages. Le guide du coût de la recharge à domicile détaille les autres options.
Contrôler les lignes douteuses avant de nettoyer l’export
Ne supprimez aucune ligne avant d’en avoir compris l’origine. Voici les cas à examiner un par un :
- Les sessions à 0 kWh : véhicule déjà chargé, programmation jamais déclenchée ou tentative interrompue. Elles renseignent sur l’expérience des conducteurs.
- Les sessions arrivées en retard : selon l’OCA, une borne hors ligne laisse les recharges en cours se poursuivre et garde leurs messages, arrêt compris, pour les transmettre au retour de la connexion.
- Les événements absents : hors ligne, seuls les messages liés aux transactions sont conservés. Les autorisations refusées et les changements d’état ne remontent pas, sauf en OCPP 2.0.1 si la variable QueueAllMessages est activée.
- Les badges inconnus : si la borne est réglée pour accepter n’importe quel badge hors ligne, les sessions de ces badges ne pourront pas être facturées.
- Les doublons apparents : deux lignes proches peuvent être deux sessions réelles, après un débranchement ou un redémarrage. Comparez identifiant de transaction, point de charge et index du compteur avant de fusionner.
Conservez les identifiants nécessaires au rapprochement avec les factures et les incidents, mais pas davantage : un historique devient une donnée personnelle dès qu’une ligne se rattache à un badge ou à un compte nominatif. La CNIL définit le principe de minimisation : des données adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités. Pour une étude d’occupation, remplacez les numéros de badge par un code interne. Le guide supervision et refacturation : vérifier la qualité des exports détaille les contrôles d’un fichier destiné à la facturation.
Construire des indicateurs d’usage avec le bon périmètre
Un indicateur n’a de sens qu’avec son numérateur, son dénominateur et sa période écrits noir sur blanc, calculés par point de charge.
C’est la maille que recommande l’OCA pour la disponibilité, plutôt que la borne ou le site. Quatre indicateurs forment une bonne base :
- le taux d’occupation, temps branché cumulé divisé par les heures de la période, qui dit si la place est prise ;
- le taux de recharge active, temps de transfert divisé par les mêmes heures, qui dit si le point travaille ;
- l’énergie moyenne par session, sensible aux sessions à 0 kWh qu’il faut décider d’inclure ou non ;
- l’énergie par point de charge, qui montre la répartition des besoins entre les places.
Exemple fictif sur un mois de 30 jours, soit 720 heures : un point occupé 300 heures affiche un taux d’occupation de 300 ÷ 720 = 41,7 %. Si la recharge active n’a duré que 120 heures, son taux de recharge active tombe à 120 ÷ 720 = 16,7 %. Le premier chiffre invite à une règle de libération des places ; le second ne montre aucun manque de puissance.
Préparer l’analyse : les questions à poser à votre fournisseur
Un échange écrit avec l’éditeur de la supervision évite la plupart des contresens. Envoyez-lui cette liste avant d’ouvrir le tableur :
- quel événement ouvre et ferme une ligne d’historique, pour chaque version d’OCPP présente dans votre parc ;
- d’où vient le total d’énergie (index du compteur de la borne en début et en fin de session, ou somme de relevés intermédiaires) et dans quelle unité : un export en Wh affiche 1 000 fois plus qu’un export en kWh ;
- si les changements de statut sont horodatés et exportables, pour calculer le temps de recharge active ;
- dans quel fuseau horaire sont exprimées les heures : calculée en heure locale, une session qui chevauche un changement d’heure paraît durer une heure de plus ou de moins ;
- quelles données personnelles contient l’export, et qui peut le télécharger ; le guide données des conducteurs : concevoir un tableau de recharge proportionné aide à fixer cette limite.
Si l’export actuel ne permet pas ces contrôles, le guide du logiciel de supervision de bornes aide à choisir les exports à exiger. Pour un parc à équiper ou à reprendre, Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, étudie l’installation et la supervision OCPP de vos bornes, avec visite technique et devis détaillé : faites une demande de devis professionnel. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet.
L’essentiel à retenir
Gardez ces repères :
- Les kWh mesurent l’énergie délivrée, la durée mesure l’occupation : une session longue et peu chargée est d’abord une question d’usage.
- Le début et la fin d’une session dépendent de la version d’OCPP et de la configuration : faites définir chaque colonne par écrit.
- Calculez deux moyennes distinctes, sur la durée branchée et sur la recharge active, et nommez toujours le dénominateur.
- Une partie de l’énergie se perd avant la batterie : l’ADAC a mesuré 5,1 à 7,0 % de pertes entre réseau et batterie sur une borne de 11 kW.
- Examinez les sessions à zéro, les doublons et les sessions transmises après une coupure avant de nettoyer l’export.
- Partagez un historique pseudonymisé, limité aux colonnes utiles à l’analyse.
Questions fréquentes
Dans un historique de sessions de recharge, pourquoi la durée ne reflète-t-elle pas l’énergie délivrée ?
Parce que la durée couvre en général le temps de branchement, pas seulement le temps de transfert. Selon la version d’OCPP et la configuration, une session peut commencer au branchement du câble et finir au débranchement. Entre les deux, la voiture peut attendre les heures creuses, ralentir en fin de charge ou rester branchée batterie pleine. Comparez l’énergie au temps de recharge active pour juger la recharge.
Comment calculer la puissance moyenne d’une recharge à partir des kWh et de la durée ?
Divisez l’énergie par la durée, en précisant laquelle. Exemple fictif : 24 kWh en huit heures de branchement donnent 3 kW de moyenne sur la session ; si le transfert n’a duré que quatre heures, la moyenne pendant la recharge active atteint 6 kW. Aucune de ces deux valeurs n’est une puissance instantanée mesurée par la borne.
Pourquoi les kWh de ma borne ne correspondent-ils pas à ceux affichés par ma voiture ?
Parce qu’une partie de l’énergie se perd entre le réseau et la batterie. L’ADAC a mesuré en 2026, sur cinq voitures chargées de 10 à 90 %, des pertes de 5,1 à 7,0 % sur une borne de 11 kW et de 12,7 à 24,2 % sur une prise domestique. La borne compte l’énergie qu’elle délivre, la voiture celle que sa batterie reçoit.
Une session de recharge à 0 kWh signifie-t-elle que la borne est en panne ?
Non, pas forcément. Une session à 0 kWh peut venir d’un véhicule déjà chargé, d’une recharge programmée qui ne s’est pas déclenchée ou d’une tentative interrompue. Elle devient un signal de panne quand elle se répète sur le même point de charge avec des véhicules différents. Conservez-la dans l’export : elle renseigne sur l’expérience des conducteurs.
Une borne hors ligne perd-elle l’historique des recharges en cours ?
Non, pas les recharges déjà commencées. Selon l’Open Charge Alliance, une borne OCPP hors ligne laisse ces recharges se poursuivre et garde leurs messages, arrêt compris, pour les transmettre au retour de la connexion. Les autorisations refusées et les changements d’état survenus pendant la coupure, eux, ne remontent pas, sauf en OCPP 2.0.1 si la variable QueueAllMessages est activée.
Une recharge sur borne publique peut-elle être facturée à la durée ?
Oui, dans certaines limites. Selon le règlement européen AFIR, aux points publics de 50 kW ou plus déployés depuis le 13 avril 2024, le prix à l’acte se fonde sur le kWh, avec d’éventuels frais d’occupation à la minute affichés avant la session. Sous 50 kW, le prix peut combiner plusieurs éléments, présentés dans l’ordre : par kWh, par minute, puis par session.


