Avant de changer d’opérateur, l’export des données de recharge doit couvrir quatre blocs : l’historique des sessions, l’inventaire et la configuration des bornes, les badges autorisés et, si l’opérateur vend aussi la recharge aux conducteurs, leurs comptes. Faites-le tant que vos accès sont ouverts : sans la coopération de l’ancien opérateur, toutes les données ne peuvent pas être migrées.
Vous saurez quels fichiers réclamer, quelles définitions exiger, comment vérifier l’export avant la fermeture du compte, comment protéger les données personnelles et ce que le nouvel outil doit s’engager à reprendre.
Pourquoi l’export se prépare avant de résilier le contrat
Parce que l’ancien opérateur détient les données et les accès, et que sa coopération est indispensable. Selon le livre blanc sur la migration des bornes publié en novembre 2025 par l’Open Charge Alliance (OCA), éditrice du protocole OCPP, sans coopération de l’ancien opérateur, il n’est pas possible de migrer toutes les données des bornes vers la nouvelle supervision.
Le nouvel opérateur doit alors saisir à la main l’identité et les caractéristiques de chaque borne, avec un risque d’erreur à chaque ligne.
L’OCA recommande donc de régler la question dès le contrat : une obligation de coopérer en cas de migration et un séquestre, c’est-à-dire le dépôt chez un tiers des informations nécessaires pour reconfigurer la connexion des bornes. Avec les fabricants, elle conseille des contrats de support de longue durée et un séquestre de leur firmware, le logiciel interne de la borne.
Si votre contrat n’en dit rien, relisez au moins les clauses de fin de contrat et de réversibilité (restitution des données, aide au transfert) avant d’envoyer la résiliation. Notre guide sur la fin d’un contrat de supervision détaille le calendrier à tenir.
Le Data Act vous donne-t-il droit à un export ?
Peut-être : vérifiez-le au lieu de le supposer. Le règlement (UE) 2023/2854 sur les données, appelé Data Act, s’applique depuis le 12 septembre 2025. Pour les services de traitement de données, dont le logiciel à la demande (SaaS), il impose un contrat écrit qui encadre le changement de fournisseur.
Ce contrat doit notamment prévoir :
- un préavis de deux mois au plus pour lancer le changement de fournisseur ;
- une période transitoire de 30 jours calendaires au plus, portée à 7 mois au plus en cas d’impossibilité technique justifiée ;
- la liste exhaustive des données exportables, données d’entrée et de sortie comprises, avec leurs métadonnées ;
- au moins 30 jours pour récupérer les données.
À compter du 12 janvier 2027, le fournisseur ne pourra plus facturer de frais de changement ; d’ici là, des frais réduits restent possibles, limités aux coûts directement liés au changement. Plusieurs de ces règles, dont la gratuité, ne visent ni les services conçus sur mesure et non proposés à grande échelle, ni les versions d’essai à durée limitée.
Deux limites. L’application à une supervision de bornes se vérifie au cas par cas, avec votre conseil. Et une proposition de modification du Data Act (COM(2025) 837) est en discussion : relisez la version en vigueur le moment venu.
Quelles données de recharge exporter avant un changement d’opérateur ?
Tout ce qui permet de reprendre l’exploitation et de justifier le passé, pas seulement les sessions. Le livre blanc de l’OCA cite les données des bornes (identifiants, localisations, configurations), les listes blanches de badges et, lorsque l’opérateur a des contrats directs avec les conducteurs, leurs comptes : moyens de paiement, historique de recharge, préférences.
| Bloc | Contenu à demander | À quoi il sert ensuite |
|---|---|---|
| Sessions | Identifiant de session, point de charge, badge, début, fin, énergie, statut, montant | Rapprocher les factures, refacturer, suivre l’usage |
| Inventaire des bornes | Identifiant, adresse, modèle, version de firmware, version d’OCPP, carte SIM | Reconnecter et tester chaque borne |
| Configuration | Paramètres de connexion, limites de puissance, règles de pilotage, horaires | Reproduire le fonctionnement actuel |
| Badges | Liste blanche, titulaire, statut actif ou révoqué, dates de validité | Ne refuser personne le premier jour, ne pas réactiver un badge révoqué |
| Tarifs et groupes | Grilles de prix, frais, groupes d’utilisateurs | Refacturer et afficher les prix |
| Comptes conducteurs | Historique et préférences, si l’opérateur vend la recharge aux conducteurs | Assurer la continuité du service |
| Journaux et alertes | Pannes, interventions, événements de sécurité | Prouver et analyser un incident |
Demandez un fichier daté par bloc, plus facile à contrôler qu’une archive unique. Pour l’inventaire, voyez notre guide pour préparer un inventaire technique de son parc de bornes.
Historique des sessions : les colonnes et les définitions à exiger
Un historique n’est réutilisable que si l’on sait ce que signifie chaque colonne. Demandez avec le fichier un dictionnaire des données : nom et définition de chaque colonne, unité, format des dates, fuseau horaire, séparateur décimal et encodage des caractères.
La durée dépend de la définition de la transaction
En OCPP 1.6, une transaction commence quand le véhicule est branché et l’autorisation accordée, et se termine quand l’autorisation prend fin. Selon l’OCA, OCPP 2.0.1 rend ces points configurables : du branchement au débranchement du câble, ou calés sur l’autorisation, voire sur l’occupation de la place. Deux logiciels peuvent donc afficher des durées différentes pour la même recharge : faites préciser le réglage utilisé.
L’énergie et ses unités
Vérifiez que l’énergie est exprimée en kWh et non en Wh : un facteur 1 000 fausse tous les totaux. Pour une refacturation, la question du compteur se traite avec le fournisseur et votre conseil.
Les sessions faites hors ligne
Hors ligne, une borne OCPP poursuit les recharges en cours et garde leurs messages, arrêt compris, jusqu’au retour de la connexion. Un export tiré pendant une coupure peut donc manquer des sessions : refaites l’extraction une fois les bornes reconnectées. Si la borne accepte n’importe quel badge hors ligne, les sessions des badges inconnus ne seront pas facturables : demandez comment elles apparaissent.
Inventaire technique : ce qui permet de reconnecter chaque borne
Le nouvel opérateur doit savoir comment faire passer chaque borne d’une supervision à l’autre. Selon l’OCA, une borne se reconnecte de quatre façons selon le modèle : commandes OCPP à distance avec l’aide de l’ancien opérateur, mise à jour du firmware avec le fabricant, script dédié, ou déplacement d’un technicien si rien n’est possible à distance.
D’où l’intérêt d’exporter les paramètres de connexion de chaque borne avec son modèle et ses versions. OCPP 1.6 ne prescrit pas comment configurer la connexion réseau et les noms de paramètres varient d’un fabricant à l’autre ; OCPP 2.0.1 prévoit un message dédié, SetNetworkProfile.
Les cartes SIM
Les cartes SIM des bornes connectées en cellulaire sont rattachées au compte de l’ancien opérateur, qui doit en demander le transfert ; à défaut, il faut les remplacer, avec des déplacements sur site. Repérez aussi les modems anciens : selon l’Arcep, l’arrêt de la 2G s’échelonne en métropole de fin septembre à fin décembre 2026 selon l’opérateur mobile, et les équipements non compatibles 4G, 5G ou technologies alternatives devront avoir été remplacés.
La migration par lots est détaillée dans notre guide pour changer de superviseur de bornes.
Badges, comptes et données personnelles : exporter sans exposer
Un export contient souvent des données personnelles : titulaire d’un badge, horaires, adresse e-mail. Selon la CNIL, le principe de minimisation impose des données adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard de la finalité. Demandez donc deux fichiers : les sessions avec le seul numéro de badge, et une table de correspondance entre badge et titulaire, conservée à part et ouverte à peu de personnes.
Un fichier ne peut pas non plus servir à un autre objectif que sa finalité d’origine. Un historique tenu pour facturer la recharge ne devient pas un outil de suivi des horaires des salariés. Le code du travail (article L1222-4) interdit de collecter une information concernant personnellement un salarié par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance.
Les listes blanches de badges se copient selon un mécanisme propre à chaque supervision : faites confirmer le format attendu par le nouvel outil. Pour les comptes conducteurs et leurs moyens de paiement, demandez aux deux opérateurs leur procédure plutôt qu’un fichier envoyé par e-mail.
Séparez enfin les secrets techniques, mots de passe et clés, des rapports. Pour les comptes ouverts le temps de la migration, Cybermalveillance.gouv.fr recommande un mot de passe différent par service et la double authentification quand elle existe.
Bornes ouvertes au public : les identifiants qui changent avec l’opérateur
Si vos bornes sont en itinérance, c’est-à-dire accessibles avec les badges et applications d’autres fournisseurs, leur identifiant externe change. L’OCA le rappelle : l’EVSE ID, identifiant de chaque point de charge dans les échanges d’itinérance, doit changer quand l’opérateur change. En France, cet identifiant commence par FR, suivi de trois caractères attribués par l’AFIREV puis d’un E, par exemple FRA68E680210015.
Gardez donc une table de correspondance entre anciens et nouveaux identifiants. Sans elle, l’historique d’avant et d’après la migration ne se raccorde pas. Les relevés détaillés de session, ou CDR (Charge Detail Records), forment un module du protocole d’itinérance OCPI : demandez ceux de la période qui reste à facturer.
Le règlement européen AFIR impose aussi à l’exploitant de points ouverts au public de rendre disponibles sans frais des données statiques, dont sa dénomination, à mettre à jour au plus tard 24 heures après une modification ; en France, le point d’accès national est transport.data.gouv.fr. Remplacez ou redirigez enfin les QR codes et étiquettes NFC collés sur les bornes, que l’OCA juge sensibles à la fraude.
Contrôler l’export avant la fermeture des accès
Un export se vérifie tant qu’on peut le comparer avec l’interface de l’ancien opérateur. Avant de valider la restitution, passez cette liste :
- même nombre de sessions que les rapports de l’outil, mois par mois ;
- période couverte complète, sans trou à la date d’extraction ni aux changements d’heure ;
- total d’énergie identique aux rapports et cohérent avec les factures déjà émises ;
- sessions témoins relues en entier : normale, interrompue, faite pendant une perte de connexion ;
- valeurs manquantes signalées comme telles, jamais remplacées par zéro ;
- doublons recherchés parmi les sessions transmises après une coupure ;
- accents et décimales lisibles après ouverture dans votre tableur.
Prenons un exemple. Le rapport mensuel de l’outil indique 1 240 sessions et 9 850 kWh pour mars ; l’export contient 1 236 lignes et 9 812 kWh. Il manque 4 sessions et 38 kWh (9 850 − 9 812), soit 9,5 kWh en moyenne par session manquante : cherchez-les avant de signer la restitution, pas après.
Conservez l’original intact et travaillez sur une copie datée. Notre guide sur la qualité des exports d’une supervision approfondit ces contrôles, et celui sur la refacturation de la recharge aux salariés explique le rapprochement avec les dépenses.
Reprise dans le nouvel outil : ce qu’il faut faire confirmer et préparer
Le nouvel opérateur doit confirmer par écrit ce qu’il peut importer, sous quelle forme et avec quelles limites. Un historique non importé peut rester consultable dans une archive, hors du nouvel outil : acceptable si tout le monde le sait avant la migration, pas si on le découvre lors d’une réclamation.
Côté bornes, l’OCA recommande de tester chaque modèle, avec ses versions logicielles, sur la nouvelle supervision avant toute migration à grande échelle, puis de migrer par lots contrôlés. Pour choisir l’outil lui-même, voyez notre guide du logiciel de supervision de bornes.
Pour votre demande, réunissez les pièces suivantes :
- le contrat en cours, ses clauses de fin et de réversibilité, la date de fermeture des accès ;
- les exports datés et leur dictionnaire de données ;
- l’inventaire des bornes, avec modèles, versions de firmware et références des cartes SIM ;
- la liste des badges actifs et les règles tarifaires ;
- la table de correspondance des identifiants si vos bornes sont en itinérance.
Volticom, entreprise qualifiée QUALIFELEC IRVE, propose une supervision OCPP et intervient partout en France. Décrivez votre parc dans la demande de devis professionnel : visite technique si nécessaire, puis devis détaillé. Objectif : devis sous 48 h après dossier complet. Pour une simple question sur un export, passez par la page contact.
L’essentiel à retenir
- Exportez avant de résilier : sans l’ancien opérateur, toutes les données des bornes ne peuvent pas être migrées.
- Un export complet couvre sessions, inventaire, configurations, badges, tarifs et, le cas échéant, comptes des conducteurs.
- Exigez un dictionnaire des données : unités, fuseau horaire, définition de la transaction.
- Contrôlez lignes, totaux d’énergie et sessions témoins tant que l’ancienne interface reste accessible.
- Limitez les données personnelles au nécessaire et isolez les secrets techniques.
- En itinérance, l’EVSE ID change avec l’opérateur : gardez la correspondance entre anciens et nouveaux identifiants.
Questions fréquentes
Comment faire l’export des données de recharge avant un changement d’opérateur ?
Demandez par écrit à l’ancien opérateur un fichier daté par bloc : sessions, inventaire des bornes, configurations, badges, tarifs et, s’il vend la recharge aux conducteurs, leurs comptes. Exigez un dictionnaire des données qui précise unités, fuseau horaire et définition de la transaction. Faites-le avant la résiliation, car sans sa coopération toutes les données des bornes ne peuvent pas être migrées. Comparez ensuite lignes et totaux d’énergie avec les rapports de l’outil, puis gardez l’original intact.
L’ancien opérateur peut-il refuser de me transmettre mes données ?
Tout dépend d’abord de votre contrat. Pour les services de traitement de données, le Data Act impose un contrat qui prévoit la liste exhaustive des données exportables et au moins 30 jours pour les récupérer ; qu’une supervision de bornes relève de cette catégorie se vérifie au cas par cas. Sans coopération, le nouvel opérateur doit ressaisir chaque borne à la main. D’où l’intérêt d’une clause de coopération dès la signature.
Changer d’opérateur de supervision est-il gratuit ?
Pas encore forcément. Si votre supervision relève des services de traitement de données au sens du Data Act, le fournisseur ne pourra plus facturer de frais de changement à compter du 12 janvier 2027 ; d’ici là, des frais réduits restent possibles, limités aux coûts directement liés au changement. La gratuité ne vise pas les services conçus sur mesure et non proposés à grande échelle. Les déplacements sur site, par exemple pour remplacer des cartes SIM, relèvent du devis.
Les badges de recharge fonctionneront-ils avec le nouvel opérateur ?
Pas automatiquement. La liste blanche des badges se copie selon un mécanisme propre à chaque supervision : il faut l’exporter, puis faire confirmer le format attendu par le nouvel outil. Exportez aussi le statut de chaque badge, pour ne pas réactiver un badge révoqué. Si l’ancien opérateur vendait la recharge directement aux conducteurs, leurs comptes doivent être repris selon une procédure convenue entre les deux opérateurs.
Combien de temps garder l’historique de recharge exporté ?
La CNIL ne fixe pas de durée propre aux historiques de recharge : la durée se détermine selon la finalité du fichier. Un historique conservé pour justifier une facturation n’a pas la même durée qu’un fichier de travail créé pour la migration. Pour les journaux techniques et de sécurité, le guide de sécurité de la CNIL recommande une période glissante de six mois à un an, sauf obligation légale ou besoin particulier.
Faut-il remplacer les cartes SIM des bornes quand on change d’opérateur ?
Pas forcément. Selon l’Open Charge Alliance, les cartes SIM sont rattachées au compte de l’ancien opérateur, qui doit en demander le transfert ; à défaut, elles doivent être remplacées, avec des déplacements sur site. Des eSIM à provisionnement à distance permettent de changer d’opérateur mobile sans remplacer la carte. Dans tous les cas, faites tester sur quelques bornes la modification des réglages APN, les paramètres d’accès au réseau de données mobiles.


